La formation des maîtres vise à répondre aux besoins des milieux

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Après plusieurs années passées à mettre l’accent uniquement sur le jeu libre comme moteur du développement durant la petite enfance, les dernières recherches fournissent des informations pouvant guider la communauté éducative.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Après plusieurs années passées à mettre l’accent uniquement sur le jeu libre comme moteur du développement durant la petite enfance, les dernières recherches fournissent des informations pouvant guider la communauté éducative.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM œuvre pour que chaque élève au Québec bénéficie de la meilleure éducation possible, dans un souci d’accessibilité et d’équité. Pour ce faire, des chercheurs partent des besoins exprimés par le milieu et travaillent avec ce dernier dans le cadre de projets de recherche qui viennent ensuite bonifier la formation.

« Depuis sa fondation, l’UQAM est très préoccupée par l’engagement social, rappelle Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation. D’où une grande collaboration avec les milieux de pratique et une grande sensibilité aux besoins des enfants, notamment ceux qui ont des difficultés particulières dues à un handicap ou des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage. »

Exemple à l’appui, avec la mise en place, depuis la rentrée, de la maternelle dès  quatre ans à temps plein en milieu défavorisé. « Dans le cadre de travaux de recherche menés en prévention, explique la doyenne, des chercheurs ont rencontré la directrice de l’école Saint-Zotique, dans le quartier Saint-Henri, une école d’indice de défavorisation 10, donc le plus élevé. Cette directrice, en l’occurrence Yolande Brunelle, est l’une de nos diplômées. Dans son établissement, elle observait que les enfants qui arrivaient à l’école n’avaient pas fréquenté les centres de la petite enfance (CPE) créés en 1997, parce que, d’une part, les mères ne travaillant pas, elles ne sentaient pas qu’il était légitime de les y envoyer et que, d’autre part, les familles n’avaient pas les moyens de payer le montant demandé. Or ces enfants arrivaient souvent mal préparés pour le milieu scolaire. »

« En 2009, Yolande Brunelle et son équipe ont décidé d’offrir la maternelle à temps plein et non plus à mi-temps, comme c’était le cas depuis la création de ces maternelles, en 1973-1974. Des chercheurs de l’UQAM ont travaillé sur ce dossier avec elle et son équipe d’école, dans le cadre d’un projet-pilote. Par ailleurs, au printemps 2013, la ministre Malavoy et l’ensemble du gouvernement ont fait adopter le projet de loi 23, modifiant la Loi sur l’instruction publique, pour que des maternelles à temps plein soient offertes dans toutes les écoles les plus défavorisées du Québec, celles d’indices 9 ou 10. »

« Les chercheurs ont ajusté leurs travaux de recherche pour répondre à une demande du milieu. Ce qui est intéressant maintenant, c’est que cette collaboration vient nourrir et enrichir la formation que nous offrons aux futurs enseignants en maternelle. Yolande Brunelle est d’ailleurs devenue superviseure de stage au préscolaire. »

Formation des maîtres

Le baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire et celui en enseignement en adaptation scolaire et sociale proposés par l’UQAM sont composés de cours offerts par des professeurs rattachés aux quatre départements de la Faculté. Le Québec ayant fait le choix de l’intégration scolaire, sauf dans des cas exceptionnels, les enfants qui ont des besoins particuliers sont maintenus au maximum dans des classes ordinaires, et les enseignants destinés à travailler dans les classes de maternelle reçoivent donc tous une formation générale, incluant des cours relatifs aux élèves ayant des besoins particuliers.

« Nous avons également des programmes de formation continue, qui est essentielle, car les connaissances en matière d’éducation, dont en petite enfance, sont en constante évolution, rappelle Monique Brodeur. En tant que professionnels, il est primordial que les enseignants se tiennent à jour. Nous offrons de plus une maîtrise en orthopédagogie qui forme des professionnels intervenant de façon complémentaire avec les enseignants, et ce, dès la maternelle. »

Après plusieurs années passées à mettre l’accent uniquement sur le jeu libre comme moteur du développement durant la petite enfance, les dernières recherches fournissent des informations pouvant guider la communauté éducative afin qu’elle réponde mieux aux besoins des enfants. Elles confirment l’importance de la qualité des interactions entre l’enseignant et l’élève dans leur réussite scolaire et leur adaptation sociale. De plus, des méta-analyses démontrent que l’enseignement direct, soit des activités intentionnelles, soigneusement planifiées et amorcées par l’enseignant et relatives à des habiletés spécifiques, est associé à de plus grands gains en matière de langage oral, de littératie, de numératie, d’attention et d’habiletés socio-émotionnelles, lorsqu’il y a un équilibre entre des activités amorcées par les enseignants et par les enfants, y compris les jeux de rôle.

« Si, dans le domaine de l’immobilier, on dit que trois aspects sont importants : l’emplacement, l’emplacement et l’emplacement, en éducation, notamment en ce qui concerne les enfants en difficulté ou qui ont des besoins particuliers, il y en a également trois : la prévention, la prévention et la prévention, particulièrement celle des difficultés d’apprentissage et de comportement, souligne Mme Brodeur. La prévention est essentielle dans les efforts déployés au Québec pour la réussite scolaire. Grâce aux travaux de recherche qui ont été menés ici et à l’échelle internationale, on est en mesure d’être beaucoup plus efficace dans nos stratégies de prévention. En cela, la maternelle dès quatre ans à temps plein en milieu défavorisé est primordiale. Elle permet d’offrir aux enfants de ces milieux des activités propices à leur développement et à leur réussite scolaire. Les progrès observés chez les élèves de l’école Saint-Zotique suggèrent que les interventions mises en œuvre dans cette école peuvent être aidantes pour les autres écoles. »

Actions ciblées

Or, si la défavorisation est particulièrement présente dans l’île de Montréal, elle l’est également en banlieue et en région. « On voit que, dans certains quartiers de Montréal, le taux de diplomation est moindre qu’ailleurs. Le taux de décrochage scolaire avant 20 ans peut monter en certains endroits au-delà de 40 %, ce qui est vraiment très élevé », observe la doyenne.

Les futurs enseignants doivent être conscients de cette réalité, ainsi que motivés et préparés pour travailler avec les enfants de ces quartiers. Les cours et les stages, de même que les travaux de recherche des professeurs auxquels des étudiants des trois cycles universitaires sont invités à participer comme assistants de recherche, enrichissent la formation offerte.

« La Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM veut exercer son rôle d’une façon socialement responsable, conclut Monique Brodeur. C’est pourquoi elle travaille en étroite collaboration avec de nombreux partenaires. Nos actions se complètent, se conjuguent, et c’est tant mieux, parce que l’éducation est déterminante pour l’avenir des personnes et de notre société. »


Collaboratrice