Une autre étape franchie vers un cours d’histoire

Pour la Fédération des cégeps, rien n’assure encore que ce seront des enseignants d’histoire qui donneront le cours tant attendu.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Pour la Fédération des cégeps, rien n’assure encore que ce seront des enseignants d’histoire qui donneront le cours tant attendu.

C’est officiel, un nouveau cours d’histoire du Québec au collégial prendra la place d’un cours complémentaire dès la prochaine année, mais les enseignants continuent de contester la façon dont il sera implanté. Certains d’entre eux estiment que le gouvernement va inutilement trop vite, d’autres demandent à ce que la perte d’un cours complémentaire fasse l’objet d’une compensation salariale.

 

Ils réagissent ainsi au projet de règlement modifiant le Régime d’études collégiales publié mercredi dans la Gazette officielle, qui ajoute un 5e élément à la formation générale obligatoire, soit deux unités en « histoire du Québec », tout en enlevant un cours complémentaire. « Ça nous inquiète. Ça va prendre des mesures de soutien pour les enseignants précaires », a indiqué Mario Beauchemin, le président de la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ).

 

Son syndicat souhaite l’ouverture d’une table de négociation avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour discuter de mesures qui sont déjà dans la convention collective, notamment la clause qui assure aux enseignants qui voient leur tâche diminuer le versement d’une partie de leur salaire pendant trois ans. « On voudrait élargir la clause de protection salariale aux enseignants touchés par la disparition d’un cours complémentaire. »

 

Une décision politique ?

 

La Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN) s’inquiète aussi de la précarité d’emploi, mais critique davantage la rapidité avec laquelle Québec implante le cours, soit dès l’année prochaine (2014-2015). La présidente, Caroline Senneville, croit que l’implantation du cours au cégep doit attendre celle des cours au secondaire, actuellement en processus de révision, pour éviter les dédoublements et le travail inutile. « C’est mettre la charrue devant les boeufs, a-t-elle soutenu. Ce n’est pas procéder à l’endroit. Ça force tout le monde à travailler à double vitesse pour éventuellement changer quelque chose dans un avenir pas si éloigné, car c’est sûr que ça va bouger quand les cours au secondaire vont sortir. »

 

Elle déplore les décisions par « à-coups politiques » qui ne permettent pas d’être cohérent et d’avoir une bonne vision d’ensemble. « Je ne pense pas qu’il y a un péril pédagogique à attendre et consulter. Le gouvernement pourrait continuer à maintenir le cap politiquement, mais on sait qu’il a un calendrier… »


Qui donnera le cours ?

 

Les enseignants d’histoire sont de plus en plus persuadés d’être les titulaires du cours, mais les changements effectués par le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, laissent encore planer le doute. « Le projet de règlement dit bien qu’on ajoute un nouvel élément appelé “ histoire du Québec ”, alors ça m’étonnerait qu’il y ait encore un flou sur qui va donner le cours », a dit, confiant, le président de l’Association des professeurs d’histoire des collèges du Québec, Vincent Duhaime. Il se dit heureux mais néanmoins surpris de constater que le gouvernement va de l’avant avec les procédures légales alors que la consultation des cégeps ne se termine que le 21 février prochain. « Certains pourraient penser qu’ils vont avoir travaillé pour rien ».

 

Pour la Fédération des cégeps, rien n’assure encore que ce seront des enseignants d’histoire qui donneront le cours tant attendu. « Mais si ce sont des profs d’histoire qui l’enseignent, c’est de 250 équivalents à temps complet dont nous aurons besoin. […] Il faut les recruter. Tous les diplômés d’histoire ne travaillent peut-être pas dans leur domaine et voudront le cours, mais ils ne sont peut-être pas disponibles demain matin », a dit le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. Il répète que le fait d’ouvrir l’enseignement de ce cours à des profs d’autres disciplines simplifierait de beaucoup le casse-tête administratif.

 

Quant à la Fédération étudiante collégiale (FECQ), elle déplore, à l’instar des deux syndicats d’enseignants, la quasi-disparition des cours complémentaires, qui au cours des dernières décennies seront finalement passés de quatre à un. « On pense, jusqu’à preuve du contraire, qu’elle a une utilité et qu’elle aide les étudiants à savoir ce qu’ils veulent faire, a noté Éliane Laberge, la présidente de la FECQ. Le Conseil supérieur de l’éducation l’avait démontré, le cégep c’est une période où on complète notre maturité vocationnelle, où on décide [dans quel domaine nous allons] étudier. L’idée de la formation complémentaire, c’était de les aider là-dedans. »

 

Au cabinet du ministre Duchesne, on dit attendre que la consultation des cégeps soit finie avant de préciser toutes les modalités du cours.

15 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 13 février 2014 08 h 13

    Les enseignants de Cégep

    Le MELS n'a jamais tenu compte de l'avis des enseignants de Cégep, qu'il tient pour des quantités négligeables.
    Pourquoi cela serait-différent aujourd'hui?
    François Dugal, retraité de l'enseignement collégial.

    • Paul Gagnon - Inscrit 13 février 2014 15 h 46

      Le MELS, anciennement Ministère de l’éducation point, n’a jamais tenu compte de l’opinion ni des professeurs, ni des enseignants, ni des ministres (sauf pour les mettre dans sa poche), ni de personne d’autres en définitive. Le MELS ne tient compte que du MELS et des innombrables pédagogues (ces adeptes d’une fausse "science") qui encombrent les couloirs du ministère et des universités :-(

      Les seuls vrais pédagogues sont ceux qui, sur le terrain, travaillent d’arrache pieds pour transmettre des CONNAISSANCES aux nouvelles générations, malgré le MELS et les pédagogues, justement. Je pense souvent qu’on devrait fermer le MELS pendant quelques années, sauf pour les services techniques. Si les conventions collectives sont trop contraignantes, et bien qu’on les paie à développer des origamis ou n’importe quoi, au moins pendant ce temps ils seront plus une nuisance, à préparer un énième réforme transversale et diagonale :-)

  • Gilbert Talbot - Abonné 13 février 2014 08 h 28

    Histoire: prise 2

    Ce n'est pas la première fois que le PQ tente d'implanter un cours d'histoire au cégep. La première fois - c'était dans les années 80 je crois bien - il avait voulu remplacer deux cours de philo - il y en avait quatre à ce moment-là -par un cours d'histoire et un cours d'économie. L'idée de renforcer les connaissances en histoire en soi n'est pas mauvaise, là où le bàt blesse c'est quand on veut supplanter d'autres cours pour y insérer des cours d'histoire. Lors de la révision des programmes de la formation générale - toujours dans les années 80 - philo et français ont intégré des éléments d'histoire dans leur programme respectif. On pourrait insérer ainsi la même approche historique dans tous les autres programmes scientifiques ou techniques du niveau collégial, mais évidemment le but recherché ne serait plus celui du PQ qui n'a d'intérêt pour l'histoire que pour brancher sa vision étroite de l'histoire du Québec d'un point de vue uniquement politique. C'est surtout ça qu'il faudrait éviter: donner une vision propagandiste de l'histoire du Québec, au lieu d'une vision historique de l'ensemble du développement des connaissances.

    • François Dugal - Inscrit 13 février 2014 09 h 36

      La vraie question est: pourquoi les élèves québécois n'ont pas de notions d'histoire rendus au collégial?

    • - Inscrit 13 février 2014 11 h 31

      Votre intervention, monsieur, démontre bien que vous vous faites une idée étriquée de ce qu’est la discipline historique. L’histoire ne se limite pas qu’à sa dimension politique.

      L’histoire économique, sociale et culturelle est aussi riche d’enseignement sur la situation actuelle du Québec que les événements de son histoire politique. Aussi, les contenus de cours au collégial ne sont pas établis par le gouvernement, mais par les départements dans les cégeps à partir de plans-cadres établis par chaque cégep.

      C’est une lubie largement propagée par les médias que l’histoire est une matière propagandiste. On entend rarement ces mêmes médias critiquer l’enseignement du capitalisme dans les cours d’économie ou le rationalisme dans les cours de philo, ou l’individualisme dans ceux de psycho !

  • Réjean Guay - Inscrit 13 février 2014 09 h 56

    Histoire

    @Gilbert Talbot
    Vous parlez d'une possible "vision propagandiste " . Franchement , soyez sérieux ! Par ailleurs ,je trouve curieux et parfois même carrément corporatistes certains propos émis dans les médias au sujet du cours d'histoire au collégial . Ainsi , cetains voudraient que des non -historiens l'enseignent ? Ben oui , c'est connu que tout le monde peut enseigner cette matière ... les exemples de profs non spécifiquement spécialisés en histoire pleuvent au niveau secondaire . Franchement , songerait-on à confier l'enseignement des sciences à des non -spécialistes ? Pis on revient encore avec une supposée menace de propagande qui pourrait viser nos " petits collégiens ".
    Je pense qu'un cours sur le Québec contemporain ( période à définir ) saura sortir son épingle du jeu grâce à des enseignants compétents et à une méthodologie historique novatrice . Et , svp , débarrassez-nous des théories didactiques fumeuses et des historiens multiculturalistes en mal de publicité.

    • - Inscrit 13 février 2014 11 h 12

      Je pense M. Guay que beaucoup de gens ont peur de cette discipline, surtout si son enseignement est donné par les spécialistes en la matière. Pour certains il faudrait la taire, pour d’autres on préférerait qu'on l'enseigne mal.
      Je suis de ceux qui pense que les jeunes Québécois doivent savoir leur histoire grâce à des enseignants compétents formés à cette discipline.

  • Christian Fleitz - Inscrit 13 février 2014 10 h 17

    Raison garder

    Quand on voit l'errance actuelle d'une partie de la jeunesse, on peut imaginer que celle-ci manque de références et que la connaissance de leur histoire pourrait contribuer à améliorer cette situation. Une société sans histoire est un poulet sans tête.
    Quant aux enseignants, sans vouloir négliger leurs avis, ces derniers semblent trop souvent être inspirés par une défense de préoccupations particulières bien éloignées d'une profession éminemment respectable quand elle ne prend en compte que l'intérêt de leurs étudiants.
    Enfin, faut-il rappeler que les programmes relèvent du politique, que celui-ci prennent des avis éclairés, c'est indispensable, mais c'est à lui de trancher et aux agents du service public d'obéir. Bien évidemment, l'Histoire n'est pas propagande, mais science, donc ouverture et vérité.

    • Ginette Cartier - Abonnée 13 février 2014 10 h 35

      La fin des consultations des avis "éclairés" doit prendre fin le 21 février dans le réseau. Pourtant le ministre décide maintenant de procéder. À quoi servent donc ces avis éclairés? Pourquoi avoir mobilisé tant d'intervenants à fournir ces avis et finalement ne pas en tenir compte?

    • Christian Fleitz - Inscrit 13 février 2014 13 h 02

      Ginette Cartier - effectivement, c'est prendre les gens pour ... disons''ceux qui ne sont pas''. Par contre, je voulais souligner l'intérêt de l'enseignement de l'Histoire.

  • Ginette Cartier - Abonnée 13 février 2014 10 h 29

    Un vieil atavisme québécois

    Imposer ce règlement en faisant fi de l'avis général du réseau, de la FNEEQ, de la FED et de la FECQ n'est pas servir "l'histoire du Québec", sinon que pour illustrer ce fâcheux atavisme dans notre histoire, celui d'une attitude arrogante de l'oligarchie de mandarins (autrefois britannique, puis "canadian", puis cléricale catholique, enfin technocratique) de décider de ce qui est bon pour le petit peuple dont on attend qu'il se ferme la gueule, se soumette et obéisse.
    Bref, plus ça change, plus c'est pareil.

    • - Inscrit 13 février 2014 13 h 36

      J'aurais préféré mkoi aussi que le Ministre attende les avis venant du milieu.

      Mais je crois qu'il devenait important de donner aux administrateurs les paramètres dans lesquels ils devraient composer. Comme il n'était pas envisageable dans le contexte présent d'augmenter le nombre de crédit pour l'obtention d'un DEC, il fallait dire où il fallait retrancher l'espace pour y insérer le cours dans le bloc de la formation commune.

      Il ne faut pas prendre du leadership pour un atavisme. Je pense que l'atavisme se situe plutôt du côté des atermoiements et de l'indécision avec lesquels nous sommes tellement habitués.