La «nation québécoise» au coeur du nouveau cours au secondaire

La ministre de l'Éducation Marie Malavoy a annoncé l'implantation de projets-pilotes en histoire dès septembre 2014 dans plus de 90 classes de 3e année du secondaire du Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre de l'Éducation Marie Malavoy a annoncé l'implantation de projets-pilotes en histoire dès septembre 2014 dans plus de 90 classes de 3e année du secondaire du Québec.

Le nouveau programme d’histoire au secondaire s’appuiera sur une trame « nationale » de l’histoire du Québec. Il sera implanté dès septembre prochain dans au moins 90 classes de 3e secondaire sous forme de projet-pilote.

 

Sans surprise, le cours, qui s’appellera Histoire du Québec et du Canada, sera structuré de façon chronologique sur deux ans (3e et 4e secondaire), contrairement à la formule actuelle très critiquée qui consiste en un enseignement chronologique en 3e secondaire et thématique en 4e secondaire. Le programme établira un socle de connaissances communes obligatoires afin de revenir à un équilibre entre compétences et connaissances.

 

La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, a fait cette annonce après avoir pris connaissance du rapport d’expert commandé sur le sujet. Des 29 recommandations, elle en a retenu 6 qui deviendront les recommandations « phares » sur lesquelles se basera le nouveau programme chargé d’arrimer l’histoire politique et l’histoire sociale.

 

Selon elle, cette approche qui met l’accent sur la « nation québécoise » n’a pas d’orientation et se veut inclusive. « Les anglophones ne peuvent pas être exclus, ils font partie de la trame nationale. Ce n’est pas la trame nationale d’un groupe, c’est celle d’une nation avec les autochtones, les francophones, les anglophones et, au fur et à mesure, les gens qui viennent d’ailleurs et qui se joignent à cette nation. C’est une approche inclusive », a indiqué la ministre, qui ne croit pas que sa proposition fasse la promotion d’une vision teintée de l’histoire.

 

Mme Malavoy emboîtera le pas aux experts qui lui recommandent de mener une réflexion sur la révision du cours au primaire. Le rapport suggère aussi que soient enseignées des notions de géographie au début de chaque année, en 3e et en 4e secondaire et d’augmenter le nombre de cours d’histoire dans la formation universitaire des futurs enseignants de cette discipline. En outre, il n’évacue pas complètement la compétence liée à l’éducation à la citoyenneté, proposant plutôt de la modifier.

  

Un bel accueil

 

Ce nouveau cours est particulièrement bien accueilli par les groupes qui plaidaient pour le retour d’une trame nationale de l’enseignement de l’histoire du Québec. « Dans l’ensemble, on est très satisfait et on se réjouit de la proposition », a soutenu le porte-parole de la Coalition pour l’histoire, Robert Comeau.

 

Seul bémol : la Coalition aurait aimé que soit complètement éliminée la référence à l’éducation à la citoyenneté, qu’elle considère comme « normative », contrairement à l’histoire, qui est « analytique ».

 

Le professeur au Département de didactique de l’Université de Montréal Marc-André Éthier constate que la trame nationale est « très assumée ». « Le mot “ national ” est là partout dans le rapport. Si j’étais sociologue ou historien, je verrais sans doute qu’il y a eu une lutte entre différents groupes et que le groupe qui a une sensibilité nationale aura gagné cette bataille-là, mais ce n’est pas gênant en soi », a-t-il noté.

 

C’est ce que croit la Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ), qui accueille positivement le rapport. « Il y a bien sûr des détails qui mériteraient d’être peaufinés, mais l’esprit général du document va tout à fait dans le sens de ce qu’on demande depuis des années, a souligné Félix Bouvier, vice-président de la SPHQ. C’est quelque part aberrant qu’une nation comme le Québec ait eu à se battre aussi longtemps pour arriver à quelque chose qui devait couler de source. »

 

Trop vite ?

 

Enfin, Robert Comeau de la Coalition se dit heureux de voir qu’il s’agit d’une nouvelle mouture du cours et non d’un « rapiéçage ». Il félicite aussi la ministre d’avoir agi si rapidement et l’invite à poursuivre sur sa lancée. Sur ce point, Marc-André Éthier n’est pas d’accord. « Il devra y avoir une version provisoire du programme dès le printemps qui sera ensuite testée en septembre et dès le printemps prochain, on devra en faire l’évaluation. C’est quand même rapide », s’est-il inquiété.

 

Geneviève Goulet est enseignante à l’école Horizon jeunesse à Laval et devrait commencer à enseigner le programme pilote dès septembre. Elle a confié qu’après avoir essayé d’enseigner selon la réforme, elle est revenue vers un enseignement chronologique sur deux ans. « On a été un peu délinquants, a-t-elle dit. En enseignant par thèmes, j’ai des élèves que j’avais eus en 3e secondaire qui se retrouvaient devant moi [en 4e] et qui me disaient : “ Madame, on a déjà vu ça  ».

 

La présidente de l’Association québécoise pour l’enseignement en univers social, Lise Proulx, trouve aussi que l’implantation est un peu précipitée et entend analyser davantage le rapport au cours des prochains jours. Idem pour le directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec, David Birnbaum, qui d’ores et déjà confie avoir des inquiétudes. « Mais on offre notre collaboration », a-t-il dit.

 

Le sociologue Jacques Beauchemin et l’historienne Nadia Fahmy-Eid avaient pour mandat de déterminer ce qui n’allait pas avec le programme d’histoire, revu en 2006 dans la foulée de la réforme, et de consulter le milieu de l’enseignement de l’histoire. M. Beauchemin présidera un comité-conseil qui sera chargé d’assurer la conformité du programme avec les recommandations du rapport.

14 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 février 2014 04 h 16

    Suggestion

    Voici ma suggestion aux profs. qui ne le font pas.

    Si vous voulez accrocher l'attention de vos élèves : Arrimez le travail de généalogie, que certains d'entre vous demandez, à vos cours d'histoire. De cette façon, les élèves seront intégrés directement aux événements dont vous parlez car des représentants de leur propre famille ont vécu ces événements. Ce sera beaucoup plus attrayant que d'entendre parler de gens complètement étranger séparés par l'espace et le temps.

    «Mon arrière-grand père et grand-mère y étaient !» Lien direct !

    «Un arbre sans racines n'est qu'un poteau !»

    Bonne journée.

    PL

    • Jérôme Brisson - Inscrit 28 février 2014 09 h 51

      J'acquiesce!

      "Si vous ne connaissez pas l'histoire, alors vous ne connaissez rien. Vous n'êtes qu'une feuille qui ignore qu'elle fait partie d'un arbre".

      - Michael Crichton

  • Denis Paquette - Abonné 28 février 2014 07 h 34

    Et qu'advienne que pourra

    Ce serait interessant que ca soit une histoire enseignée a partir des lois adoptées localement, nationalement et internationalement, que ca ne soit pas seulement une histoire spéculative, mais que l'on y retrouve, une histoire concrète permettant de se faire une idée objective, et qu'advienne que pourra

  • Michèle Poupore - Inscrite 28 février 2014 08 h 13

    Une histoire répétitive du primaire au collégial

    Ethnocentrée au primaire (francophones, anglophones, autochtones), enracinée dans le judéochristianisme au premier cycle du secondaire, puis comme si 6 ans au primaire ce n'était pas assez on revient encore une fois sur les peuples fondateurs en secondaire ( 3 et 4). Puis, on va encore soumettre nos élèves à une formation nationale au collégial...


    Certains critiques l'éducation à la citoyenneté en raison de son versant éthique qui peut être perçu en termes normatifs alors que c'est une dimension qui est plus réflective que normative. Ici, on oublie que l'endoctrinement peut aussi se faire par le contrôle du contenu d'un cours.

    Heureusement, cela ne risque pas de se produire puisque dès le secondaire 3 les élèves québécois, surtout ceux qui ont fait leur primaire ici, en ont marre de reprendre l'études des peuples fondateurs et décrochent.

  • michel lebel - Inscrit 28 février 2014 08 h 45

    Toujours des histoires...

    L'aphorisme voulant que l'histoire sert le présent demeure toujours bien vrai! Ainsi vont les toutes les histoires nationales traitées par un gouvernement.


    Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 février 2014 10 h 35

      Pourquoi n'entendons-nous pas un argumentaire semblable en France, en Angleterre ou en Allemagne ? Je me pose la question. Serions-nous «les seuls citoyens du monde» par hasard ? Étrange !

      Devrions-nous être fier de n'être que des poteaux; des arbres sans racines ? Des échappé sur la surface de la terre sans feu ni lieu ? Des rescapés de la mer qui, par je ne sais quel idée divine, ont pu se ramasser sur la berge du nouveau continent ?

      Quand on se considère de cette façon, y a vraiment pas de quoi écrire à sa mère effectivement.

      PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 février 2014 11 h 02

      Tout à fait. C'est d'ailleurs pour cela que le gouvernement précédent avait fait mettre l'accent du cours d'histoire sur l'évolution sociale et économique, en occultant toutes les luttes entre peuples.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 28 février 2014 13 h 09

      Comme si vous entendiez les arguments qui se disent en France, en Angleterre ou en Allemagne... Ah oui c'est vrai, ils ont en parlé dans les médias.

    • Jacques Moreau - Inscrit 28 février 2014 14 h 26

      M. P. Lefebvre; la raison pourquoi cet argumentaire n'est pas entendu en France, Angleterre, Allemagne, etc est que, probablement, l'histoire enseigné dans leurs école est celle choisi par leur gouvernement. En France, les Corses apprennent l'histoire de France, Les Bretons apprennent l'histoire de France, et ainsi de suite. Ditto pour l'Angleterre, L'Allemagne, l'Italie. Comme au Canada le maître d'oeuvre en matière d'école, c'est le gouvernement provincial, nous avons la possibilité pour 10 versions du cour d'histoire du Canada. Il serait bon de se rappeller que: <<À toute histoire, il y a 2 versions... au moins.>> Un autre maxime que j'affectionne: <<Méfiez-vous de l'homme d'un seul livre>>.

  • Roland Berger - Inscrit 28 février 2014 09 h 50

    Le sens du nouveau programme

    Dans l'élaboration d'un programme d'histoire, deux postulats sont en cause. Ou les rédacteurs considèrent que la Conquête fut un bienfait pour les colons français abandonnés par la France, ou ils pensent le contraire, à savoir que la Conquête a stoppé le développement d'un peuple de culture différente de celle de cette même France. Souhaitons que les concepteurs ont opté pour un programme qui entraînera les élèves à l'analyse des faits selon ces deux postulats. La propagande, quelle qu'elle soit, n'a pas sa place en histoire, encore moins dans son enseignement.