Meneuse de revues

L’Université de Montréal devient une des premières au monde à résilier massivement ses abonnements à des revues savantes en ligne pour protester contre le coût jugé exorbitant de ce service.

 

L’établissement vient d’annoncer qu’il modifie son contrat avec la collection Wiley Online Library, un des plus grands fournisseurs dans l’univers universitaire.

 

Au total, l’UdeM annule l’abonnement à 1142 des 1510périodiques de la banque de données. La mesure prendra effet à la fin du mois courant.

 

« C’est une première pour nous : nous n’avons jamais pris ce genre de décision,explique au Devoir Mathieu Filion, porte-parole de l’université. Ce n’est pas une situation idéale et ce n’est pas une situation ordinaire : la matière première des périodiques universitaires est fournie gratuitement par les universités à des compagnies qui la leur revendent à grand prix. »

 

Cette mesure draconienne et exceptionnelle se veut la réponse à l’augmentation constante du prix de l’accès aux périodiques, qui oscillerait de 3 à 6 % par année. Le réseau universitaire québécois doit en plus composer avec des compressions de subventions.

 

Le communiqué publié mercredi par le directeur général du service des bibliothèques de l’UdeM, Richard Dumont, explique toutefois que « le constat de même que la solution auraient été les mêmes d’ici quelques années de toute façon ».

 

L’Université de Montréal a aussi découvert que pour le prix que lui coûte l’abonnement restant à 368 périodiques, soit environ 243 000 $, l’Université McGill peut s’abonner à tout le catalogue de Wiley. En 2012, l’accès de l’UdeM à toute la banque savante était payé environ un demi-million de dollars.


Face à l’oligopole

 

Les abonnements maintenus représentent 71,4 % des consultations. Une étude a été commandée à un professeur de bibliothéconomie pour mieux évaluer les sources à conserver d’ici 2015.

 

« La communauté de recherche doit se mobiliser pour espérer obtenir de meilleures conditions financières, car peu d’éditeurs risqueront qu’un soulèvement les prive de leur matière première gratuite et de leur main-d’oeuvre bénévole,estime Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et au développement durable. Mais il est clair que les bibliothèques n’y arriveront pas seules parce qu’elles ne font pas le poids face à l’oligopole des éditeurs commerciaux. »

 

Depuis 1986, le budget consacré aux périodiques a crû quatre fois plus vite que l’inflation. Cinq grandes entreprises se partagent le marché : Elsevier, Springer, Taylor and Francis, Sage Publications et John Wiley Sons. Cette dernière compagnie a déclaré des profits de 437 millions en 2012, pour un chiffre d’affaires d’un milliard. Il a été impossible d’obtenir un commentaire d’un de ses porte-parole.