Bienvenue en Concordia francophone!

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ils et elles osent. Ils et elles déposent. Car pour cette quatre-vingt-deuxième rencontre annuelle qu’est le congrès de l’ACFAS, cette Association francophone pour le savoir, l’objectif est maintenu : rendre compte de l’état de la recherche en milieu universitaire, et même plus, le collégial s’affichant aussi présent. Et cette année est aussi celle d’une première : l’Université Concordia accueille dans les quatre édifices de son campus de centre-ville de Montréal les milliers de congressistes : ce dont l’institution hôtesse se félicite.

«Je remets tout ça en question en espérant ne pas faire sursauter les François-Marc Gagnon de ce monde. » Elle ose. Elle est jeune et elle remet en question une idée reçue, à savoir que toutes ces années précédant celles de la Révolution tranquille ne sont pas aussi « noires » qu’on veut bien le dire. Et il est certain que ce que fait Jacinthe Blanchard-Pilon n’est pas sans danger : comment, elle, inscrite au niveau de la maîtrise à l’UQAM, peut-elle espérer remettre en question les travaux de ce François-Marc Gagnon, lui qui dès 1968 est professeur universitaire, d’abord à l’Université de Montréal, mais aussi le mentor d’une génération d’historiens, tout en s’établissant comme le grand spécialiste de l’automatisme, ses ouvrages sur Paul-Émile Borduas en faisant preuve ?

 

À l’autre bout du continent, autre attitude : que de respect pour l’oeuvre d’un Michel Foucault quand un Jorge Calderón, lui rattaché à une université canado-colombienne, la Simon Fraser de Vancouver, intervient pour établir « l’héritage littéraire » du penseur et philosophe français : « J’aborde la manière dont une pratique de la littérature chez Foucault lui a permis d’écrire et d’explorer certains concepts par la suite. Par exemple, lorsqu’il est question de la prison, Foucault va décrire et expliquer notre société, qui est pour lui une société pénitentiaire. Il décrit donc notre société en fonction d’une certaine pratique littéraire, mais pas de manière explicite. »

 

Ces quinze minutes…

 

C’est cela, un congrès de l’ACFAS, et sa 82e mouture, celle de 2014, n’est en rien différente de la précédente. Et dire que les quinze minutes données pour une présentation sont souvent l’occasion pour un chercheur, qu’il soit encore inscrit dans un programme d’études supérieures, ou professeur, ou spécialiste en son domaine, cette occasion donc de rendre compte d’un travail qui, lui, s’est échelonné sur un nombre souvent respectable d’années.

 

Quant aux domaines d’études couverts, allez voir le programme complet de la manifestation et vous découvrirez que le spectre est large : si les sciences dites pures semblent moins représentées (il y a abondance sur la planète de colloques scientifiques en leurs disciplines), quand on aborde l’univers multidisciplinaire ou le monde plus traditionnel des sciences humaines, il y a toutefois pléthore.

 

Et à l’ACFAS, chose rare en notre monde dit « mondialisé », ici, c’est en français que ça se passe et que les choses se disent.

 

Concordia français !

 

Et de cela, l’Américain d’origine qu’est Alan Shepard, président et vice-chancelier en titre de l’Université Concordia, s’en félicite.

 

Car si son institution accueille pour une première fois cette grande rencontre du savoir (et une telle action ne pourrait que faire sourire un Marie-Victorin qui voyait la nécessité il y a plus de 90 ans d’afficher une science en français), il en voit le profit : « Il se produit des changements importants dans le monde de l’enseignement supérieur. Alors que nous préparons nos étudiants à des carrières qui se dérouleront sans doute à l’échelle internationale, il est très important d’oeuvrer au-delà des barrières linguistiques. L’ACFAS nous offre justement cette occasion. »

 

Le monde universitaire se transformerait donc au Québec. Et les universités savent qu’il n’y a plus dans leurs institutions de barrières linguistiques qui valent. (En fait, allez écouter la conférence que prononcera le lundi 12 mai au pavillon des arts visuels Daniel Weinstock, de McGill, et vous devrez admettre que l’univers anglophone tel que connu lui aussi chancelle.)

 

Une économie du savoir

 

Et ce 82e congrès fait aussi la preuve que des relations se consolident, cette fois-ci entre le monde du savoir et celui de la chose économique, quand un Michael Sabia, cet Ontarien venu à la direction de la québécoise Caisse de dépôt et placement, en accepte la présidence d’honneur.

 

Et il en trouve tout intérêt : « Je m’intéresse toujours aux occasions de créer et de renforcer les liens entre les chercheurs, la recherche et les entrepreneurs. Mon objectif, en travaillant à renforcer ces liens, est de donner une occasion de rendre plus dynamique l’écosystème de l’innovation. Et dans le monde actuel, l’innovation est une façon de s’enrichir. Pas seulement financièrement. L’innovation enrichit la qualité de vie. »

 

Enrichissement, donc. Et abondance ici de connaissance : du 12 au 16 mai, ne se tiendront-ils pas 173 colloques, s’y déposant plus de 3000 communications, 5000 scientifiques s’y déplaçant, 500 d’entre eux et elles provenant d’une quarantaine de pays hors le nôtre ?

 

L’ACFAS fait donc la preuve qu’une science en français est viable. À vous d’aller le constater : le grand public ne peut-il pas assister gratuitement à plus de 900 communications libres ?