Les commissions scolaires s’en prennent au privé

Les commissions scolaires ont subi des compressions de près de 800 millions depuis 2010.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les commissions scolaires ont subi des compressions de près de 800 millions depuis 2010.

Les commissions scolaires s’attaquent au privé en brandissant une étude qui fait ressortir les iniquités entre les deux réseaux. Les écoles privées déboursent moins par élève (5888 $, contre 7157 $ au public) et dépensent plus pour s’administrer (13,32 %) que les commissions scolaires (4,76 %). « Ce constat doit nous interpeller, car il s’agit en bonne partie d’argent public puisque les établissements privés reçoivent pour leurs élèves 60 % du financement d’un élève du public », a soutenu la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.

Le réseau privé accueille 2,7 % d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et/ou d’apprentissage (EHDAA), alors que ceux-ci constituent 20 % de la clientèle du public, toujours selon cette même étude réalisée notamment par Valérie Vierstraete, du Département d’économique de l’Université de Sherbrooke.

Or, les commissions scolaires ont subi des compressions de près de 800 millions depuis 2010 « alors que le réseau privé semble avoir été relativement épargné ». Précisons que dans le dernier budget de Carlos Leitao, il a été annoncé que les écoles privées subiront une diminution de 14 millions des crédits budgétaires qui leur sont alloués, contre 150 millions pour les commissions scolaires.

« Nous ne demandons pas au gouvernement de mettre fin au financement du privé, nous voulons simplement qu’il se penche rapidement sur cette question sur la base de cette étude crédible », a dit Mme Bouchard.

Avantages fiscaux

Par ailleurs, l’étude démontre que les parents qui envoient leurs enfants au privé bénéficient d’importants avantages fiscaux, notamment celui qui concerne les crédits d’impôt pour frais de garde. Un couple avec deux enfants gagnant 80 000 $ « peut espérer, pour les droits de scolarité et les frais de garde totalisant 7000 $, une économie d’impôt de 5000 $, pour un coût net d’environ 2000 $», fait remarquer la FCSQ.

La FEEP rectifie les faits

La Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP) estime que l’étude commandée par les commissions scolaires — réalisée avec «des fonds publics», dépore-t-elle — comporte des lacunes importantes et a tenu à rectifier plusieurs faits. D’abord, sur les frais de garde, elle reconnaît que des avantages sont consentis mais que les droits de scolarité, eux, ne font l’objet d’aucun crédit d’impôt. Ensuite, elle soutient que le calcul des frais administratifs que font les commissions scolaires n’est pas exact puisqu’il ne tient pas compte du personnel dans les écoles, mais uniquement celui des sièges sociaux.

Et si l’État verse aux écoles privées subventionnées 60 % de ce qu’il donne aux commissions scolaires, ce n’est que pour les frais éducatifs. En comptant toutes les autres dépenses (bâtiments, etc.), la contribution de l’État baisse à 42 %, puis à 38 % en tenant compte de la taxe scolaire à laquelle les écoles privées n’ont pas droit. Enfin, la FEEP reconnaît que 2,7 % des élèves de son réseau fréquentent l’une des 12 écoles spécialisées en adaptation scolaire, mais les écoles privées régulières accueillent pour leur part 10 % d’élèves en difficultés, insiste-t-elle.

« Il est illusoire de penser que la disparition de l’école privée subventionnée permettra à l’État d’économiser, a soutenu Jean-Marc St-Jacques, président de la FEEP. Si les écoles privées subventionnées perdent une partie de leurs élèves et ferment, les écoles publiques devront composer avec un plus grand nombre d’élèves qui devront être financés à 100 % par les contribuables. »

Écoles privées en manque de moyens

La stagnation, voire la diminution de la clientèle au secondaire ainsi que les récentes compressions, notamment dans le transport des élèves, annoncées lors du dernier budget libéral donnent du fil à retordre aux écoles privées. Plusieurs établissements, surtout en région, doivent couper dans le personnel et faire avaler des baisses salariales aux enseignants afin que ceux-ci conservent leurs postes. « Quand on regarde les règles budgétaires, la hausse ne suit pas les coûts de système », a dit Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privé. « Je ne dirais pas que notre survie est menacée, mais j’avoue qu’en cette fin d’année, on se demande où on va trouver les ressources pour pouvoir maintenir la qualité de ce qu’on fait. » Au collège Bourget de Rigaud, que dirige M. St-Jacques, certaines options en 5e secondaire pourraient être retranchées et plusieurs animateurs de vie parascolaire ne seront pas réembauchés.

 
23 commentaires
  • Raymond Turgeon - Inscrit 26 juin 2014 13 h 03

    Misère!

    Cette inféodation à un élitisme illusoire est une malencontreuse errance sociale. Une mutation de l'égocentrisme en faveur de l'altruisme s'impose. Les enfants de sont pas des produits de consommation. On sacrifie l'intérêt du plus grand nombre sur l'hôtel de l'égo, d'une peur irraisonnée. ''US qu'on s'en va!''

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 juin 2014 14 h 18

      L’inféodation au monopole public avec sa prétention illusoire de faire mieux conduit un appauvrissement social. Tout monopole de service conduit au développement d’une bête férocement égocentrique qui ne pense qu’a la domination de SON territoire…

      On ne s’intéresse plus à l’enfant que par le budget qu’il nous procure. Le confort de l’organisation est au sommet des priorités!

      Et évidemment tout ce qui peut porter ombre a cette mainmise ne mérite que le plus haut niveau de mépris.

      Il est bien facile monsieur Turgeon de faire des réflexions lapidaires. Cela peut même être amusant. Mais hormis que de faire l’affirmation que notre idée est bien campée et fermée à toutes ouvertures la chose apporte peu au débat.

  • Richard Lépine - Abonné 26 juin 2014 13 h 18

    Et pourtant...

    Et pourtant les commissions scolaires ne lésinent pas sur l'aspect administratif: voir les organigrammes des dites commissions et les postes de direction dévolus à cet aspect administratif. Alors si on me dit que le privé fait pire...

  • Francois Cossette - Inscrit 26 juin 2014 13 h 47

    Oui misère!!!!

    Le debat a ete fait. passez donc a autre chose au lieu de gaspiller de l'argent et du temps sur un debat que personne ne veut.

  • Michel Richard - Inscrit 26 juin 2014 13 h 59

    inféodation à un élitisme illusoire ?

    errance sociale ? mutation de l'égocentrisme ?

    Que vous lancez des mots compliqués ! Vous n'aidez pas votre cause en utilisant un tel jargon.

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 juin 2014 09 h 38

      M.Richard, la langue française est si riche... pourquoi se priver? Et puis une visite au dictionnaire peut être très enrichissante.

  • Peter Kavanagh - Inscrit 26 juin 2014 14 h 47

    Meilleur résultat pour moins cher.

    J'aimerais qu'on m'explique comment les écoles privés arrivent a d'aussi bons résultats, sinon meilleurs, en dépensant moins par élève.....Le nivelement par le bas que prêchent plusieurs est typique d'ici. Si des parents décide de se serrer la ceinture et payer plus que d'autres pour donner ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants ne devraient déranger personnes sauf les jaloux et les envieux. L'état finance 60% dont une partie veins des taxes scolaires que tout le monde paie et les parents 40%. Ou est l'injustice?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 26 juin 2014 17 h 58

      De plus en plus d'écoles publiques offrent des programmes d'excellence: programme international, sports-études notamment.

      D'autre part, les écoles privées n'acceptent pas, ou très peu, d'élèves
      en difficulté: apprentissage ou autres.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 juin 2014 19 h 24

      Entre autres parce-que les écoles privées sélectionnent les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage. C'est certain que si l'on laisse l'école publique gérer les problèmes sociaux et qu'on se garde les élèves qui jouissent déjà de bon résultats ET qui appartiennent à une strate de la société qui jouit déjà d'avantages, on diminue les coûts.

      Ou plutôt, on les externalise. Ce bon vieux principe qui fait tant l'affaire du privé.

      Aviez-vous lu ce passage de l'article, M. Kavanagh:

      «Le réseau privé accueille moins de 3 % d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et/ou d’apprentissage (EHDAA) alors que ceux-ci constituent 20 % de la clientèle du public[...]»

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 27 juin 2014 09 h 03

      En fait, pour la qualité des jeunes qu'ils obtiennent par sélection des meilleurs, le rendement du privé des plus bas que les programmes pour bons jeunes du public. Comme quoi la propagande fonctionne bien avec vous...

    • Jacques Gagnon - Abonné 27 juin 2014 13 h 55

      Vos aussi bons résultats sont inventés. Un jour, une femme m'a expliqué pourquoi elle achetait des jeans faussement usés ou maganés, à 500 $.
      C'est parce qu'elle sait que sa bonne ne pourra s'en procurer. Il en est de même avec l'école privée. Je connais plus de ratés ou de gens bien ordinaires qui sont passés par les écoles de «péteux».

      Les écoles privées sont des reliques des religieux qui assumaient l'éducation en cette merveilleuse époque où nous n'avions pas de dettes mais beaucoup de cruches.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 juin 2014 14 h 20

      «De plus en plus d'écoles publiques offrent des programmes d'excellence: programme international, sports-études notamment.»

      Cette offre est due pour ainsi dire presque exclusivement à la présence d'écoles privées qui sont perçues comme des compétiteurs. Sans cette autre offre venant du privé oubliez l'offre de ces programmes au public.

    • Hélène Paulette - Abonnée 28 juin 2014 07 h 02

      @Arès: s'il y a des programmes d'excellence c'est d'abord dû à l'implication des parents dans les Commissions Scolaires....