Mina - Le parcours exigeant d’un futur pilote d’avion

Mina assiste à toutes les séances de récupération afin d’augmenter sa moyenne. Il souhaite atterrir dans une classe « impact » l’an prochain.
Photo: - Le Devoir Mina assiste à toutes les séances de récupération afin d’augmenter sa moyenne. Il souhaite atterrir dans une classe « impact » l’an prochain.

La cloche de l’école vient de sonner la fin de la journée et les élèves de Georges-Vanier sortent en trombe, comme fuyant un incendie. Comme si l’école était une torture. Mina Shenouda n’est pas non plus particulièrement ravi à l’idée de s’attarder à l’école après les cours. Il nous attend dans les bureaux de l’administration, l’air un peu las. « Vous voulez vraiment visiter l’école ? »

 

Avec sa dégaine d’ado de 13 ans, se traînant un peu les pieds, le jeune égyptien d’origine nous amène d’abord dans l’agora où s’alignent les casiers près des tables de Mississippi et de baby-foot. Entre les quatre murs de béton, on croise des surveillants aux allures de gardes du corps et quelques rares étudiants en polo bleu qui sont en retard à la récupération ou à la retenue.

 

« Vous voulez aussi voir la bibliothèque ? » Au deuxième étage, chemin faisant, on passe devant la classe de « récup ». « La récup, si quelqu’un ne fait pas son devoir c’est obligatoire, mais si un élève a de la difficulté et ne comprend pas bien, il peut y aller », explique Mina. Lui, il va à toutes les séances de récupérations. Histoire, sciences, maths, français… Il est satisfait de son premier bulletin, mais voudrait hausser sa moyenne à 90 % pour pouvoir être dans une classe « impact » l’an prochain, une sorte de programme enrichi. « Par exemple eux, la géométrie, ils ont déjà fini ça, mais pas nous. Ils apprennent plus et très vite. » Surtout que son rêve est de devenir pilote d’avion. « Je vais devoir faire de la chimie et de la physique », appréhende-t-il. Mais pour l’instant, ça va. Il semble avoir la bosse des maths.

 

Plus loin, dans la cafétéria, des dizaines d’élèves sont assis en rangée dans le silence le plus complet, comme en train de faire un examen. « Ce sont les élèves en retenue », précise mon guide. À la vieille mode, ils copient à la chaîne le règlement de l’école auquel ils ont failli. Mina ne le dira pas tout de suite, mais il s’est lui-même retrouvé deux fois dans le groupe des réprimandés. Plus tard, chez lui, sa petite soeur de 10 ans, Merna, finira par le trahir par inadvertance. Deux retenues, qu’il a eues. Pour avoir dérangé le professeur ? « Non, parce que j’ai frappé un gars. » Après moult questions, les circonstances de l’altercation demeureront tout de même nébuleuses. On ne sait pas trop qui, lui ou son adversaire, a commencé le premier. Au final, les deux ont écopé de la sentence.

 

Pakistanais, Algériens, Tunisiens, l’école de Mina est un peu le siège des Nations unies, comme beaucoup d’établissements sur l’île de Montréal. Le jeune copte reconnaît que sa communauté à lui, installée autour de l’église orthodoxe St. Mark, grandit sans cesse. « Avant, il y a longtemps, il n’y avait pas de problème. Mais maintenant, en Égypte, les musulmans nous font des misères. Alors on a déménagé ici. » Y a-t-il des tensions interethniques à l’école ? Oui, reconnaît Mina, dans le froid mordant, sur le chemin du retour. Ne serait-ce que parce qu’il ne partage pas les mêmes croyances que les musulmans. « Parfois, ils disent que notre église est une épicerie. » Ce qui veut dire ? Il ne le sait pas trop. Mais à voir son air sérieux, pas de doute que c’est une grosse insulte.


Un Noël le 7 janvier

 

Dans la demeure des Shenouda, située dans un demi-sous-sol de Villeray, la culture égyptienne rayonne comme le soleil en plein désert : une bande de tapisserie de hiéroglyphes décore le haut des murs et les haut-parleurs diffusent en arabe ce qui semble être une émission d’information. Devant un Nescafé fumant, le papa de Mina explique que Noël se célèbre le 7 janvier chez les Coptes, et non le 24 décembre comme chez les chrétiens catholiques. Et dans le mois qui précède, ils observent le jeûne. Pas de viande ni de sucreries, que des légumes et du poisson à l’occasion.

 

Tout de même, Mina et sa soeur iront dans un camp à l’église les 24, 25 et 26 décembre. « On va à l’église et on dort là. Dans le jour, on fait des activités et le troisième jour, ils nous donnent des cadeaux et font semblant que c’est le père Noël qui les a apportés », raconte Merna, qui ne semble, a priori, pas dupe de la magie du temps des Fêtes. Le père Noël n’existe donc pas ? « Oui, il existe, se reprend-elle. Mais c’est seulement que ce n’est pas lui qui apporte les cadeaux, il les fait apporter par d’autres. »

 

Le jeune Mina, qui est né dans la douce chaleur du Caire, promet d’aller patiner cet hiver malgré le froid. Il ne regardera pas le film La guerre des tuques parce qu’il l’a déjà vu plus d’une fois. Voilà un bien drôle de syncrétisme de traditions dans lequel se tisse depuis deux ans la nouvelle vie de Mina.

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