Des profs de l’UQAM s’affichent pour la charte de la laïcité

L’opposition du recteur de l’UQAM à certaines dispositions du projet de charte de la laïcité ne représente pas l’avis de tous les professeurs de l’université. Plus d’une centaine d’enseignants ont signé une pétition qui appuie l’initiative péquiste tout en dénonçant l’absence de débat sur le sujet au sein de l’établissement.

 

Dans une déclaration intitulée « Pour une UQAM laïque », dix professeurs soutiennent que l’université montréalaise doit respecter les principes de neutralité religieuse, ce qui comprend l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires par le corps professoral. Cette lettre, à ce jour appuyée par plus de 130 professeurs actifs ou à la retraite, est une réponse à la déclaration « L’UQAM ouverte » signée par un nombre semblable de professeurs. Cette dernière stipule notamment que le projet de loi péquiste enfreint la liberté de conscience et de religion des professeurs qui portent un signe religieux.


Unanimité de façade

 

« Le débat actuel donne l’impression que tout le corps professoral est aligné sur les positions des universités, alors que ce n’est pas le cas, estime Louis Gill, un professeur à la retraite qui a lancé la pétition en compagnie de quelques collègues. On veut montrer qu’une opinion différente est partagée à armes égales ou comparables. »

 

Au sujet des signes religieux, cette nouvelle déclaration s’écarte des positions adoptées par plusieurs universités au cours des dernières semaines. « L’interdiction de signes religieux dans l’espace institutionnel neutre de l’université pour celles et ceux qui y oeuvrent ne limite en rien son exercice dans le domaine privé, auquel elle appartient », écrivent les auteurs.

 

« La religion n’a pas sa place dans l’espace civique et institutionnel », ajoute Gérald Larose, cet ex-syndicaliste qui enseigne aujourd’hui à l’UQAM. Contrairement à ce que laisse croire l’opposition massive des établissements à la charte des valeurs, il soutient que le monde universitaire est aussi divisé que la population en général.

 

Position sans débat

 

Les signataires de la lettre déplorent également la prise de position du recteur de l’UQAM, Robert Proulx, qui a exprimé publiquement son opposition aux dispositions du projet de loi 60 qui concernent le port de signes religieux. Le point de vue de M. Proulx, qui s’est prononcé « à titre personnel », a été communiqué au conseil d’administration et à la Commission des études de l’université, indique la porte-parole Jenny Desrochers. Aucun membre ne s’est opposé à cette démarche, précise-t-elle.

 

Cette approche s’éloigne de l’esprit de collégialité qui guide habituellement les instances de l’UQAM, remarque la professeure Anik Meunier, une des signataires de la lettre qui siège à la Commission des études. « Le débat n’a pas été fait au sein de l’université, ça, c’est très clair », affirme-t-elle. « C’est un accroc à la démocratie », poursuit M. Gill. Le projet de charte constitue selon lui une « question importante » qui doit être débattue convenablement au sein l’université.

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Plusieurs personnes qui ne sont ni professeurs actifs ou à la retraite de l’UQAM ont appuyé la pétition « Pour une UQAM laïque », favorable au projet de loi 60 du gouvernement Marois. Les auteurs du texte ont mis en ligne mercredi soir un avertissement indiquant que « cette déclaration s’adresse exclusivement aux professeurs et professeures de l’UQAM, actuellement en fonction ou à la retraite ». Ils ont été contraints jeudi de retirer plusieurs signatures non conformes, faisant passer leur nombre à 96 au moment de mettre en ligne, comparativement à plus de 130 la veille.

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