Cours d’histoire: les profs de cégep exigent le report de l’implantation

Le ministre Pierre Duchesne
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre Pierre Duchesne

Le regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) exige le report d’un an de l’implantation du cours d’histoire obligatoire au collégial prévu pour l’automne 2014. Une résolution en ce sens a été adoptée à la fin de la semaine dernière lors d’une rencontre de tous les délégués des cégeps.

 

Ces enseignants estiment qu’à ce stade-ci, l’information qu’ils détiennent n’est pas suffisante pour se prononcer et que, par conséquent, il serait précipité d’aller de l’avant avec un tel cours. « On n’a pas en main les orientations du cours, il y a des choses qu’on ignore. Est-ce que ce sera donné par des enseignants d’histoire ? Ou est-ce que ce sera un cours multidisciplinaire donné par d’autres profs de sciences humaines ? Est-ce que le ministère a l’intention de modifier le RREC [Règlement sur le régime des études collégiales] en remplaçant un cours complémentaire ou un autre cours obligatoire par le cours d’histoire​ ? Il y a encore beaucoup de réflexion à faire », a dit Micheline Thibodeau, vice-présidente de la FNEEQ, pour le regroupement cégep.

 

Elle rappelle que les rapports des deux comités-conseils, celui chargé d’étudier comment inclure le cours dans la formation générale obligatoire et celui qui doit discuter de son contenu, n’ont pas encore été rendus publics. Ils doivent toutefois être remis sous peu.


Délais trop courts

 

Cela n’empêche pas la FNEEQ de trouver que les délais d’implantation énoncés à l’automne dernier par le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, sont trop courts. « Je ne sais pas comment veut procéder le ministre, mais on sait une chose : changer et modifier les grilles de cours et de programmes, ça prend plus de temps que ça. Il faut que ce soit fait avant que les étudiants fassent leur choix de cours », soutient Mme Thibodeau. « Ce n’est pas qu’on n’est pas d’accord avec l’implantation d’un cours d’histoire, mais on a encore du travail à faire et on demande à y réfléchir encore une année pour bien évaluer les conséquences sur le cheminement des étudiants. »

 

C’est en septembre que le ministre Duchesne avait annoncé ce nouveau cours d’histoire nationale du Québec contemporain pour pallier les carences « criantes » des cégépiens en la matière. Il avait alors émis la possibilité de reporter d’un an son implantation.


 
9 commentaires
  • Robert Comeau - Inscrit 10 décembre 2013 06 h 49

    Où est la préoccupation pour la formation ?

    La FNEEQ défend les intérêts corporatistes de ses membres qui donnent les cours complémentaires. Ne pourrait- elle pas penser un peu à l'intérêt général de la formation des étudiants? Allez voir ces cours -- les titres racoleurs sont renversants!-- qui servent d'abord à combler les tâches des profs en déficit de tâches. Les objets de ces cours complémentaires,cours tempo ssont racoleurs et n' ont qu'un but: obtenir des inscriptions. Est- ce que les arrangements administratifs doivent l'emporter sur les objectifs de formation? Tout le monde reconnaît l'absence de l'histoire dans la formation de l'étudiant. Il ne fait pas que le nouveau cours soit multidisciplinaire et deviennent un cours tempo pour satisfaire les administrateurs.ca suffit!Et

    • Ginette Cartier - Abonnée 10 décembre 2013 11 h 46

      Voici les cours "tempo" racoleurs en histoire, selon l'expression de Robert Comeau, qui sont dispensés, par exemple, au collège Ahuntsic: "Histoire nationale du Québec", "Histoire des États-Unis", "Histoire des relations internationales", "La guerre dans l'histoire de l'humanité", et enfin, un dernier cours "tempo" qui s'intitule "L'éco-histoire, une histoire de la nature et des hommes"!!!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 décembre 2013 09 h 52

    ... et la préoccupation de ceux qui dispensent la formation

    Monsieur Comeau oppose ici les intérêts «corporatistes» et l'intérêt «général» de la formation des étudiants. Ç'a toujours été de bon ton et il n'est pas douteux qu'une telle préoccupation pour la sécurité d'emploi des professeurs donne quelquefois lieu à des pirouettes qu'on pourra juger plus inventives que judicieuses selon le respect et l'estime qu'on éprouve personnellement à l'endroit des professeurs et des administrations de cégeps.

    Chacun a droit d'aimer ou pas. Mais de là à suggérer que les cours complémentaires soient des cours «tempo» (on me pardornnera de ne pas être subjugué par cette étiquette aussi suggestive que sommaire), il y a un pas. À ne pas franchir. Comme c'est sa vocation, la formation complémentaire offre aux élèves un accès pas trop spécialisé à des domaines de formation autres que celui de leur formation spécifique principale. Il est tout à fait normal que les professeurs s'emploient à rendre ces cours un peu plus accrocheurs, un peu moins strictement rigoureux, cherchant sans toujours l'atteindre un équilibre entre ces deux choses dans le respect des exigences de l'enseignement supérieur. Le cours d'histoire, qu'il remplace ou pas un des cours complémentaires, sera confronté aux mêmes défis. Inutile donc d'y voir à priori le remède à une déficience générale de la formation complémentaire.

    Quant à moi, même si les cégeps sont des boîtes syndiquées gérées par des administrateurs et non de ces écoles tout uniment vouées à l'intérêt général de la formation dont monsieur Comeau a la nostalgie, je fais confiance à tous ces intervenants pour faire ensemble de l'implantation de ce nouveau cours une occasion de faire progresser encore un peu ce fleuron québécois de la formation post-secondaire.

  • Julie Guyot - Abonnée 10 décembre 2013 11 h 07

    Bravo, Monsieur Comeau!

    Tout report éventuel enverrait probablement cette belle idée de réforme dans les limbes...!
    La FNEEQ ne représente pas toute la base du corps professoral...

    Je retourne à mes copies à corriger.

    Julie Guyot
    Professeurs d'histoire, Cégep Édouard-Montpetit

  • Claude Poulin - Abonné 10 décembre 2013 17 h 16

    Une autonomie paralysante

    Le Ministre et le gouvernement en annonçant ce projet de cours obligatoire, de toute évidence, ne connaissaient pas la réalité des programmes des cégeps et ses règles de gouvernances. Pourtant dans le passé, de tels projets de réforme concernant en particulier ce cours d'histoire ont à certains moments ont été tentés, pour finalement échouer. Et ce, pour des raisons que les professeurs connaissent très bien. C'est ainsi que les responsables de ce Ministère (tous partis confondus) ont découvert à travers le temps que l'autonomie institutionnelle, ce n'est pas une affaire frivole! Et que ses effets sont souvent paralysant, pour ne pas dire stérilisant! Claude Poulin Québe

  • Carl Pruneau - Inscrit 10 décembre 2013 18 h 51

    Maintenez la cadence, Monsieur le ministre

    Il faut absolument que l’implantation de ce cours obligatoire se fasse dès l’automne prochain. Il y a péril en la demeure puisque si les Libéraux revenaient au pouvoir, il est assuré qu’ils ne voudront pas poursuivre sur la même lancée.

    Il faut aussi que ce cours soit un cours donné par les professeurs d’histoire et non pas un cours multidisciplinaire donné par des gens qui n’ont aucune notion des problèmes liés à la théorisation de l’histoire, de l’importance des sources historiques, des stratégies d’apprentissage qui lui sont propres et auxquelles les tenants d’autres disciplines (anthropologie, sociologie, science politique) ne se sont pas familiarisés.