Après l’hésitation, l’engagement «formel»

M. Bolduc évalue à l’heure actuelle le sous-financement du réseau universitaire à quelque 100 millions de dollars.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne M. Bolduc évalue à l’heure actuelle le sous-financement du réseau universitaire à quelque 100 millions de dollars.

Après s’y être refusé durant la journée, Yves Bolduc s’est engagé mercredi après-midi — avec le feu vert du bureau du premier ministre — à limiter la hausse des droits de scolarité à la croissance du revenu disponible des ménages d’ici au prochain rendez-vous électoral.

 

« À partir de maintenant, c’est un engagement formel », a déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, à la sortie de la Commission de la culture et de l’éducation. « Avant, c’était plus ou moins clair à cause de la révision permanente des programmes [lancée par le premier ministre Philippe Couillard] », a-t-il précisé.

 

M. Bolduc refusait jusque-là de s’engager à limiter l’augmentation des droits de scolarité et des frais institutionnels obligatoires au taux de croissance du revenu disponible des ménages par habitant, comme l’avait promis le Parti libéral du Québec en campagne électorale. Il disait jouer la prudence. « Personne ne peut prédire l’avenir dans deux, trois ou quatre ans », avait-il affirmé mercredi avant-midi lors de l’étude des crédits du ministère de l’Enseignement supérieur. « Ça ne veut pas dire qu’on veut le faire, mais il faut se garder de la marge de manoeuvre », avait-il ajouté.

 

En point de presse, M. Bolduc avait même invité les associations étudiantes — « des partenaires » — à « rester calmes » malgré une possible hausse de la facture étudiante. « Un moment donné, on est dans une société où on doit prendre des décisions responsables. On fera des discussions en temps et lieu, mais il faut être mature », avait-il déclaré, tout en reprochant aux élus de l’opposition de « créer un certain doute » en le pressant de questions sur les droits de scolarité.

 

Volte-face

 

Mais, en fin de journée, le ministre a rectifié le tir : le PLQ n’a pas fait une promesse en l’air, la hausse des droits de scolarité n’excédera pas le taux de croissance du revenu disponible des ménages. « Il y a eu des discussions au niveau du cabinet du premier ministre. Les gens ont dit : “ On est à l’aise avec ça. On va rassurer les gens. On va leur dire que ça va être comme ça pour les quatre prochaines années et demie  », a-t-il expliqué au Devoir. « Dans quatre ans et demi, il y aura une autre discussion. »

 

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) est demeurée insatisfaite. « On s’oppose à toute hausse des frais de scolarité. Peu importe le montant, les frais de scolarité vont toujours être une barrière à l’accessibilité aux études », a affirmé la porte-parole Camille Godbout, pressant l’équipe Couillard d’étudier les « alternatives fiscales » comme la révision des paliers d’imposition ou la réintroduction la taxe sur le capital afin de mettre la main sur de nouveaux revenus. « Tant et aussi longtemps qu’il y aura des attaques contre le système de l’éducation, on va être mobilisés et on va être dans la rue pour les dénoncer. On est en faveur de la gratuité scolaire coûte que coûte. »

 

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) « ne mettra de côté aucun moyen [de pression] » advenant un « changement de direction » de la part du gouvernement du Québec, a averti de son côté le président, Jonathan Bouchard. « On s’attend à ce qu’ils respectent leur parole. »« S’il y a une nouvelle direction qui est prise, on est prêts à retourner à nos associations afin de consulter les étudiants », a-t-il dit.

 

Plus tôt, la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur, Véronique Hivon, s’est dite « très étonnée, voire inquiète » de voir le ministre Bolduc se distancier des promesses faites par le précédent gouvernement au Sommet de l’enseignement supérieur, en février 2013, soit quelques mois après la fin de la grève étudiante du printemps 2012. « J’imagine qu’il va en être de même pour les associations étudiantes », a-t-elle fait remarquer.

 

« Ça n’a pas de bon sens ! » a ajouté la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, rappelant « tout le chemin parcouru » par les étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité décrétée par le gouvernement Charest en 2012. « La recette libérale est la même qu’en 2012 : faire payer davantage la population pour l’éducation. Ce qui est différent en 2014, c’est la méthode pour y parvenir : au lieu de “ bulldozer ” comme l’a fait Jean Charest, le gouvernement Couillard invente deux commissions [la Commission sur la révision permanente des programmes et la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise] qui devront entériner et convaincre que la recette libérale est la bonne », a soutenu la députée de Gouin.

 

100 millions

 

M. Bolduc évalue à l’heure actuelle le sous-financement du réseau universitaire à quelque 100 millions de dollars. Mais le ministère de l’Enseignement supérieur n’entend pas pour autant réviser le programme de prêts et de bourses, qui « convient […] pour le moment » afin de garantir l’accessibilité aux études supérieures au Québec, pour y faire des économies.

 

Le gouvernement n’a « pas l’intention » de resserrer davantage les dépenses gouvernementales « sur le dos des étudiants » afin de retrouver l’équilibre budgétaire en 2015-2016, a-t-il répété mercredi à l’Assemblée nationale. « On n’a pas l’intention de rejouer dans le même film [celui du printemps 2012]. »

 

D’autre part, M. Bolduc s’est engagé à donner suite à la proposition du Sommet de février 2013 consistant à mettre sur pied un Conseil national des universités (CNU) afin de favoriser un développement ordonné du réseau universitaire. « [Un tel organisme consultatif assurerait] la plus grande contribution possible des universités au progrès culturel, social, économique et scientifique de la société québécoise », selon l’auteur du « Rapport du chantier sur un Conseil national des universités », Claude Corbo.

12 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 3 juillet 2014 01 h 46

    Décidemment

    Ils ne comprennent pas vite ces libéraux!

  • Guy Vanier - Inscrit 3 juillet 2014 05 h 41

    Surprise?? Un autre revirement......ils viennent de lire un sondage!

    Si le PLQ veut la guerre il va l'avoir! Ils disent n'importe quoi pour se faire élire et ensuite.......
    Combien coûte ces commissions, pour nous endormir?
    Surprenant qu'un de ces bons docteurs ne soit pas un anesthésiste.
    Allons chercher les sous là ou il y en à, mais pas la poche des familles qui sont rendues au bout de leurs resources financières.
    Pas tanné......

  • Francois Cossette - Inscrit 3 juillet 2014 06 h 57

    Mr magouille ...

    Quand on voit cela http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/ on voit que ce ministre a toute la credibilite quand il parle de faire sa part.Lui il l'a faite ... pour augmenter le deficit. Un autre qui parle de morale sans la partiquer lui-meme.

  • Jean Lapointe - Abonné 3 juillet 2014 08 h 02

    Ne sommes-nous pas en démocratie?

    « Ça ne veut pas dire qu’on veut le faire, mais il faut se garder de la marge de manoeuvre » (Yves Bolduc)

    Les libéraux n'ont sûrement pas changé d'idée à ce sujet. Les frais de scolarité doivent être augmentés pour qu' ils soient comparables à ce qu'ils sont ailleurs. Et il doit y avoir des recteurs qui leur poussent dans le dos.

    S'ils ne le font pas dès maintenant, c'est très probablement parce qu'ils craignent un mouvement de protestation de masse.

    Donc ils reculent en faisant de vagues promesses.

    C'est l'arbitraire le plus complet.

    Est-il acceptable que nous ne puissions pas savoir plus précisément à quoi nous attendre de leur part?

    Ils veulent sûrement les augmenter les frais de scolarité mais ils ne semblent pas trop savoir comment faire pour y arriver sans que ça suscite trop de vagues.

    C'est donc là-dessus qu'il faut les juger et donc, il ne faut pas les croire quand ils prétendent que ce n'est pas certain.

    En attendant, il n'y a rien de prévu, semble-t-il, pour qu'un véritable débat soit tenu sur ce sujet en vue d'en arriver à un engagement ferme sur les orientations à donner à l'enseignement supérier et à la recherche au Québec.

    Nous ne pouvons quand même pas laisser ce gouvernement faire à sa tête sans tenir compte des souhaits et des attentes de la population.

    Ne sommes-nous pas en démocratie?

    • Véronique Lévis - Inscrite 3 juillet 2014 11 h 12

      Pourquoi est-ce que ça devrait être comparable aux pires pays pour l'accès à l'éducation? Pourquoi ne pas se comparer à ceux qui font mieux que nous?

      Si ça continue, nous aussi on va faire comme les américains et dans nos films, il va toujours y avoir du monde qui n'ont pas accès à l'université parce que c'est trop cher... (sujet TRÈS récurrent dans les films américains!)

      Moi je paye des impôts pour que l'éducation et la santé restent universels, je m'attend à ce que le gouvernement respecte ça.

      Si vous pensez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance...

    • Victor van Kravensky - Inscrit 3 juillet 2014 12 h 10

      "Les libéraux n'ont sûrement pas changé d'idée à ce sujet. Les frais de scolarité doivent être augmentés pour qu' ils soient comparables à ce qu'ils sont ailleurs. Et il doit y avoir des recteurs qui leur poussent dans le dos."

      Ah oui, c'est vrai. Parce que les frais de scolarités sont plus élevés dans d'autre provinces, il faudrait que ceux du Québec augmentent.

      Excellente idée. Si en même temps on nous donne tout ce qui est "la moyenne" dans le reste du Canada, comme le taux de taxe, ou d'impôsition. Le salaire moyen. L'accès aux services et à la propriété. La qualité des infrastructures. La diversité des choix de cours à l'école. L'accès à l'emploie. Le retrait du Cégep.

      Non?

      Comparer les frais de scolarité du Québec avec ceux du reste du Canada c'est comme comparer Dolbeau-Mistassini et Calgary pour évaluer les taxes foncières.

  • Serge Lemay - Inscrit 3 juillet 2014 08 h 06

    Les libéraux jouent dans le mauvais film !

    Il me semble que la critique de l'an dernier vis-à-vis le PQ était de dire qu'il reculait et rompait avec ses promesses en situation minoritaire ... Là les libéraux majoritaires ne tiennent pas leur promesse de création de richesse et d'emploi de qualité et se rabattent sur des compressions non annoncées...

    Pas un mot sur la lutte à l'évasion fiscale...