À quel credo les gouvernants souscriront-ils?

Normand Thériault Collaboration spéciale
Photo: Archives Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Appliquée ou fondamentale : deux qualificatifs, mais qui, lorsqu’accolés au mot recherche, sont lourds de conséquences. Et si, parlant de financement, question il y avait, alors on définirait par la réponse donnée la nature universitaire. Et, en ces choses, l’option gouvernementale aura une incidence forte sur l’orientation qu’adopteront les divers conseils des institutions du savoir. Dans ce débat, indépendamment des positions prises, une chose est toutefois sûre : les chercheurs sauront s’afficher présents.

« Connais- toi toi-même », l’adage de ce bon vieux Socrate a longtemps été, lorsque retenu, celui qui décrivait le mieux l’aventure universitaire, et cela, du premier moment où tout étudiant ou étudiante s’assoyait sur un banc d’école, aux temps lointains des éléments latins, première classe du long cycle du cours classique, qui, en huit ans, menait au baccalauréat, et ce, jusqu’à la conclusion des études supérieures.

 

Et de ces jours, on en garde encore aujourd’hui trace : n’avez-vous pas ainsi remarqué que si Polytechnique et les Hautes Études commerciales (HEC) sont des composantes de l’Université de Montréal, elles apparaissent toutefois distinctes dans l’institution, possédant leurs bâtiments propres et une signature qui les particularise ?

 

Et en ces temps, en fait, outre les disciplines de la santé et celles du droit, héritages d’une tradition séculaire, l’université était en pratique un lieu de paroles où les lettres et les humanités, les sciences dites humaines, avaient en espace et en nombre d’étudiants inscrits prépondérance (à ce titre, il est significatif de rappeler que les institutions québécoises francophones ont eu jusqu’à tout récemment à leur tête un membre de l’épiscopat portant un titre le faisant « prince » de l’Église).

 

Conjoncture

 

Recherche fondamentale : il y a longtemps en ce domaine que le débat a débordé loin du « sexe des anges ». Et aucune discipline n’est à l’abri de quelque tentative qui pourrait être décrite comme étant ésotérique : le citoyen lambda pourrait d’ailleurs remettre en question le fait qu’un universitaire de haut vol consacre une vie à la poursuite des nombres premiers ou tente de régler la conjoncture de Poincaré (ce que fit Grigori Perelman, 100 ans après le dépôt de la proposition, en reprenant les études d’un Richard Hamilton, et aujourd’hui, cela s’avère fort utile dans les systèmes de distribution des fluides, le chercheur ayant trouvé réponse à la question originale, à savoir « Est-il possible que le groupe fondamental d’une variété V de dimension 3 se réduise à la substitution identique, et que pourtant V ne soit pas la sphère ? »).

 

Et si les travaux de Perelman s’avèrent aujourd’hui fort pratiques, il aura fallu longtemps avant qu’ils soient reconnus tels : pourra-t-on en dire autant de ceux qui oeuvrent en philosophie ou en toute autre étude qui a pour objet la compréhension de l’humain ?

 

Alors, entendrons-nous, « soyons pratiques », et devenons ainsi les chantres de la recherche appliquée. Et là, les résultats obtenus seront concrets, satisfaisants : on guérira le cancer, les avions iront plus vite, et les procédés de production seront plus opérants.

 

Et il y aura même plus. Car qui descend de sa colline (quoiqu’il y a là aussi en abondance de la recherche « utile ») et arrive à l’INGO, cet édifice de l’ancienne brasserie Dow que l’École de technologie supérieure a récupéré et qu’elle partage avec l’Université McGill, arrivant là, il ou elle découvrira qu’un projet original y a cours, Isabelle Péan, directrice de projets de l’Université McGill pour le Quartier de l’innovation, expliquant que là, l’objectif est de savoir, et de réaliser, « comment faire plus de collaboration en recherche, de contrats de recherche ou de transferts de technologie entre les universités et les entreprises, mais surtout avec les petites et moyennes entreprises ».

 

Et ce qu’un Yves Beauchamp, alors directeur de l’ETS, a mis en oeuvre, à savoir ce Quartier de l’innovation qui s’affirme déjà comme un partenaire citoyen dans le développement des secteurs de Griffintown et de la Petite Bourgogne, des interventions culturelles ayant d’ailleurs déjà cours, risque de se produire ailleurs : le même homme n’est-il pas responsable de la planification de l’aménagement du site Outremont de l’Université de Montréal, vaste secteur urbain inscrit entre plusieurs arrondissements montréalais, s’appuyant même sur la ville de Mont-Royal ?

 

D’une certaine façon, l’université peut tout faire : on en aura la preuve dès le mois prochain quand Concordia accueillera 5000 scientifiques pour un 82e congrès de l’ACFAS et que près de 3000 présentations seront faites, distribuées dans 173 colloques.

 

Attente

 

Aussi, le gouvernement Couillard aura bientôt à prendre position, non seulement en définissant la composition de son conseil de ministres, qui aura rôle et mandat en recherche, que ce soit dans les institutions de savoir ou hors réseau scolaire, mais aussi en définissant, investissements futurs à l’appui, quels types et pratiques il entend soutenir. Et pour cela, fera-t-il appel pour consulter et s’informer au scientifique en chef que le Québec s’est donné ?

 

Et alors, on saura si l’actuel Parti libéral provincial est fédéraliste à un point qu’il fasse sienne l’orientation retenue par le gouvernement d’Ottawa, à savoir de n’avoir d’yeux que pour la seule recherche rentable. Sinon, laquelle propose-t-il, entre la fondamentale, la pratique, l’appliquée et la rentable ?

 

Et les messieurs Poincaré, comme leurs conjonctures, devront-ils attendre avant de voir leurs problèmes résolus ?