UdeM: le bureau de valorisation du français n'est pas une réplique

Le bureau de valorisation du français, qui prendra forme au cours des prochains mois, ne sera pas un bureau de traitement des plaintes, a d’ores et déjà précisé celle qui le chapeaute.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le bureau de valorisation du français, qui prendra forme au cours des prochains mois, ne sera pas un bureau de traitement des plaintes, a d’ores et déjà précisé celle qui le chapeaute.
L’Université de Montréal (UdeM) se défend d’avoir créé son bureau de valorisation du français pour répliquer à la lettre ouverte dans laquelle un étudiant dénonçait ce qu’il qualifiait de «complaisance excessive» de l’institution face à la langue de Shakespeare.

La responsable de cette nouvelle entité, Monique Cormier, a soutenu que le projet était dans les cartons depuis l’été dernier et qu’il s’agissait d’un dossier important aux yeux du recteur Guy Breton, dont le mandat à la barre de l’établissement a été renouvelé lundi soir.

«C’est un dossier qui a été réfléchi, mais ce que ça montre, c’est qu’il y a une préoccupation à l’heure actuelle, je pense, dans les universités, sur les questions de langue», a fait valoir Mme Cormier, qui continuera à assumer en parallèle ses fonctions de directrice du département de linguistique et de traduction de l’UdeM.

Elle a reconnu qu’elle avait été «surprise» en prenant connaissance des informations contenues dans la missive signée par Vincent Blais-Fortin, qui a été publiée à la fin janvier dans le quotidien Le Devoir.

L’étudiant en droit, qui est vice-président de l’Association des jeunes péquistes de l’UdeM, y dénonçait l’attitude de certains professeurs qui contrevenaient à la politique linguistique de l’établissement en laissant à leurs étudiants le choix de rédiger leurs travaux en français ou en anglais.

«Ce n’est pas ma connaissance de ce qui se passe à l’Université de Montréal», a réagi Mme Cormier en entrevue téléphonique.

«Donc qu’il y ait quelques cas ponctuels, ça peut certainement arriver, mais ce n’est pas ce que je vis au quotidien avec les professeurs. Ça peut arriver, mais je ne pense pas que ce soit représentatif de l’université, pas du tout», a-t-elle poursuivi.

Monique Cormier a refusé de commenter les situations spécifiques évoquées par le jeune homme, mais elle a reconnu qu’une telle attitude contrevenait à l’esprit de la politique linguistique de l’UdeM.

Langue prédominante

Celle-ci présente le français comme la langue prédominante au sein de l’institution, mais prévoit qu’en vue de faciliter la transition vers l’utilisation du français par les étudiants dont la langue d’usage n’est pas le français, «des conditions particulières peuvent s’appliquer» en ce qui a trait à la rédaction des examens, travaux, mémoires et thèses.

Vincent Blais-Fortin estime que cette politique est satisfaisante dans la mesure où la caractère transitoire de ces accommodements est respecté.

«En première année [de baccalauréat], c’est normal qu’il y ait une transition qui s’applique, a-t-il fait valoir à l’autre bout du fil. Lorsqu’en troisième année, les étudiants peuvent continuer à écrire en anglais, là, je pense qu’on quitte l’idée de la transition.»

Sans vouloir parler de «dérive» vers l’anglais, il reproche aux professeurs de l’UdeM d’accorder trop facilement «le libre choix linguistique» à leurs étudiants pour la rédaction des travaux ou pour répondre aux questions d’examen ou encore d’accommoder des étudiants sans vérifier au préalable si un tel traitement est justifié.

Le bureau de valorisation du français, qui prendra forme au cours des prochains mois, ne sera pas un bureau de traitement des plaintes, a d’ores et déjà précisé celle qui le chapeaute.

Il s’agira davantage d’un «creuset unificateur» où toutes les actions et les expertises en matière de la langue française convergeront, a exposé Mme Cormier.

De son côté, Vincent Blais-Fortin espère deux choses: que l’annonce de la création de ce bureau ne constitue pas «un coup de marketing et de communication» et que les étudiants et les salariés de l’université seront invités à participer à l’avancement des travaux.

«Il faut non pas imposer, mais inciter et aider les professeurs à valoriser le français», a-t-il suggéré.

Par Mélanie Marquis
5 commentaires
  • Nicolas Bouchard - Abonné 26 février 2014 19 h 29

    Cette logique d'inciter et de ne pas imposer est bancale. Après tout, incite-t-on les compagnies à indiquer les gras Trans présents dans leurs produits ou sont-elles obligées de le faire?

    La meilleure façon de changer des attitudes et des habitudes avec une loi contraignante, dans le sens de devant être respectée. L’incitation et l’aide c'est bien beau, mais il y a une limite à ce qui peut être accompli, généralement au niveau du temps.

    « Vous avez tant X de temps Y pour modifier la situation de votre propre gré ou alors vous nous forcerons à le faire ». Des marchands anglais sont présents à Montréal depuis les années 1760, je crois que le délai pour qu'ils changent leur attitude envers le français comme langue commune est dépassé depuis longtemps.

    Nicolas B.

    • France Marcotte - Abonnée 26 février 2014 20 h 02

      Qu'est-ce qui est le plus efficace selon vous, imposer ou inciter?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 27 février 2014 01 h 21

      Si je dépose mes travaux rédigés en français dans une université aux États-Unis, je pense que mon «incitatif» sera un beau gros «zéro».

      Les «incitatifs» et les délais pour les électroménagers en français, ça a donné une régression, une diminution, de la présence du français.

      Ça a marché quand ce fut coercitif. Comme d'habitude ça chialé au début, certains ont même ressorti les campagnes de peur et les accusations de «racisme» des francophones, puis ils ont accepté.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 26 février 2014 21 h 43

    Imposer et au plus vite!

    Raison de plus de revenir à la charge avec le renforcement linguistique du projet de loi-14! C'est intolérable, et inconcevable! Guy Breton le bon libéral applaventrit devant le contexte politiquement correct et rentable du english, n'y ait pas pour rien, vous pouvez en êtes sur!

  • Diane Veilleux - Inscrite 26 février 2014 22 h 58

    De toute évidence le fait que l'Université de Montréal soit une Université française ne semble pas suffire.