Avis défavorable du Conseil supérieur de l'éducation

Le Conseil supérieur de l'éducation précise que son avis défavorable n'est pas lié à la nature du cours en tant que tel, mais qu'il est plutôt motivé par le fait que le cours d'histoire du Québec en remplacerait un autre — en l'occurrence, un cours complémentaire.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le Conseil supérieur de l'éducation précise que son avis défavorable n'est pas lié à la nature du cours en tant que tel, mais qu'il est plutôt motivé par le fait que le cours d'histoire du Québec en remplacerait un autre — en l'occurrence, un cours complémentaire.
Les réformes que voulait opérer le gouvernement péquiste en matière d'enseignement de l'histoire ont la vie dure. Quelques jours après que le nouveau ministre de l'Enseignement supérieur, Yves Bolduc, eut annoncé qu'il repoussait l'entrée en vigueur d'un cours obligatoire au collégial, voilà que le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) lui donne raison.

Dans un avis rendu public mardi, le CSE recommande au ministre de ne pas aller de l'avant avec l'introduction d'un cours d'histoire obligatoire dans les programmes menant à l'obtention d'un diplôme d'études collégiales (DEC).

Le Conseil estime que cette modification réglementaire aurait pour effet de réduire la zone de choix des étudiants, d'uniformiser davantage la formation générale et de diminuer l'autonomie des établissements.

L’organisme précise que son avis défavorable n’est donc pas lié à la nature du cours en tant que tel, mais qu’il est plutôt motivé par le fait que le cours d’histoire du Québec en remplacerait un autre — en l’occurrence, un cours complémentaire.

Le CSE se dit préoccupé par «la croissance de la part d’obligation dans le curriculum de l’enseignement collégial, l’attrition de la part de choix de l’étudiante ou de l’étudiant dans son projet d’études, l’étiolement de l’autonomie des établissements d’enseignement collégial et la définition prescriptive de ce qui devrait faire partie de la formation générale».

En cela, l’avis de l’organisme rejoint les préoccupations formulées par divers acteurs du milieu collégial, dont la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui avait demandé un moratoire sur l’implantation du cours.

«Le CSE met le doigt sur un bobo important. Dans la formation générale, il y a tout un bout complémentaire qu’on était en train de vider complètement de substance», a exposé Caroline Senneville, présidente du regroupement syndical qui représente 85% des professeurs de cégep.

«C’est un équilibre, ce qu’il y a à l’intérieur de la formation générale. En venant remplacer comme ça sans débat public un jeton par un autre, ça venait vraiment briser cet équilibre-là», a poursuivi la leader syndicale.

Même son de cloche du côté de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). Selon la présidente du regroupement étudiant, Éliane Laberge, la formation complémentaire est l’une des façons, pour les cégépiens, d’élargir leurs horizons ou d’accéder à un programme universitaire en complétant leur formation.

«On avait réfléchi à certaines solutions alternatives ressemblant à celles proposées (dans l’avis du CSE), soit d’approfondir les apprentissages dans des cours spécifiques ou encore de s’assurer que dans tous les collèges, il y ait une offre de cours complémentaire en histoire contemporaine, ce qui n’est pas le cas présentement», a souligné Mme Laberge.

Le projet de cours d’histoire obligatoire était l’une des marottes de l’ancien ministre péquiste de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, qui jugeait «criantes» les carences des collégiens sur le Québec et son histoire.

Mais ce n’est pas pour maintenir le statu quo que le Conseil suggère de ne pas procéder à la modification envisagée. Au contraire: il y aurait peut-être lieu de revoir la formation générale, qui est demeurée inchangée depuis 1993, peut-on lire dans l’avis.

«La présente volonté du ministre (de l’époque, M. Duchesne) s’ajoute à d’autres exprimées depuis la création des collèges quant à la nécessaire révision de la formation générale. Pourtant, hormis les changements dont elle a fait l’objet en 1993 et qui ont préservé le socle sur lequel elle reposait, la FG (formation générale) n’a pas connu de transformations profondes», souligne-t-on dans le rapport.

Se refuser à «faire évoluer» la formation générale dispensée dans les établissements collégiaux du Québec «témoignerait d’une incapacité structurelle à aborder le changement, à l’antithèse même des idéaux qui ont donné naissance aux collèges», fait valoir le CSE.

La Fédération des cégeps, qui a accueilli «extrêmement favorablement» l’avis du Conseil, fait la même analyse.

Cette piste d’action figurait d’ailleurs parmi les demandes du milieu collégial dans les suites du Sommet sur l’enseignement supérieur de février 2012.

«On avait demandé la réflexion et la mise à jour de l’état des lieux sur la formation générale obligatoire. Donc si on ne la rattrape pas par le cours d’histoire, cette réflexion-là, on va la rattraper dans les travaux qu’on mène actuellement», a déclaré le président-directeur général de la Fédération, Jean Beauchesne.

L’organisation ne veut pas avancer d’échéancier, mais espère arriver à proposer un nouveau cadre d’ici environ deux ans, selon M. Beauchesne, qui dit avoir hâte de rencontrer le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, afin d’en discuter.

Alors qu'il était au pouvoir, le Parti québécois souhaitait réformer les programmes d'enseignement de l'histoire du Québec au secondaire en plus d'instaurer un nouveau cours d'histoire obligatoire au collégial.

Le programme du secondaire devait être implanté dès septembre prochain dans au moins 90 classes de 3e secondaire sous forme de projet-pilote. Quant au cours d'histoire obligatoire, il devait apparaître sur les horaires de cours des cégépiens à compter de l'automne 2014.

Le ministre Bolduc a mis le holà dans les deux cas, a rappelé mardi son attachée de presse, Yasmine Abdelfadel. Il se penchera bientôt sur l'avis rendu par le CSE, a précisé Mme Abdelfadel.

Le CSE est constitué de 22 membres nommés par le gouvernement et issus du monde de l'éducation ou d'autres secteurs d'activité de la société québécoise.
21 commentaires
  • Charles Lebrun - Abonné 6 mai 2014 12 h 34

    Mme Laberge, de la FECQ

    Solutions alternatives... ou Solutions de rechanges...

    Alternative: déf. Situation où il n'y a que deux possibilités opposées, deux éventualités entre lesquelles il faut choisir. L'alternative est claire (et non *voici l'alternative)

    Alternative. Anglicisme au sens de "solution de rechange".
    Source: Multi dictionnaire de la langue française, Marie-Éva De Villers

  • Yves Côté - Abonné 6 mai 2014 12 h 41

    Questions...

    "Le CSE est constitué de 22 membres..." dit l'article.
    D'accord.
    Mais pour juger de la haute compétence de ces membres, serait-il possible de savoir qui sont ces gens et quels sont leurs parcours particuliers ???
    Quelqu'un pourrait-il me dire pourquoi il serait impossible pour un pays aussi riche que le Québec d'ajouter un cours obligatoire au programme ?
    Je dis bien ajouter, pas remplacer ...
    Je vous parie que s'il s'agissait d'un cours d'anglais, l'enthousiasme s'emparerait de plusieurs d'entre nous pour crier à son obligation...
    Les étudiants sont-ils devenus si surchargés en heures de classe qu'il serait impossible d'ajouter un cours d'Histoire à leur cursus obligatoire ?
    Les salles de cours sont-elles si occupées qu'il serait impossible d'ajouter des plages d'occupation de celles-ci ?
    Les profs d'Histoire sont-ils si peu nombreux qu'il est impossible d'en embaucher à cause d'une pénurie ?
    Sommes-nous devenus collectivement si démunis qu'il vaut mieux entretenir l'ignorance de nos jeunes en Histoire que de prévoir un budget partiel supplémentaire que nous nous partagerions en dépense ?

    Serions-nous tous déjà si agonisant comme société que nous ne savons plus protester contre la fabrication de notre ignorance ?

    • Michel Richard - Inscrit 6 mai 2014 15 h 39

      La question est plutôt pourquoi ? Pourquoi ajouter un cours d'histoire obligatoire et pas un cours de mathématiques obligatoire ? un cours de sciences environnementales ?
      Pourquoi ôter à chaque étudiant la possibilité de choisir ce qu'il veut étudier ?

    • Gilbert Talbot - Abonné 6 mai 2014 16 h 26

      Il y a déjà deux cours d'anglais obligatoire dans la formation générale. Ces cours visent spécifiquement à s'assurer que nos étudiants peuvent utiliser adéquatement l'anglais à l''oral et à l'écrit.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 6 mai 2014 12 h 53

    À courte vue

    L'enseignement de l'histoire est capital pour forger son identité. L'histoire, ce sont nos racines. "Celui qui oublie le passé est condamné à répéter les mêmes erreurs" dit le dicton. Il n'est pas nécessaire non plus de consacrer un cours exclusif d'histoire, même si dans certains cas, ce serait la bonne solution. On peut aborder l'histoire via les cours existants : le français, la philosophie, les maths, le théatre ect.

    • Michel Richard - Inscrit 6 mai 2014 15 h 41

      Et ceux qui pensent comme vous sont tout à fait libres de prendre un cours d'histoire. Ceux qui croient avoir bien étudié au secondaire et connaître suffisamment leurs racines devraient avoir la possibilité de parfaire leurs connaissances dans d'autres domaines.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 6 mai 2014 13 h 01

    Les Québécois sans histoire ?

    J'aurais aimé apprendre l'histoire des huguenots, des catholiques, des dragonnades, des jésuites, des récollets et des sulpiciens à l'origine de la société Qébécoise.

    J'aurais aimé apprendre l'histoire des jésuites qui ont tout fait pour éliminer les protestants et principalement apprendre concernant notre nouveau saint, Mgr. Laval, qui avait une prétention immense et qui a obligé les protestants a s'exiler dans les 13 états de la Nouvelle-Angleterre à défaut de se faire exterminer.

    J'aurais aimé apprendre concernant le traité d'Utrecht et le traité de Paris, dit autrement, pourquoi les français ont laissé tomber les canadiens (je pense que les canadiens étaient les français venus coloniser l'Amérique)

    J'aurais aimé apprendre concernant la déportation des Acadiens et/ou le grand Dérangement.

    J'aurais aimé savoir qui réellement a fondé Québec, Samuel de Champlain ou Pierre duGua de Mons.
    J'aurais aimé apprendre pourquoi tous ces explorateurs venus après Christophe Colomb et Jacques Cartier étaient protestants ?
    J'aurais aimé apprendre concernant le cardinal Richelieu et l'édit de Louis XIII d'interdire les protestants d'émigrer en Nouvelle-France et de ralentir son développement.

    J'aurais aussi aimé apprendre pourquoi Louis Joseph Papineau, le chef des patriotes étaient d'origine huguenotte et pourquoi il a dû s'exiler pour ne pas être pendu avec l'approbation du clergé ?
    J'aurais aimé apprendre concernant mes origines mais si le "Conseil de l'éducation Supérieur" dit que je n'ai pas d'histoire, y doit le savoir.

    • J-F Garneau - Abonné 6 mai 2014 17 h 01

      L'UQAM propose un excellent baccalauréat en histoire. Jamais trop tard pour bien faire.

    • Micheline Otis - Inscrite 6 mai 2014 21 h 39

      Madame,

      Votre sortie contre le catholicisme m'intrigue. Serait-ce votre animosité envers ces catholiques qui fait que vous semblez si hostile à un cours d'histoire obligatoire au collégial?

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 8 mai 2014 00 h 17

      Mme Otis, sachez que je n'ai aucune animosité envers ces catholiques comme vous le dites. Le temps est trop court pour le perdre a développer des ressentiments et de l'animosité. Je le conserve à la compréhension et à l'admiration de ceux qui ont, malgré les persécutions, participé à l'exploration, la découverte et l'évolution de leur coin de pays.
      L'histoire se chargera de bien circonscrire les buts et objectifs de chacune des institutions et organismes concernés.
      Mon commentaire fait état de connaissances a acquérir concernant nos ascendants, donc en faveur de cours d'histoire obligatoires au collégiale.
      Avec le plus grand respect, nsm.

  • Robert Beauchamp - Abonné 6 mai 2014 13 h 43

    pas de chicane pas d'histoire

    Soyons pratiques et orientons-nous de façon définitive vers l'éducation utilitaire selon le credo du néo-libéralisme. Donc pas de chicane pas de temps à perdre. Il me semble que l'on rate une occasion essentielle de partager avec les nouveaux arrivants, les tenants et aboutissants de la fondation et de la construction de cette nation. A-t-on le même scrupule pour nous faire savoir dans quelles matières on coupe pour favoriser l'anglais intensif dès le primaire? Et ces 22 membres, par quel gouvernement ont-ils été nommés? Pourquoi avoir attendu jusqu'à maintenant pour se manifester?