Université - À revoir, les MOOC!

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Entretiens Jacques-Cartier

Lyon — Si les MOOC vacillent entre espoir et désillusion, il ne faut pas oublier que les universités sont toujours à la recherche de modèles d’utilisation pédagogiques et financiers.

 

Il y a quelques mois, des spécialistes du monde universitaires ont constaté la déroute des massive online open courses (communément appelés MOOC), ces cours offerts en ligne par des universités prestigieuses, comme Harvard, à des dizaines de milliers de personnes à l’aide de plateformes, les plus connues étant Coursera, edX et Udacity. Après avoir été qualifiés de révolutionnaires, les MOOC se voient aujourd’hui accablés de reproches : taux d’abandon élevé, rentabilité quasi inexistante et absence d’évaluation de la qualité. Sans compter le fait qu’il n’y a aucun diplôme ou quelque forme d’accréditation que ce soit à la clé.

 

« Nous savions que ce type de MOOC était condamné bien avant que les critiques n’émergent dans les médias. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas encore une formule financière viable et que les normes pédagogiques manquent toujours. Cela ne doit pas nous empêcher de poursuivre la réflexion, ne serait-ce que parce que la demande éducative à l’échelle mondiale est monstrueuse, entre autres dans les pays en développement, et que les MOOC font partie de la réponse à ce besoin », déclare Emmanuel Duplàa, directeur de la formation à l’enseignement de la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa et coresponsable scientifique d’un important colloque international sur l’état des lieux des MOOC. L’événement se déroulait pendant les 26es Entretiens du Centre Jacques Cartier à l’École normale supérieure de Lyon et rassemblait des experts du Canada, de la France, de la Suisse, de la Belgique, du Sénégal et du Burkina Faso.

 

Parmi les conférenciers se trouvait le créateur du tout premier MOOC, Stephen Downes, chercheur principal au Conseil national de recherche du Canada. Il a tenu à rappeler ce qu’est un MOOC selon sa théorie, le connectivisme : « Ce n’est pas un cours en ligne traditionnel. Un MOOC est un environnement d’apprentissage conçu pour la massification, la démocratisation de la connaissance. Il est ouvert en étant gratuit et en permettant à l’étudiant de participer à la structure du cours. Son contenu n’est pas aussi important que son contexte. Le rôle du contenu est de nous intégrer dans une communauté. On s’y développe en faisant des connexions. On apprend en devenant. Cela s’apparente à l’apprentissage d’une langue : pour bien la parler, il ne suffit pas de connaître la grammaire, on doit s’immerger dans la culture de cette langue et pratiquer, pratiquer, pratiquer… »

 


Le MOOC, un outil parmi d’autres ?

 

Malgré tous leurs défauts, les MOOC ont donné « de la respectabilité à l’enseignement et à l’apprentissage en ligne », selon Sir John Daniel, ancien président du Commonwealth of Learning, une organisation intergouvernementale basée à Vancouver qui fait la promotion de l’éducation en ligne. « Le fait que Harvard offre un enseignement en ligne a fait sortir l’e-learning et la formation à distance de la zone grise de deuxième classe qu’ils occupaient depuis toujours dans l’esprit de beaucoup de gens », a-t-il affirmé pendant sa présentation.

 

Venu témoigner de la première année de l’intégration des MOOC dans le programme de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Philippe Gillet, vice-recteur principal et président par intérim de l’École, a souligné que le MOOC doit faire partie d’un projet pédagogique : « Ce ne peut être le fait de deux ou trois professeurs qui se mettent en vedette dans une vidéo. On doit le considérer comme un outil, parmi d’autres, pour améliorer notre enseignement et le processus d’apprentissage. »

 


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