Enfants vulnérables: la CSDM s’en tire bien

Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle, 2012.
Photo: Institut de la statistique du Québec Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle, 2012.

Elle est la plus grande commission scolaire du Québec et possède le plus grand nombre d’écoles en milieux défavorisés. Pourtant, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) est celle, sur les cinq de l’île de Montréal, qui compte la plus faible proportion (28 %) d’enfants vulnérables en maternelle. À l’opposé, la 2e en importance, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), possède le taux le plus élevé (34 %), révèlent les données pour Montréal de l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle obtenues par Le Devoir.

 

Pour la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, ce sont de bonnes nouvelles. « Mais ce sont des bonnes nouvelles qu’il faut prendre avec un grain de sel », a-t-elle souligné, précisant que c’est une enquête faite à partir de « perceptions ». L’enquête réalisée par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal s’est basée sur des questionnaires remplis par des enseignants et touchant 14 300 enfants de maternelle, soit un échantillon représentant 78 % d’entre eux.

 

Aux prises avec un déficit récurrent ces dernières années — elle a atteint un sommet historique de 47 millions l’an dernier —, la CSDM clame souvent que les moyens qu’on lui octroie ne suivent pas sa réalité, elle qui doit composer avec un grand nombre de nouveaux arrivants et de familles pauvres. Se plaint-elle à tort ? Non, dit Mme Harel-Bourdon. Les écoles les plus défavorisées se trouvent sur son territoire — 18 des 25 écoles les plus défavorisées de l’île de Montréal appartiennent à la CSDM, selon le classement le plus récent du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal.

 

« On a plus de défavorisation qu’à Marguerite-Bourgeoys. Je n’ai pas l’impression qu’on se plaint le ventre plein, j’ai plus l’impression qu’on a pris à bras-le-corps le problème de maturité scolaire et qu’on a agi de façon précoce », a-t-elle soutenu. « [Notre succès], c’est tout le travail qu’on fait depuis vingt ans auprès des tout-petits du préscolaire. On a une soixantaine d’écoles qui ont des maternelles quatre ans à demi-temps, ce n’est pas loin de la moitié de nos écoles. »

 

Appauvrissement et immigration

 

De son côté, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys n’est pas surprise de compter un si grand nombre d’enfants vulnérables. C’était aussi le cas lors de la précédente enquête de la DSP de Montréal en 2006, où elle obtenait le pire score. Le territoire compte beaucoup de quartiers défavorisés où sont situées plusieurs de ses écoles, notamment Sud-Ouest–Verdun. Cet arrondissement, avec celui de Dorval-Lachine-LaSalle, possède la plus grande proportion d’enfants de maternelles vulnérables, et ce, dans les cinq domaines de développement de l’étude.

 

En plus de l’appauvrissement de certains quartiers, la forte immigration sur le territoire de la CSMB apporte son lot de défis, constate la présidente, Diane Lamarche-Venne. À la CSMB, 62 % des enfants sont issus de l’immigration. « On a de plus en plus de nouveaux arrivants. Ce sont des familles qui font beaucoup d’enfants et elles s’installent souvent dans les mêmes quartiers », explique-t-elle. Dès que leur situation est meilleure, les familles vont s’installer ailleurs, d’où l’éternel recommencement.

 

« Cette enquête signifie qu’il faut continuer à être créatif et à s’appuyer sur la recherche comme on le fait et sur nos enseignants, qui ont toutes sortes de pratiques pour parvenir à faire réussir des groupes aussi hétérogènes », ajoute-t-elle. « On a fait et on continue de faire beaucoup d’efforts. On a mis en place des camps pédagogiques l’été pour faire du dépistage et les aider à socialiser. On donne des cours de français pour les parents et, à travers eux, on amène les plus petits dans l’école pour démystifier l’institution. »

 

Et selon elle, les très bons taux de réussite des élèves à la sortie ne reflètent pas cette grande vulnérabilité des enfants à l’entrée en maternelle. « Nos taux de réussite nous disent qu’on fait quelque chose de correct entre les deux », note-t-elle.

1 commentaire
  • Gilles Roy - Inscrit 25 février 2014 14 h 20

    En arrache...

    Je suis de la vieille école, faut croire. Aussi ai-je passablement de difficultés à m'expliquer comment un taux aussi élevé de vulnérabilité apparaisse à L.B. Pearson, là où les phénomènes de «masse» et de «concentration» des problèmes ont rarement été repérés. Possible, certes. Mais fichtrement contre-intuitif, néanmoins.