Un «coup d’éclat» publicitaire de 50 000$ qui dérange des recteurs

Trois dirigeants importants du milieu universitaire ont boudé la publicité achetée par les recteurs dans des médias québécois lundi qui dénonçait le sous-financement. L’Université du Québec en Outaouais (UQO), l’École nationale d’administration publique (ENAP) et l’Université du Québec (UQ) ont confirmé au Devoir que si elles endossaient le message sur le fond, elles n’étaient pas d’accord avec les moyens employés pour s’inviter dans la campagne.

 

« On est d’accord avec la position des recteurs, mais on privilégiait un autre moyen, comme une lettre ouverte », a dit Patrick Bélanger, conseiller aux communications pour l’ENAP. L’UQ et l’UQO abondent en ce sens. L’UQO aurait confié au journal Le Droit qu’elle était « inconfortable » avec une telle dépense.

 

Selon nos informations, la publicité parue notamment dans La Presse et sa version iPad, ainsi que dans The Gazette aurait coûté 50 000 $. La facture serait payée par le Bureau de coopération interuniversitaire — la nouvelle entité qui remplace la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ).

 

Aux commandes de cette opération médiatique, le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton. « Le but, c’était de faire un coup d’éclat. C’était la première fois que ça se faisait, une intervention comme ça des recteurs en pleine campagne », a indiqué le porte-parole de l’UdeM, Mathieu Filion. Les dirigeants universitaires ont réclamé 5000 $ de plus que les quelque 10 000 $ dont ils disposent pour former un étudiant québécois, question de rattraper la moyenne canadienne.

 

Marois est «étonnée»

 

Réagissant à ce cri du coeur des recteurs, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, s’est dite surprise. « Je suis un petit peu étonnée de voir actuellement l’attitude des recteurs », a-t-elle affirmé mardi, s’expliquant mal pourquoi ils se distancient du consensus établi durant le Sommet de l’enseignement supérieur tenu en février 2013.

 

« Encore une fois, il me semble qu’il y avait eu consensus [de] tous les acteurs de l’enseignement supérieur », a-t-elle fait valoir, après la présentation des engagements de sa formation politique en matière d’éducation.

 

Outre le réinvestissement de 1,8 milliard promis sur sept ans, Mme Marois a écarté l’ajout de sommes supplémentaires dans le réseau universitaire, mais s’engage à analyser les conclusions du groupe de travail sur la révision de la politique de financement des universités. « S’il y a des corrections à faire, nous les évaluerons. [Mais] je ne prends pas d’engagement au-delà de ce qu’il y a sur la table. Ça, pour moi, c’est important », a dit la chef péquiste.

 

Martine Desjardins, candidate du PQ dans Groulx, a invité à son tour les recteurs à « attendre les conclusions du groupe de travail avant de sauter aux conclusions ». L’ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire s’est dite surprise de les voir « encore revenir avec le chiffre [850 millions] qui avait d’ailleurs été démenti au sommet à Sherbrooke en 2013 ».

***


Éducation: une plateforme sans surprise

Politique nationale de lutte contre le décrochage, lutte contre l’intimidation, promotion de la culture, implantation de maternelles quatre ans, ajout de 600 professionnels dans les écoles. Il y avait peu de nouveautés dans la plateforme du Parti québécois en matière d’éducation. « Ce sont des choses qui étaient déjà sur la table, mais l’élément de la valorisation est très intéressant », a soutenu la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, en parlant de l’engagement personnel de Pauline Marois pour revaloriser le rôle de l’enseignant. « Ça fait plus de six ans que c’est dans notre discours de valoriser la profession. C’est bien d’avoir une déclaration comme ça où on dit oui, on va travailler là-dessus », a-t-elle ajouté.

7 commentaires
  • F. Georges Gilbert - Inscrit 19 mars 2014 09 h 08

    Guy Breton est au commande

    de ce ''coup d'éclat''politique qui suit celui contre la Charte du gouvernement Marois,qu'il comparait,rien de moins,au régime ''Frankiste''.Cette publibité est inappropriée et le but questionnable de s'immiscier de la sorte en campagne électorale.Je comprends un peu mieux l'oposition des professeurs -étudiants envers le Recteur Breton(( De reconduire les défauts de l'administration actuelle qui a obtenu des résultats critiqués en matière de gestion des fonds et qui impose des compressions du corps professoral R/Wiki.))La manière Breton n'a pas changé..

  • John Patrick - Inscrit 19 mars 2014 09 h 22

    50 000 $ c'est une goutte d'eau

    À force de vouloir être plus droit que droit, et de vérifier chaque dollar dépensé, on va finir par ne rien faire. 50 K $ ce n'est rien sur l'impact que ça peut avoir.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 19 mars 2014 09 h 46

      Pour des étudiants qui ont un budget serré qui se tiennent assis sur le bout de leur chaise cet argent aurait été un beaume. Quand on banalise on s'éloigne de la conséquence des actes posés.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 19 mars 2014 13 h 33

      Votre réponse est inapropriée. Banaliser un geste condamnable est inviter d'autres gestes encore plus déplorables. Comme le disent ces trois dirigeants dissidents, cette prise de position auraît dû être connue par un simple communiqué de presse.

      Ce montant doit être soustrait des allocations versées par le gouvernement à ces universités dépensières.

  • Pascal Normandin - Inscrit 19 mars 2014 09 h 30

    On a quand même de la chance d'avoir quelqu'un comme Martine Desjardins, avec une feuille de route de plusieurs mois d'expérience comme responsable dans une association étudiante, et presque un doctorat en sociologie, pour expliquer aux recteurs de l'Université de Montréal, l'Université McGill et des HEC que leurs chiffres sont inexacts

  • Jacques Beaudry - Inscrit 19 mars 2014 09 h 58

    elle a raison

    En quoi la situation des universités est-elle différente maintenant par rapport à celle qui a prévalu lors du consensus des partenaires en éducation en février 2013 ? C'est irresponsable de dépenser des milliers de dollards pour une publicité qui vient en contradiction avec l'assentiment donné à ses partenaires. On se plaint de manquer de fric mais constatons que celui qu'ils ont n'est pas toujours rigoureusement dépensé. Ça démontre qu'ils en ont encore trop. Quels sont les vrais mobiles à cette campagne publicitaire ? Est-ce que nos impôts doivent servir de tels mobiles ?

  • Colette Pagé - Inscrite 19 mars 2014 10 h 51

    Peu de crédibilité du recteur Breton !

    Cette décision des recteurs dirigé par Guy Breton est inapproprié. S'il fallait demain que les dirigeants des hôpitaux, des commissions scolaires etc imitent ce geste cela deviendrait ingérable et toute cette publicité payée avec de l'argent de l'État. Que les recteurs fassent comme tous les autres intervenants qu'ils plaident leur cause au Conseil du Trésor et s'ils veulent faire de la Politique qu'ils démissionnent. Quant à Guy Breton sa comparaison avec le régime de Franco le discrédite.