L’UQ veut davantage de moyens pour favoriser la mission d’accessibilité de ses établissements

Le réseau de l’Université du Québec compte dix universités, écoles et institut.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le réseau de l’Université du Québec compte dix universités, écoles et institut.

Le réseau de l’Université du Québec (UQ) demande au gouvernement de reconnaître davantage ses efforts en matière d’accessibilité universitaire et exige un meilleur financement de ses établissements. L’UQ recommande aussi que le Québec se dote d’une stratégie nationale de participation aux études universitaires, comme cela s’est fait en Ontario et dans d’autres régions du monde, a appris Le Devoir.

 

Ce sont là quelques-unes des recommandations faites par l’UQ dans un document qui sera bientôt acheminé au ministre de l’Enseignement supérieur et dont Le Devoir a obtenu copie. Cette stratégie nationale devra comprendre des cibles, des redditions de comptes et, bien sûr, un financement adéquat à la clé.


Des groupes sous-représentés

 

Tout au long des quelque 90 pages de son document, le réseau UQ livre un véritable plaidoyer pour l’accessibilité et démontre à quel point il faut se préoccuper, comme le font déjà ses établissements (principalement en région), des étudiants des groupes sous-représentés, soit les autochtones, les étudiants de première génération, ceux en situation de handicap ou issus de familles à faible revenu.

 

« Il est primordial de reconnaître les efforts déployés à ce jour par les établissements qui font le choix de soutenir pleinement les étudiants issus de groupes sous-représentés en développant des services qui leur sont dédiés », fait valoir l’UQ dans son document intitulé Pour une participation équitable aux études universitaires. Il rappelle que pour les établissements qui accueillent un grand nombre de ces étudiants, ces choix d’allocation de ressources se font souvent au détriment « d’autres impératifs de l’institution ».

 

Les universités ne doivent plus être seules dans ce combat pour l’accessibilité et la diplomation, croit l’UQ. Cette stratégie nationale, qui est proposée alors que le gouvernement attend d’ici juin 2014 le rapport d’experts du chantier qui mènera à une politique sur le financement universitaire, devra aussi confirmer « la responsabilité partagée du gouvernement et des universités, avec la collaboration des autres ordres d’enseignement ».

 

Cibles jusqu’en 2029

 

Le gouvernement devra se doter d’objectifs ambitieux de taux d’accès aux études universitaires sur 15 ans, calqués sur les propositions faites en 2008 par le Conseil supérieur de l’éducation. Par exemple, le Québec devrait augmenter à 50 % son taux d’accès au baccalauréat d’ici 2017, à 56 % en 2023 et à 64 % en 2029. Il est actuellement de 44 %.

 

Des cibles spécifiques en matière d’accès, de persévérance et de réussite pour les groupes sous-représentés à l’université devront aussi être visées. Pour mieux répondre aux besoins de ces étudiants, l’UQ suggère la création d’un « indice socioéducationnel » pour mieux comprendre les inégalités d’accès à l’université sur tout le territoire, s’inspirant des travaux sur la persévérance scolaire du sociologue saguenéen Michel Perron.

 

Le réseau UQ souhaite aussi des mesures d’aide financière pour soutenir les étudiants dans les moments de transition, en encourageant par exemple les DEC-BAC, une formule hybride qui combine le diplôme d’études collégiales et le baccalauréat. Et pourquoi ne pas donner des bourses d’initiation à la recherche ou pour récompenser les étudiants aux parcours atypiques qui auront décidé d’étudier à temps plein plutôt qu’à temps partiel ? Ceux-ci sont rarement admissibles aux mesures d’aide financière et les bourses d’excellence tendent à exclure les étudiants aux parcours atypiques, rappelle-t-on dans le document.


L’importance des étudiants de «première génération»

 

Dans son plaidoyer, l’UQ démontre qu’il faut particulièrement s’attarder aux étudiants de première génération (dont les parents n’ont pas fréquenté l’université, ni même le cégep dans certains cas) qui sont sous-représentés à l’université. « Plusieurs études […] ont montré que le capital scolaire des parents est plus déterminant que le revenu familial pour expliquer les différences d’accès aux études universitaires. » Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a lui aussi dit à maintes reprises qu’il fallait leur accorder une attention particulière.

 

Selon Statistique Canada, le taux d’accès des étudiants de première génération (EPG) aux universités québécoises est le plus faible (17 %) parmi les groupes sous-représentés, semblable à celui des jeunes en situation de handicap. Celui des jeunes issus de familles à faible revenu se situe autour de 20 % et celui des autochtones est de 24 %. La moyenne est de 30 %.

 

Les EPG sont généralement issus d’une famille à faible revenu, dont la mère est au foyer. Ils ont des parcours atypiques, alliant travail et école, et ont des résultats plus faibles, n’ayant souvent aucun encouragement de leurs parents, qui peuvent même percevoir comme une trahison le choix de leur enfant de poursuivre ses études.

 

Une étude basée sur une enquête canadienne montre qu’un étudiant dont les parents ont fréquenté le cégep a environ deux fois plus de chances d’aller à l’université qu’une personne dont les parents n’ont jamais fait d’études collégiales. Et si ses parents sont allés à l’université, il a au moins trois fois plus de chances d’y accéder.

 

Le rattrapage semble avoir largement bénéficié aux filles. Au baccalauréat, leur taux d’accès était de 31 % en 1985 et de 52 % en 2010, soit 25 ans plus tard. Pendant ce même laps de temps, il est passé de 29 % à moins de 37 % chez les garçons. Les filles EPG ont aussi mieux réussi au fil des ans et elles ont été plus nombreuses que les garçons à décrocher un diplôme universitaire.

 

Dans son document de travail, l’UQ rappelle que ce sont ses établissements situés loin des grands centres urbains qui ont le plus d’EPG même s’ils sont moins nombreux qu’avant. D’où l’importance de donner accès au plus grand nombre possible en région, dit le document.

 

Obstacles financiers

 

Les EPG, tout comme les étudiants provenant de familles à faible revenu et les autochtones, sont particulièrement touchés par les obstacles financiers comme les droits de scolarité. Encore plus que l’incapacité de payer et la peur de s’endetter, ces étudiants, par manque d’information, ont tendance à croire plus facilement que les études universitaires ne sont pas assez importantes pour justifier une telle dépense. « Ce n’est pas que les droits de scolarité constituent un obstacle plus psychologique que financier, mais, contrairement à d’autres frais tels que le logement et le transport, ils constituent un symbole, et leur effet dissuasif peut être plus important que la somme réelle qu’ils représentent », fait remarquer l’UQ, citant une étude de 2007.

 

Au Québec, cette perception que les études coûtent particulièrement cher est sans doute exacerbée du fait que beaucoup de parents n’ont pas épargné pour soutenir leurs enfants dans leurs études postsecondaires. Constat triste, mais vrai : dans tout le Canada, c’est au Québec que les parents épargnent le moins pour les études de leur progéniture.

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