Les examens recorrigés pour cause de taux d’échec élevé

Photo: Associated Press Alexander Zemlianichenko

Devant un taux d’échec inhabituellement élevé, le ministère de l’Éducation force tous les enseignants de la 4e année du primaire à corriger de nouveau l’épreuve ministérielle en lecture pour faire réussir plus d’élèves.

 

Selon les informations obtenues par Le Devoir, la notation de certaines questions de l’épreuve ministérielle obligatoire en lecture de fin du 2e cycle du primaire, qui compte pour 20 % de la note finale, devra être entièrement modifiée. Dans la plupart des cas, les notes de cette épreuve, que les élèves ont passée il y a deux semaines, avaient déjà été envoyées aux élèves et aux parents.

 

Le ministère de l’Éducation ne nie pas qu’il a dû procéder des changements. « Certains milieux ont réagi assez vite et ne savaient pas trop comment se comporter face aux résultats des épreuves. Il y avait un grand écart entre l’évaluation en cours d’année faite par les enseignants et les résultats de l’épreuve ministérielle », a expliqué Jean-Guy Hamel, directeur de la sanction des études. « Dans des classes de 25, habituellement 3 ou 4 élèves éprouvaient des difficultés […], mais avec l’examen du ministère, on se retrouvait avec 10 à 15 élèves en situation critique », a-t-il ajouté, se gardant de donner des détails sur le nombre d’échecs ou la moyenne à l’examen.

 

Aucune note revue à la baisse

 

Les quelques élèves qui seraient défavorisés dans le recalcul de la note de l’examen garderont leur résultat initial. « Si, exceptionnellement, certains résultats étaient portés à la baisse à la suite de ces modifications, veuillez maintenir le résultat initial. En d’autres termes, aucun résultat ne peut être revu à la baisse à la suite de l’application de ces modifications », lit-on dans la lettre envoyée aux écoles par la direction des études.

 

Un enseignant de 4e année la région de Québec déplore cette « obsession » du gouvernement qui ne cherche qu’à atteindre les cibles de réussite. « Ils sont obsédés par les notes et les statistiques, constate-t-il. C’est comme s’ils s’étaient pris à leur propre jeu. Ils mettent la barre très haut, mais, finalement, ils changent les notes parce que les élèves ne réussissent pas », a-t-il ajouté.

 

Jean-Guy Hamel se défend de ne se préoccuper que des chiffres, soutenant que l’impact des recorrections de l’épreuve de lecture sur la note finale est somme toute marginal. Mais, selon lui, il ne faut pas décourager les élèves dans leur cheminement scolaire. « C’est sûr que ce n’est jamais une situation plaisante, surtout en début de parcours, pour un élève d’être en situation d’échec. Surtout si ça ne reflétait pas son cheminement pendant l’année. »

 

L’enseignant de Québec s’étonne d’une telle confusion. « C’est n’importe quoi. Tout ce qu’ils veulent, c’est sauver la face parce qu’ils ont eu un taux d’échec inattendu », déplore l’homme qui a voulu garder l’anonymat. « Pourtant, ajoute cet enseignant, l’examen a été fait et refait, et vérifié par des cohortes d’enfants. Les enseignants ont même eu une formation là-dessus. C’est assez étonnant que le ministère se soit trompé à ce point. »

 

M. Hamel reconnaît que l’épreuve avait été testée au préalable auprès de 400 élèves. « Notre mise à l’essai est bonne, mais on s’est aperçus que des éléments nous avaient échappé. Il y a des biais qui s’étaient introduits à notre insu. C’est pour ça qu’on est intervenus somme toute rapidement, a-t-il reconnu. La préoccupation de la mise à l’essai portait davantage sur la nature des tâches, par exemple déterminer si des biais culturels peuvent s’introduire selon le sujet du texte. »

 

Fardeau supplémentaire

 

C’est la deuxième année que les élèves de 4e année sont soumis à la nouvelle épreuve ministérielle en lecture. Ce grand nombre d’échecs résulte d’un resserrement, visiblement trop grand, des critères d’évaluation, selon M. Hamel. « Habituellement, lorsqu’on est dans les épreuves de secondaire 4 ou 5, on fait des analyses et on est en mesure d’intervenir directement au moment de corriger avec nos correcteurs du ministère », a-t-il souligné.

 

Mais les épreuves au primaire sont corrigées par les enseignants eux-mêmes, et le ministère n’a pas d’information ou de contrôle sur les résultats, précise-t-il.

 

Aux enseignants qui ne voudront pas d’un tel fardeau supplémentaire de correction à ce temps-ci de l’année, la direction de la sanction des études répond que les changements ne nécessiteront qu’une heure de travail. « On a fait des simulations pour évaluer la charge que ça représentait, sachant que les enseignants ont à peu près 25 élèves en 4e année », a expliqué M. Hamel. Il ajoute que la recorrection ne touche que 6 questions sur 20.

C’est n’importe quoi. Tout ce qu’ils veulent, c’est sauver la face parce qu’ils ont eu un taux d’échec inattendu

39 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 3 juin 2014 06 h 04

    Un bel avenir...

    Ça va être beau avec l'anglais intensif!

    • Gilles Théberge - Abonné 3 juin 2014 07 h 35

      J'ai eu la même pensée que vous. Ce qui importe c'est apprendre l'anglais. Peu importe la qualité de l'apprentissage, il faut parler lire écrire et comprendre l'anglais.

      Comme l'a dit la ministre de la culture c'est tellement difficile le français, tournons-nous vers le plus facile et utile. Que dis-je, nécessaire.

      Adieu le français.

    • Monique Bisson - Abonné 3 juin 2014 12 h 02

      Le chercheur, Charles Castonguay, n'aura jamais si bien vu en publiant dans Le Devoir, du mardi 25 mars 2014 : L'anglais exclusif en 6e année : une improvisation irresponsable. Un article à relire, comme celui publié le 27 février 2013 par Charles Castonguay et Frédéric Lacroix : Anglais intensif : la fuite en avant continue. Enfin, l'excellent article de Tania Longpré paru dans Le Devoir du 29 avril 2014 : Le français, c'est l'inclusion mérite également une relecture.

      Enfin, continuons de dénoncer une décision décriée par de nombreux spécialistes du français tels que Claude Hagège, Claude Simard (Le français, matière secondaire - La Presse 1er mai 2014) et le professeur Bibeau.

      L'avenir du français en Terre d'Amérique, au Québec, repose sur nos épaules et celles de nos petites et petits à la condition que le gouvernement et sa ministre de la Culture le voit comme une ressource naturelle à chérir et à protéger.

      Pour réflexion, une citation du mathématicien français, Laurent Lafforgue, :

      « Ce n'est pas parce que l'école de mathématiques française est influente qu'elle peut publier en français; c'est parce qu'elle publie en français qu'elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents »

      Monique Bisson, Gatineau

  • Robert Beauchamp - Abonné 3 juin 2014 06 h 39

    Avis à M. Bolduc

    Preuve que d'ajouter une 2e langue au primaire ne fera qu'aggraver la situation. Nos enfants ont besoin d'apprendre leur langue maternelle defaçon intensive, confrontés qu'ils sont à bouffer la langue de plus en plus franglaise de plusieurs de nos publicitaires et et de nos humoristes, quand ce n'est pas de nos politiciens qui cherchent à donner le ton populiste. L'écart grandi entre le lu et le parler.

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2014 10 h 29

      Personne n'a besoin d'apprendre sa langue maternelle.
      Ce qu'on doit peut-être apprendre, c'est son orthographe (débile) et sa version littéraire, ce qui n'est pas la même chose.

    • Pierre Rouve - Inscrit 5 juin 2014 11 h 02

      J'entend dans la rue des mamans (et des papas) qui parlent un français si pitoyable que j'ai pitié de la "langue maternelle" que parleront leurs enfants, et surtout de ces enfants.

      Oui, l'école devrait être un lieu d'apprentissage, de perfectionnement et de protection de la langue française "ordinaire", celle d tous les jours, parlée et écrite. Un lieu exigeant et conscient de ses responsabilités historiques.

  • Robert Aird - Abonné 3 juin 2014 07 h 24

    En effet

    MMe Moreno, vous visez tout à fait juste!

  • François Dugal - Inscrit 3 juin 2014 07 h 51

    En avant toute

    Confrontés à des méthodes pédagogiques intrinsèquement mauvaises et tordues, nos chers enfants ne savent plus ou donner de la tête. Comme les concepteurs du ministère de l'éducation ne peuvent avoir tort, nous devons réviser les résultats afin de leur donner raison.
    Cette révision de la correction n'est qu'un symptôme d'une situation gravissime: le glissement inexorable vers une médiocrité mur-à-mur. Le MELS produit année après année des cohortes de cancres; personne ne trouve rien à redire. Chaque jour la médiocrité gagné du terrain. Qu'à cela ne tienne, en avant toute!

    • Samuel Pichet - Inscrit 4 juin 2014 18 h 09

      Définissez moi le mot cancre, s'il vous plaît, ce qu'il implique en société et ses conséquences, car je ne comprend pas on peut affubler des jeunes sans expériences d'un mot tellement méprisant de façon médisante.

      Nous avons des tonnes de jeunes talents et de prodiges, mais nous préférons les assoirs sur des bancs d'école et les laisser s'éduquer eux mêmes que de les aider à trouver une voie et les soutenirs dans celle-ci. Mais c'est plus facile de se plaindre, hein?

  • Jacques Morissette - Inscrit 3 juin 2014 08 h 09

    Pauvre province de Québec.

    Après, on peut se demander, de fait, pourquoi il y a tant d'analphabète au Québec. Encore que ce n'est pas tout de savoir lire, il faut aussi pouvoir interprété comme il convient. Ce serait une autre étape initiatique envers une population qui devrait être plus à la hauteur de notre société moderne. Réservé aux abonnés, mais le titre en dit assez pour savoir de quoi il est question sans avoir à le lire au complet. L'ajustement se fera à la baisse.

    • Marko Werger - Inscrit 3 juin 2014 10 h 54

      Le taux d'analphabetisme au Québec (20%) n'a rien à voir avec l'apprentissage d'une deuxième langue.

      C'est l'école (très politicisée et avec des contenus nuls) qui en est la résponsable.