La recherche se vit aussi au collégial

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
Les technologies numériques 3D sont utilisées par l’industrie du vêtement.
Photo: Daniel Janin Les technologies numériques 3D sont utilisées par l’industrie du vêtement.

Ce texte fait partie du cahier spécial ACFAS 2014

La recherche, chasse gardée du monde universitaire ? Non ! Elle est au contraire bien vivante dans le milieu collégial. L’association pour la recherche au collégial (ARC) présente un colloque entièrement dédié à la culture de recherche collégiale au prochain congrès de l’ACFAS, en plus d’avoir des représentants de plusieurs disciplines dans différentes activités du congrès.

« Bien des gens ne connaissent pas la recherche collégiale, reconnaît d’emblée Lynn Lapostolle, directrice générale de l’ARC. Cette méconnaissance est une des choses dont elle souffre le plus. »

 

Pourtant, la recherche en milieu collégial ne date pas d’hier, puisqu’elle est née en même temps que la mise sur pied des cégeps, il y a une quarantaine d’années. Les Presses de l’Université Laval publiaient d’ailleurs un essai, en 2011, intitulé La recherche collégiale : 40 ans de passion scientifique. Une loi adoptée en 1999 accordait même le statut d’établissement d’enseignement supérieur aux cégeps, ajoutant à leur mission de formation pré-universitaire et technique, « la recherche appliquée et le transfert de connaissances ainsi que les services à la collectivité ».

 

Il faut savoir qu’à la différence des chercheurs universitaires, les chercheurs de niveau collégial s’engagent dans la recherche de manière volontaire, sans obligation professionnelle. « Ce sont des gens passionnés, qui le font par choix. On est donc dans une autre logique, une autre forme d’organisation, puisque la recherche est volontaire », ajoute la directrice générale de l’ARC.

 

« La diffusion de ses résultats est un des défis de la recherche collégiale, dit également Lynn Lapostolle. Quelques chercheurs publient de manière traditionnelle, mais on utilise aussi beaucoup le transfert de connaissances et la vulgarisation scientifique. » D’ailleurs, la province compte 46 centres collégiaux de transfert de technologie, dont la mission est de favoriser des activités de transfert vers les organismes et les entreprises.

 

Culture de recherche

 

Le mercredi 14 mai, l’ARC présente un colloque à l’ACFAS intitulé La culture de la recherche au collégial, où une centaine de participants sont attendus (« un des plus gros colloques du congrès », précise la directrice générale de l’ARC). La présence de l’ARC au congrès de l’ACFAS remonte à l’an 2000, même si des chercheurs y présentaient leurs travaux de manière indépendante depuis le début de l’existence des cégeps.

 

En parcourant la liste des présentations de ce colloque, on remarque plusieurs chercheurs universitaires. Rien de surprenant, puisque la recherche collégiale est intimement liée à la recherche universitaire. « En 2014, les universités travaillent beaucoup en relation, il n’est donc pas exceptionnel qu’elles le fassent avec un centre collégial », explique Lynn Lapostolle.

 

Les présentations au colloque vont de la « reconstitution d’un poisson vieux de 380 millions d’années à partir d’un numériseur 3D » à la « relation entre le degré de confiance de l’individu dans l’exactitude de son souvenir et le nombre de faux souvenirs » en passant par le « traitement de polissage par marais épurateur du drainage minier acide ». Plus de 30 présentations y sont prévues. « Cette diversité est représentative de la recherche collégiale », précise Lynn Lapostolle. Elle se décline principalement dans les secteurs Nature et technologie, Société et culture et Santé.

 

Également au menu du colloque, des présentations d’étudiants. « Nous voyons cela comme une opportunité d’encourager les jeunes à faire de la recherche, et le colloque, en plus de souligner leurs travaux, reconnaît l’accompagnement d’enseignants dont ils ont bénéficié », dit la responsable de l’ARC.

 

Des intérêts communs

 

Comme le souligne Lynn Lapostolle, la recherche collégiale bénéficie grandement d’associations avec d’autres milieux de recherche. Un des colloques du congrès de l’ACFAS porte justement sur cette collaboration : La mise en réseau des acteurs de l’innovation : une valeur ajoutée pour les milieux utilisateurs ? 

 

Organisé conjointement par le cégep de Jonquière et le Réseau Trans-tech (qui regroupe les 46 centres collégiaux de transfert de technologie de la province), ce colloque se penche notamment sur les buts de la récente Politique nationale de la recherche et de l’innovation, lancée en octobre 2013. Un de ceux-ci était de mettre sur pied le Réseau recherche innovation Québec (RRIQ), qui regrouperait plus d’une centaine d’organismes voués à la recherche, dont les centres collégiaux.

 

Une présentation de Jean Belzile, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, abordera notamment les avantages à travailler en interdisciplinarité et en intersectoriel.

 

Parmi les autres activités à surveiller lors du congrès, où des représentants du milieu collégial auront une place intéressante, notons le colloque La place du corps et du toucher dans les processus d’accompagnement. Louis Bourdages, du cégep de Rimouski, s’intéresse aux exercices sensori-moteurs adaptés pour les personnes à motricité réduite.

 

À l’intérieur du colloque sur L’innovation dans l’industrie du vêtement , Eric Harvey, du Centre collégial de transfert en imagerie numérique et médias interactifs, abordera les technologies numériques 3D, vers lesquelles s’est tournée cette industrie, notamment dans l’essayage virtuel lors de la fabrication de modèles de vêtements.

 

La culture de la recherche au collégial, le mercredi 14 mai au pavillon Hall.
Collaboratrice