Un esprit sain dans un corps sain aide à mieux vieillir

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial ACFAS 2014

Le vieillissement physiologique dépend du style de vie et des comportements promoteurs de santé. Des habitudes alimentaires saines, des interactions sociales continues et des activités cognitives stimulantes, mais surtout l’activité physique, peuvent retarder le déclin physique et cognitif associé au vieillissement normal et pathologique. Entrevue avec Louis Bherer, directeur scientifique du Centre PERFORM de l’Université Concordia.

En quoi l’activité physique aide à vieillir dans les meilleures conditions ?

 

Il s’agit probablement du style de vie le plus prometteur pour eux. Les plus grandes évidences scientifiques viennent confirmer que le fait de maintenir un style de vie physiquement actif aura un impact direct sur le bien-vieillir, et ce, de plusieurs façons. D’abord, sur le plan psychologique, on sait aujourd’hui que ça joue sur le bonheur, que ça diminue les symptômes dépressifs, que ça augmente la confiance en soi. D’un point de vue biologique et fonctionnel, les gens vont avoir une meilleure capacité physique, donc vont se déplacer plus rapidement, être plus mobiles, capables de se lever dans le métro, de prendre l’autobus, d’avoir un style de vie plus actif. Il y a donc un cercle vertueux. Sur le plan neurobiologique, maintenant, les récentes études démontrent que ça réduit de 30 à 35 %, sur cinq à six ans, les risques d’avoir des symptômes de démence ou des maladies apparentées, comme la maladie d’Alzheimer. Ces trois facettes, la psychologie, la biologie fonctionnelle et la neurobiologie, sont des axes très importants du vieillissement, qui semblent tous les trois connaître un boost à travers l’exercice physique et un maintien dans le temps.

 

Qu’entend-on par activité physique dans ce cas-ci ?

 

Bien sûr, il ne s’agit pas de marcher pour aller faire son épicerie. Pour qu’il y ait un impact, il faut faire trois fois par semaine de l’activité physique à un certain degré d’intensité. Il faut un mélange d’aérobie et de force musculaire. Si la personne aime marcher, il faut que ce soit soutenu, que ça amène à un certain essoufflement pour un maintien de la santé respiratoire. Dans notre centre à Concordia, les meilleurs programmes, ceux qui donnent les meilleurs résultats, sont une combinaison de force et d’aérobie: un peu de poids, des étirements, etc. En fait, il faut que ce soit le plus complet possible. La plupart des gyms, qui ont des étudiants bien formés et un bon kinésiologue, vont être capables de proposer un programme adapté.

 

Pour autant, lorsque la personne vieillit, y a-t-il des restrictions ?

 

Il n’y a aucune restriction concernant l’activité physique. La seule, c’est de ne pas en faire. Cela dit, plus la personne vieillit, plus ses besoins changent, et on recommande toujours d’avoir une activité physique adaptée. Il faut se connaître, et si on n’en a jamais vraiment fait, il vaut mieux se faire conseiller et faire une évaluation globale de ses capacités. Ici, je dispose d’un laboratoire qui est un gros gym. Les étudiants sont tous soit en psychologie, soit en kinésiologie, avec une maîtrise ou un doctorat. Ils ont une très forte connaissance du vieillissement physique et psychologique. Ils font une évaluation globale et ils proposent un programme adapté aux besoins de la personne. Car on peut accueillir quelqu’un qui n’a jamais fait d’exercice et qui arrive avec une canne comme quelqu’un qui est en super forme. Mais il faut savoir que les personnes âgées sont plus sédentaires que jamais.

 

Ce n’est pas l’impression que l’on en a… Ce n’est pas l’image que véhicule la publicité, par exemple…

 

Et c’est très bien comme ça. Si vous avez des enfants, vous savez que l’approche par la réprimande, ça ne fonctionne pas. Vous savez que dire « T’es un faignant, tu ne bouges pas », ça ne fait pas bouger les adolescents. Leur faire croire qu’ils sont capables de bouger, c’est une meilleure approche. Il faut continuer à véhiculer une image qui, sans être complètement fausse, est relativement positive, idéaliste. C’est comme ça qu’on va arriver à quelque chose. Mais présentement, on en est loin. On n’a certainement jamais vendu autant d’équipements de sport qu’aujourd’hui… mais la société n’a jamais aussi peu pratiqué de sports! Il y a un travail à faire et c’est urgent, car les gens vieillissent très mal aujourd’hui. Selon le Centre américain du contrôle des maladies chroniques [Centers for disease control and prevention, CDC], plus d’un tiers des 65 à 70 ans et plus d’un quart des plus de 70 ans sont considérés comme inactifs. Et je parle d’un niveau minimum recommandé. Si l’on ajoute qu’il s’agit de sondages et que les gens ont tendance à surestimer leur activité physique…

 


Comment explique-t-on ça ?

 

C’est un cocktail de différentes raisons. D’abord, tout le monde n’aime pas l’activité physique et n’en perçoit pas les bienfaits. Ensuite, la technologie, la locomotion assistée sont tellement importantes; ça n’aide pas. Dans les congrès, on dit souvent que certaines villes sont plus adaptées que d’autres à la mobilité active des personnes âgées. Dans le métro de Séoul par exemple, en Corée du Sud, il y a six places réservées aux aînés dans chaque voiture. Ils n’ont pas peur de se faire bousculer aux heures de pointe. Ce n’est pas le cas à Montréal.

 

D’autres facteurs entrent en jeu dans le vieillissement. Est-ce que l’activité physique a plus d’impact que toutes les autres ?

 

L’activité physique est très complète et, pour cela, elle se situe tout en haut de la liste. Cela dit, elle doit s’accompagner d’une bonne nutrition, de nature à bien alimenter le cerveau, d’un bon réseau social — même si on ne sait pas aujourd’hui si c’est parce qu’être entouré rend heureux ou stimule — et d’activités cognitives, elles aussi primordiales. Les exercices mentaux et les jeux vidéo sont, de ce point de vue, très intéressants. Pas n’importe lesquels, bien sûr. Il faut avoir des activités intellectuelles qui stimulent les zones que l’on cible. Si l’on joue à un jeu qui demande de la rapidité, des réflexes, ça n’aura pas d’effet sur la mémoire, par exemple. Les Américains disent use it or loose it ! Et ça tient assez bien la route.

 

Le colloque 113: L’activité physique pour la personne âgée. Les bienfaits pour le corps et pour l’esprit, le jeudi 15 mai de 8 h 45 à 18 h 30 au pavillon John Molson.

Collaboratrice