Cégep - Débat autour de l’utilité des cours complémentaires

«Les animaux de compagnie: soins et exigences d’un propriétaire averti» figure parmi les cours complémentaires offerts dans les cégeps.
Photo: David Duprey Associated Press «Les animaux de compagnie: soins et exigences d’un propriétaire averti» figure parmi les cours complémentaires offerts dans les cégeps.

La suppression de l’un des deux cours complémentaires pour faire de la place à l’histoire au cégep fait naître le débat sur l’importance de la formation complémentaire pour les étudiants. Utile ou accessoire ?

 

« L’influence des drogues », « Le plaisir et la douleur », « Les animaux de compagnie : soins et exigences d’un propriétaire averti »… Cela vous rappelle-t-il les titres accrocheurs des livres psycho-pop vendus à la caisse de la pharmacie du coin ? Ce sont plutôt ceux des cours complémentaires offerts dans un cégep près de chez vous.

 

Devant les velléités de supprimer un des deux cours pour le remplacer par un cours d’histoire, les enseignants et les étudiants ont été nombreux à manifester leur attachement à cette formation complémentaire.

 

« Drogue, musique et société », « Gestion du stress par différentes techniques et méthodes, comme le massage », « La chimie de la bière et du vin »… La présidente de la Fédération étudiante collégiale, Éliane Laberge, sourit lorsqu’on lui énumère les titres des différents cours complémentaires offerts dans les cégeps. Elle ne nie pas que certains titres sont là pour attirer et concède qu’il y a un peu de ménage à faire. « Certains cours sont offerts et il n’y a pas d’étudiants qui les choisissent alors [on les enlève]. Les cours varient beaucoup d’un cégep à l’autre », dit-elle, souhaitant un peu plus de cohésion. Mais ce n’est pas une raison pour tout éliminer. « Ça permet à des étudiants de se découvrir de nouveaux champs d’intérêt », souligne-t-elle. Près d’un étudiant sur trois change de programme pendant le cégep.

 

Ces cours peuvent sembler futiles aux yeux de certains, reconnaît le président de l’Association des professeurs d’histoire au collégial, Vincent Duhaime. « Il y a des enseignants qui disent que ce n’est pas si important la formation complémentaire et que les cours sont farfelus et un peu trop ludiques, dit-il. Pour ma part, j’ai vécu des expériences extraordinaires dans les cours que j’ai eus. Je ne dirais pas que c’est une bonne chose de les couper. Ce serait quoi la signification d’une formation complémentaire s’il ne reste qu’un seul cours ? »

 

Chez certains enseignants, le son de cloche est différent. « En fait, le seul véritable intérêt de ces cours est de permettre aux administrations d’annuler des mises en disponibilité qu’elles doivent financer localement. C’est un scandale qu’on invoque la valeur pédagogique de ces cours pour s’en prendre au nouveau cours d’histoire », souligne un enseignant au cégep, sous le couvert de l’anonymat. Il s’étonne du soudain attachement à cette formation qui n’a pourtant jamais enflammé les débats.


Concours de popularité

 

Comme le cours s’adresse aux étudiants et qu’il doit, sur des dizaines offerts, en choisir deux — ce ne serait bientôt plus qu’un seul —, il est normal qu’une certaine concurrence s’installe, une sorte de concours de popularité. « Certains vont regarder les titres des autres cours et voir comment ils vont essayer de vendre le leur », admet Hélène Allaire, directrice des études au Collège Marie-Victorin. « Et quand le cours n’est choisi par aucun étudiant, on retravaille la formulation de la description du cours. »

 

Des cours aux thèmes accrocheurs parlant de sexualité et d’amour n’ont pas de mal à trouver preneur. En revanche, un cours de géographie intitulé « enjeux de la planète » pourrait être retravaillé pour se coller aux besoins des étudiants, a expliqué Mme Allaire.

 

« Les enseignants ont un effort particulier à faire sur le titre, mais le comité qui évalue le cours est très vigilant pour s’assurer que le descripteur reflète bien le contenu réel. Sinon, ça pourrait devenir superficiel », renchérit Marie Blain, directrice adjointe des études également au Collège Marie-Victorin. Le cours Sexualité et amour n’est pas qu’un cours où l’on parle de ses expériences sexuelles. « Les étudiants ont des travaux d’analyse à faire. »

 

Les cours complémentaires sont des propositions qui émanent des départements. Ils doivent passer à travers diverses étapes d’approbation, dont la commission des études, mais il est rare qu’une proposition soit complètement refusée.

 

« Sécurité, aliments et alcool », « Le tourisme international : comprendre le phénomène et apprendre à voyager », « Planification de l’entraînement sportif »… Micheline Thibodeau de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) concède que les titres sont « accrocheurs ». « Mais ce qu’on valorise, c’est une stabilité d’emploi par toutes sortes de mécanismes. C’est pas quelqu’un qui se lève et qui dit qu’il se part un cours complémentaire », note-t-elle. « Dans les collèges, on a toujours le souci des deux : offrir un choix intéressant pour l’étudiant et préserver la stabilité d’emploi pour l’enseignant. »

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