Des enjeux lointains, mais préoccupants

À l’École secondaire de Donnacona, des élèves de 5e secondaire se questionnent sur la pertinence de la charte des valeurs. Certains croient être plus ouverts aux questions de religion que leurs parents.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir À l’École secondaire de Donnacona, des élèves de 5e secondaire se questionnent sur la pertinence de la charte des valeurs. Certains croient être plus ouverts aux questions de religion que leurs parents.

Ils vivent en région dans un milieu blanc, francophone et particulièrement homogène. Mais leur point de vue n’est pas si différent de celui des adolescents montréalais qui vivent la diversité tous les jours. Incursion dans une classe de 5e secondaire de la région de Portneuf.

L’École secondaire de Donnacona est à environ 50 km au nord de la capitale. Ancienne circonscription d’André Arthur, le territoire est aujourd’hui représenté par une néodémocrate à Ottawa et un caquiste à Québec. Mais dans la classe de 5e secondaire de Luc, les étudiants s’en foutent un peu. Après tout, ils n’ont pas encore le droit de vote.

 

Le professeur de français nous avertit que ses élèves n’ont pas grand-chose à dire sur la charte des valeurs. Et pourtant…

 

La classe au fond du couloir est composée d’une majorité de jeunes filles. Aucun immigrant ou enfant d’immigrants. Une première élève se lance.

 

« C’est dur d’être complètement pour ou complètement contre. Est-ce qu’elle est sortie, la charte ? » Ils ont entendu beaucoup d’opinions sur le sujet, mais l’ensemble est confus. Surtout, on ne leur a jamais demandé ce qu’ils en pensaient et ils ne se sentent pas du tout concernés par le débat.

 

En plus, ils se sentent loin. « Comparé aux écoles de Montréal, c’est sûr qu’on a un avis différent, on est dans un milieu rural, résume une jeune fille. Il y a moins de religions, de personnes qui portent le voile pis de choses comme ça. Ça fait qu’on dirait que ça nous dérange moins. »

 

Or pour peu qu’on les interroge, les idées fusent. Et si ça leur arrivait de côtoyer des femmes qui portent le voile par exemple ? « Ça ne me dérangerait pas », lance une élève sans hésiter. Et une autre d’ajouter : « Admettons qu’une fille arrive à l’école avec un voile mais qu’on voit son visage. Au début, on la regarderait, mais à un moment donné, on s’habituerait. Mais si on ne voyait pas son visage, ça me perturberait. »

 

Au fond, une élève demande si ça s’applique aussi aux « gens dans le privé », au caissier chez Walmart. Soudain, une autre s’inquiète de l’impact de la charte. « Ça ne mettrait pas un frein à l’immigration ? Ça m’inquiéterait parce qu’on a besoin d’eux. […] C’est pas qu’on est de plus en plus lâches, mais y a des jobs qui trouvent pas preneurs. »

 

Tous disent penser autrement que leurs parents. « On est peut-être plus ouverts à d’autres religions. Ça nous dérange peut-être moins qu’eux parce qu’ils sont plus catholiques. » Une autre fille ajoute que ses parents ont, au contraire, « une dent » contre la religion.

 

Une élève se rappelle une conversation avec sa grand-mère sur le crucifix. « Pour elle, c’était la grosse affaire, mais moi, si j’étais allée à l’Assemblée nationale, j’aurais même pas remarqué s’il y avait une croix. »

 

La plupart manifestent une grande souplesse par rapport aux symboles religieux. Pour eux, la laïcité va de soi et les accommodements raisonnables sont une sorte de fiction. Mais pourquoi pas ? dit l’une. « C’est déjà mieux que d’enlever les voiles au complet. » Un garçon fait rire tout le monde en disant que « c’est comme si pour nous la charte était commencée, mais pas pour les autres ».

 

Quand même, ajoutera-t-il plus tard, « le pire, c’est qu’on est chez nous. C’est correct que les autres viennent, mais c’est comme si on avait peur de montrer qui on était ».

 

Le gars du premier rang se demande ce que ça leur ferait « à eux », d’enlever leur signe religieux. Puis soudain, une fille qui n’avait rien dit prend position. « La base de la charte, c’est juste pour le travail. S’ils sont chez eux, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. C’est correct dans le fond parce que si tu donnes un service t’es censé être neutre. » Deux autres silencieuses du fond lèvent la main en signe d’appui.

 

Certains disent qu’ils aimeraient mieux entendre parler d’autre chose, comme d’environnement ou du fait qu’on serait « dans le rouge ». Est-ce à dire que ce n’est pas le bon moment de parler de la charte alors ? « Ben non », lance une des plus loquaces. « Sinon, ce serait quand ? » Puis tout le monde éclate de rire.