Sortir les livres pour faire de la place aux étudiants

La Staatsbibliothek de Bavière, à Munich, attire chercheurs et universitaires dans ses espaces lumineux et conviviaux, qui laissent le champ libre à l’usager.
Photo: Hans-Rudolf Schulz La Staatsbibliothek de Bavière, à Munich, attire chercheurs et universitaires dans ses espaces lumineux et conviviaux, qui laissent le champ libre à l’usager.

Vous appréciez le charme suranné et le romantisme des bibliothèques et leurs étalages de vieux livres jusqu’au plafond ? Le virage numérique fait la vie dure à ce modèle et les dépôts muséaux de livres n’ont plus la cote depuis un bon moment déjà. La bibliothèque universitaire du XXIe siècle a maintenant un nouvel objectif qui témoigne de la révolution qui s’opère : sortir les livres pour faire de la place aux étudiants.

 

« Pour moi, la bibliothèque idéale, elle n’est pas “ physique ”. Je la réaménagerais, je créerais des espaces pour stocker de la documentation semi-active et j’aurais donc des espaces libres pour aménager beaucoup d’espace de travail d’équipe et de travail collaboratif, avec de l’équipement », soutient Lynda Gadoury, la directrice du Service des bibliothèques de l’UQAM. Selon elle, la bibliothèque doit mettre l’usager au coeur de ses priorités.

 

Rassembleuse

 

Pour Alexandra Briand-Soucy, étudiante à la maîtrise en littérature à l’Université de Montréal, c’est aussi un impératif : la bibliothèque idéale doit être capable de rassembler tous les intellectuels que la dématérialisation isole maintenant dans mille et un espaces atomisés. « Il faut surtout des aires plus communautaires, dit-elle.Il faut des espaces pour rassembler les usagers. Il faut briser l’isolement actuel des chercheurs et des étudiants. »

 

Belle et lumineuse, invitante, elle imagine sa bibliothèque idéale aménagée autour de postes multimédias avec des aires de travail conviviales, des fauteuils, des canapés et du café, pourquoi pas. Un peu comme la Grande Bibliothèque, qu’elle fréquente déjà.

 

La bibliothèque urbaine du XXIe siècle, c’est aussi un lieu de rencontre, disait l’architecte qui a conçu la nouvelle bibliothèque municipale Marc-Favreau dans le quartier montréalais de Rosemont–La Petite-Patrie.

 

Le lieu doit être agréable pour y travailler, résume Sébastien Brodeur-Girard, l’historien, actuellement à la maîtrise en droit. « On veut un lieu convivial. On veut aussi pouvoir avoir des personnes-ressources en cas de problèmes. Les étagères de livres à n’en plus finir, ça ne peut plus être ça, ça n’a plus d’intérêt, souligne-t-il. On veut aussi avoir accès à tout. »

 

En plus des livres, la bibliothèque du XXIe siècle doit faire sortir les bibliothécaires. À l’UQAM comme ailleurs, on a commencé à délocaliser les spécialistes. « Il faut être capable d’assister les étudiants, les profs, les chercheurs là où ils sont. Nos bibliothécaires vont de plus en plus dans les cours et intègrent les formations qu’ils donnent dans le cours de l’enseignant », explique Mme Gadoury. Les bibliothécaires vont même être installés dans les départements pour pouvoir soutenir le prof, l’aider à monter une bibliothèque en ligne.

 

Avec Louise-Maude Rioux Soucy, Isabelle Paré et Stéphane Baillargeon

5 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 23 novembre 2013 07 h 49

    2e article où on tient sous silence le but ultime des bibliothèques

    Curieux que personne ne parle de l'importance de trouver des solutions aux problèmes sociaux ou scientifiques en faisant de la recherche et comment la nouvelle technologie peut aider à innover contrairement aux traditionnelles bibliothèques. N'est-ce pas le but de faire des études supérieures?

    Pas vraiment, il m'a semblé lorsque j'ai fait mes recherches, l'objectif principal de la formation dans les universités francophones, était de pouvoir transmettre le savoir de quelques grands intellectuels du 19e siècle (même si nous étions en l'an 2000) et plus vous étiez spécialisé sur un auteur, plus votre statut de chercheur était valorisé. Donc, faire des changements à la bibliothèque c'est d'abord et avant tout avoir une vision de ce qu'est la recherche et cela oblige aussi les professeurs à évaluer ce qu'ils vont transmettre comme savoir et comment les travaux devront être évalués différemment.

    En d'autres mots, comment la documentation pourrait être organisée pour faciliter la recherche, non pas seulement pour rendre l'environnement agréable et sympathique aux étudiants. La recherche n'est pas une partie de plaisir entre amis...

    Personnellement, pour contrer

    • Nicole Bernier - Inscrite 23 novembre 2013 11 h 45

      ....pour contrer les limites de la bibliothèque traditionnelle, quand je travaillais sur mes recherches, j'ai commencé à me construire des boites d'archives d'articles écrits par des auteurs provenant de partout dans le monde et de différentes époques... En fait, les bibliothécaires devraient avoir des formations qui débordent l'organisation par sujet ou par auteur, comme elles ou ils pourraient enseigner aux jeunes comment décoder des livres qui traduisent des points de vue idéologiques. Quand les jeunes m'arrivaient avec 10 références du même courant idéologique, je leur demandais de reprendre leur biographie... je leur enseignais qu'il était possible de décoder en 10 minutes, le courant idéologique de l'auteur retenu. Il était étonné quand je leur disais qu'il n'apprendrait rien s'ils lisaient 15 livres qui défendaient la même idéologie... La société et les institutions étant des phénomènes complexes, il fallait vraiment faire des efforts pour comprendre le savoir accumulé par une civilisation et qu'il fallait faire encore plus d'effort si on voulait comprendre le savoir accumulé par d'autres civilisations... Donc la numérisation des livres les rend accessibles plus facilement, mais personnellement, j'ai toujours imprimé les documents que je lisais et comme ce n'était pas de vrai livre, je pouvais commenté immédiatement où l'idée critique ou originale naissait.

      D'ailleurs, je détestais tellement prendre un livre de la bibliothèque dont les étudiants avaient laissé les soulignements et les commentaires personnels dans un livre public. Heureusement, certains avaient la décence de laisser leurs traces en utilisant des crayons au plomb... Combien de fois, j'ai passé des heures à effacer le passage de l'autre dans un livre emprunté. Et je devenais, hors de moi quand les étudiants avaient utilisé des stylos de toutes les couleurs. Je ne comprenais pas que les bibliothécaires ne faisaient pas la vérification du matériel remis et n'exigeaient pas le remboursement.

  • Jacques Moreau - Inscrit 23 novembre 2013 11 h 07

    Après la presse de Gutemberg, le numérique

    Il est évident que le livre "électronique" ou "digital" est la voie du futur. La bibliothèque peut être stockée sur disques ou autre média et être accessible à toute une population ... au bout du fil. Et la copie originale ne sort jamais de la bibliothèque, risque peu d'être endommagé et devrait avoir sa copie de secour dans une autre ville, un peu éloignée. Par contre; on n'a pas transcrit tous les livres en papier sur le support digital et certain manuscrit on une valeur inestimable, juste parce qu,ils sont anciens et écrit à la main. La presse de Gutenberg a "démocratisée" la lecture, la bibliothèque digitale devrait ouvrir les grands livres à toute la population du globe.

    • Mario Gauthier - Inscrit 24 novembre 2013 15 h 04

      L'informatique est, en soi, une forme d'élitisme sournois, mais bien réel. Et par extension, le "livre électronique" aussi. Nous sommes ecore très loin encore de la démocratisation de la culture qu'a amené, en son temps, le livre de poche, par exemple. Entre payer $2 pour un bouquin un peu fripé et jauni et avoir accès à un livre électronique (pas ultra varié jusqu'ici), qui implique l'accès à un ordi ($600), à une liseuse ($100), une connection internet ($40 par mois), le savoir technicien nécessaire pour arriver à trouver le livre (incalculable), etc. il me semble qu'il y a une marge.

      Ce "au bout du fil" dont vous parlez me semble donc être davantage une utopie marchande qu'une réelle démocratisation. Le jour où l'accès à la lecture "digitale" sera aussi simple que celui du livre papier (après tout, on en trouve partout, de ces machins démodées, et ce, à tout les prix!), je croirai que le livre et de façon plus large, le savoir, n'est pas en péril (car c'est de cela qu'il s'agit, au fond). Entretemps, j'ai plutôt tendance à considérer la "digitalisation" comme étant une des nombreuses techniques marchandes basées sur l'éphémérité et la consommation immédiate.

      Et comme une façon d'effacer de la mémoire aussi...

    • Jacques Moreau - Inscrit 25 novembre 2013 12 h 38

      Bien sür Mr Gauthier, l'ordi et la connection I-net coûte des sous, mais l'accès à une bibliothèque numérique est un "accessoire" de l'ordi et I-net. C'est comme l'auto que vous acheté pour vous voyager au travail, elle peut servir à de mutiple autre activité. Tout comme peu de gens ne sont pas abonné à un service téléphonique, en Amérique du nord. L'imprimé n'est pas à la veille de disparaître, mais il diminuera sensiblement; demandez aux journaux, il offrent maintenant un abonnement "digital". D'accord avec vous, il y a des situations ou le bon vieux livre en papier est irremplaçable.