«Les décideurs ne s’appuient pas assez sur les données de recherche»

Thierry Haroun Collaboration spéciale
La création du réseau de l’Université du Québec a été marquante.
Photo: - Le Devoir La création du réseau de l’Université du Québec a été marquante.

Ce texte fait partie du cahier spécial ACFAS 2014

L’évolution de la recherche en éducation dans les universités québécoises, tel est le sujet qu’abordera le doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, Marcel Monette, lors de son allocution au 82e congrès de l’ACFAS sur le financement et le rapprochement entre la recherche et le monde de la pratique : un état des lieux.

Le résumé de la présentation du professeur est assez succinct, mais non moins clair sur la direction que prendra l’allocution que prononcera Marcel Monette. Ce dont il sera ainsi question se résume en quelques phrases-chocs : la recherche en éducation dans les universités s’est progressivement développée ; différents facteurs permettent de mieux comprendre cette évolution, soit le rôle des organismes subventionnaires, la création des facultés d’éducation, la création du réseau de l’Université du Québec ou encore celle des centres de recherche interuniversitaires.

 

« En simplifiant à l’extrême, on peut dire que la recherche en éducation s’est développée parce qu’il y avait plus de chercheurs et un soutien financier important accordé à la recherche et à la formation des chercheurs. » Or, lit-on plus loin, pendant que la recherche en éducation se développait, les échos persistants du monde de la pratique se faisaient entendre pour faire valoir que cette recherche ne répondait pas suffisamment à ses besoins.

 

Progressivement, un rapprochement entre la recherche universitaire et le monde de la pratique s’est effectué. Des partenariats se sont développés, mais ils se vivent différemment selon qu’ils s’inscrivent dans le paradigme de « l’éducation basée sur des preuves, sur des données probantes, ou sur celui de la recherche contextualisée faite en partenariat avec les intervenants en éducation ».

 

Évolution

 

En entrevue, le doyen Marcel Monette rappelle que, sur le plan de l’évolution, « on pourrait dire — en tournant les coins ronds — qu’on est passés [au cours des dernières décennies] d’une recherche plus individuelle à une recherche où des chercheurs collaborent davantage avec des intervenants du milieu. Et il se fait même de la recherche par des gens du milieu qui sont des cochercheurs », note-t-il avant de préciser qu’il y a plusieurs facteurs « externes » ou « contextuels » qui ont mené à telle situation. « L’un des événements importants a été le transfert des écoles normales dans les facultés d’éducation. »

 

Par conséquent, deux cultures se télescopaient. « Ainsi arrivaient, des écoles normales, des gens qui étaient près de la formation enseignante, mais assez éloignés de la recherche, et on retrouvait des professeurs [d’université] qui étaient assez loin de la formation des enseignants, mais près de la recherche. Cela a donc pris un certain temps avant que l’acculturation se fasse. Écoutez, c’était un moment important! »

 

Vint l’UQ

 

La création du réseau de l’Université du Québec a été un vecteur de changement majeur sur le plan de l’évolution de la recherche, poursuit le doyen. « L’implantation d’un tel réseau a fait augmenter beaucoup le nombre de chercheurs et de doctorants », souligne M. Monette en rappelant que présentement, 22 % des étudiants inscrits au doctorat dans les universités francophones de la province le sont dans le réseau de l’UQ.

 

L’autre élément, et non le moindre, qui a dicté et qui dicte plus que jamais l’évolution de la recherche réside dans les paramètres de financement imposés par les organismes subventionnaires.

 

Ainsi, explique le professeur, on est passés « petit à petit » d’un soutien financier à des gens à la maîtrise, au doctorat et au postdoctorat à un soutien à des équipes de chercheurs. « Si on suit toujours la filière du financement, on s’est retrouvés ensuite à financer des équipes multidisciplinaires, et comme par hasard, il s’est formé de plus en plus d’équipes multidisciplinaires. »

 

« Et désormais, on est rendus à financer des programmes pluridisciplinaires, c’est-à-dire des gens du milieu des sciences et du génie qui travaillent avec des gens du domaine de la médecine et de l’éducation. » Par conséquent, fait valoir M. Monette, celui qui souhaite être financé doit se plier aux nouvelles donnes imposées par les subventionnaires : « Il est clair qu’on va voir un déplacement. Il y a un nombre de chercheurs qui vont suivre le financement et s’inscrire dans ces voies. »

 

Toujours l’argent

 

Maintenant, qui dit financement dit manque de financement, ce qui n’est pas sans conséquence, on l’aura compris. « Le manque de financement se fait ressentir. Et c’est clair notamment du côté du Conseil de recherches en sciences humaines. Chaque année, ce sont autour de 20 % des demandes qui reçoivent du financement. Et on dit à 70 % des chercheurs qui ont déposé des demandes que leur projet est de très grande qualité, mais que malheureusement, la subvention ne suivra pas faute d’argent. »

 

Ainsi, un aussi haut taux de refus faute de fonds publics mène « à une démotivation au sein des professeurs, qui se disent, au fond : “Ça donne quoi, finalement, de faire tous ces efforts ?” Vous savez, ce n’est pas simple de procéder à une demande de subvention. Ça prend beaucoup de temps, pour qu’au final, on se fasse dire que c’est très beau, très bien, mais qu’on n’a pas d’argent. »

 

Pour conclure, avec le recul, peut-on parler de progrès en ce qui a trait à la recherche en éducation ? « Oui, il y a eu du progrès. Lorsque je suis arrivé à l’université, il y a 39 ans, il se faisait très peu de recherche en éducation. »

 

Tout cela, c’est bien, mais, avise le doyen, il y a un… mais. « Nous estimons, de notre point de vue, que les décideurs [publics] ne s’appuient pas assez sur les données de recherche. Il reste encore beaucoup de travail à faire dans ce sens. Il faut s’assurer que nos données ne restent pas seulement dans les revues scientifiques, que très peu de monde lit. »

 

Évolution de la recherche en éducation dans les universités québécoises, in colloque 505 : Un demi-siècle d’éducation depuis la Révolution tranquille : perspectives historiques et réflexions pour l’avenir, le mardi 13 mai, 11 h 05, au pavillon John Molson.

 

Collaborateur

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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