Fréquenter les créateurs rend créatif

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’École d’été en management de la création permet aux participants de se constituer un réseau ou de le renouveler, de créer une communauté de talents.
Photo: Alice Niyizurugero L’École d’été en management de la création permet aux participants de se constituer un réseau ou de le renouveler, de créer une communauté de talents.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles d'été 2014

Parce qu’être créatif n’est plus réservé aux artistes et autres scientifiques dans l’intimité d’un atelier ou d’un laboratoire. Parce que l’économie créative est devenue un véritable facteur de développement pour les villes et les entreprises. Parce que Montréal et Barcelone sont reconnues comme des métropoles créatives. Trois raisons parmi bien d’autres de participer à l’École d’été en management de la création, organisée par HEC et l’Université de Barcelone.

Une semaine à Montréal d’abord, à la rencontre de tous ceux qui font que Montréal, dans tous les classements publiés au fil des ans par les médias internationaux, se hisse dans le top 15 des villes créatives. Puis, rebelote à Barcelone, en Espagne, elle aussi toujours bien placée dans ces mêmes tableaux.

 

Deux semaines, donc, à échanger sur ses pratiques et à visiter les entreprises qui font la renommée du Québec et de la Catalogne dans le monde entier. Bell, Bombardier, le Cirque du Soleil, Ubisoft, Espace pour la vie…, pour n’en citer que quelques-unes.

 

« En fait, tout a commencé en avril 2008, explique Lucy Stojak, directrice de l’École d’été en management de la création. Nous avions organisé un atelier de deux jours à HEC, qui s’intitulait “Montréal, Barcelone, comparaison de deux villes créatives”. Un groupe d’une vingtaine de personnes avait fait le déplacement depuis Barcelone, des universitaires, des industriels qui représentaient différentes grappes, l’aéronautique par exemple, des gens dans le domaine du design, etc. À l’époque, on commençait tout juste à parler de cette notion d’économie créative, de l’importance de l’hybridation en matière de création, de mélanger art, science et technologie et de faire en sorte que des secteurs différents apprennent les uns des autres. Ç’avait été un beau succès et il y avait une telle richesse que l’idée nous est venue d’approfondir cette logique via une école d’été. »

 

Génération d’idées

 

L’objectif : repenser les capacités créatives des individus, des services, des entreprises, des territoires, des organisations, en matière d’innovation, en misant sur l’intelligence collective.

 

« On peut apprendre à développer ses capacités créatives, assure Lucy Stojak. Auparavant, les gens pensaient que la création était l’apanage des scientifiques, qui passaient ça aux ingénieurs pour en faire des brevets, et qu’ensuite seulement ça passait à l’innovation et à la commercialisation. Aujourd’hui, la génération d’idées peut et doit venir de sources multiples. Le processus créatif intègre des questions de design, de nouveaux modèles d’affaires peuvent également être insérés, tout comme des principes de responsabilité sociale, d’identité créative, etc. Tout ça doit être digéré avant d’en arriver à l’innovation. Ce qui est nouveau, c’est cette pratique beaucoup plus courante d’inclure, dès le processus créatif, une multidisciplinarité. »

 

Multidisciplinarité

 

Une multidisciplinarité qui se retrouve lors de l’école d’été. Les cohortes, en général autour de 70 personnes, viennent d’une dizaine de pays et sont composées d’étudiants, d’universitaires, de professionnels, de décideurs et de responsables de la création et de l’innovation venus d’entreprises situées à la fois dans des secteurs traditionnels ou plus innovants. Et tout ce petit monde apprend les uns des autres.

 

« Par exemple, raconte Lucy Stojak, les industries créatives reconnaissent souvent le droit à l’erreur. C’est même placardé chez Pixar notamment, qui estime que la créativité, c’est justement rebondir de ses erreurs. Dans les entreprises plus traditionnelles, l’erreur est assez mal vue… Remettre en doute les solutions aussi, c’est quelque chose qui est important, savoir gérer des talents et non plus seulement voir ses employés comme une dépense. C’est avec ce genre de rencontres et d’échanges que maintenant, même dans les industries traditionnelles, les salariés commencent à être vus comme des atouts. Il y a beaucoup de mixage à faire entre ces gens qui ont des parcours très différents. »

 

Les entreprises traditionnelles, elles, apportent une certaine organisation, qui, si elle peut parfois briser les velléités de création et d’innovation, permet aussi de ne rien perdre de toutes les idées générées dans les services de recherche et développement, même celles qui ne sont pas retenues. Oui, la paperasse est souvent pesante, mais tout est bien classé, répertorié, et ça peut avoir du bon, même pour les entreprises plus modernes.


Visites ciblées

 

L’école d’été permet ainsi de rencontrer les responsables de la création dans des entreprises à la fine pointe, chacun dans son domaine.

 

« Montréal est bien implantée dans les industries associées au secteur créatif, affirme Lucy Stojak. Le jeu vidéo, la publicité, le jouet aussi… On retrouve ici des entreprises qui sont des références mondiales dans ces domaines. Or ce sont toutes ces entreprises que la cohorte va aller visiter durant l’école d’été. Visiter, mais surtout y passer des moments privilégiés. Quand on est reçu au Cirque du Soleil ou chez Ubisoft ou chez Bell, pour n’en citer que quelques-unes, c’est par des gens d’un très haut niveau et des gens qui vont mettre des problématiques face à leur auditoire, elle-même composée de personnes avec des compétences et des talents assez impressionnants. Très souvent, les endroits qu’on visite envoient également des participants à notre école d’été. Il y a donc un aspect intervenants-participants, qui signifie aussi que les discussions entre le groupe peuvent s’approfondir de façon informelle, durant les repas et les cocktails notamment. »

 

Une bonne manière, donc, de se constituer un réseau ou de le renouveler. Notamment pour les étudiants. « Car, l’idée derrière tout ça, c’est aussi de créer une communauté de talents, au service de l’innovation », conclut Lucy Stojak.

 

Collaboratrice

À voir en vidéo