Commission Ménard – La SQ avait sous-estimé le risque à Victoriaville

Serge Ménard dirige la Commission spéciale d'examen des événements du printemps.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Serge Ménard dirige la Commission spéciale d'examen des événements du printemps.

La Sûreté du Québec (SQ) a échoué à évaluer correctement le niveau de risque à la veille de l'émeute du 4 mai 2012 à Victoriaville.

Le directeur général adjoint de la SQ, Marcel Savard, a reconnu mardi devant la commission Ménard que la police provinciale avait sous-évalué le degré de dangerosité de la manifestation prévue en marge d'un conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ).

«Le niveau de menace, oui, il était élevé le matin (du 4 mai). La veille, il était moyen (à) et on a fait face à extrême», a-t-il résumé lorsque la commissaire Claudette Carbonneau l'a interrogé sur le dispositif d'encadrement qui avait été prévu.

Car il n'aura pas fallu beaucoup de temps avant que les clôtures métalliques installées autour de l'hôtel Le Victorin ne sautent.

Quatre petites minutes auront suffi. La SQ aurait-elle dû ériger des barrières plus solides?

«Est-ce qu'une clôture de type "festive" juste installée avec ses ancrages, c'est le modèle qui va être retenu pour les prochaines? Non», a tranché Marcel Savard.

Il a ainsi confirmé les informations obtenues par La Presse Canadienne, non seulement en ce qui a trait aux ratés de la SQ sur le plan de la préparation, mais aussi en ce qui concerne les failles au chapitre du renseignement.

Selon une source proche des dossiers policiers, les équipes du renseignement criminel, à Montréal, disposaient de l'expertise pour reconnaître les mouvements des groupes extrémistes actifs dans la métropole qui se préparaient à aller faire du grabuge à Victoriaville.

Mais le canal de communication entre les responsables du renseignement de sécurité et ceux du renseignement criminel n'avait pas fonctionné adéquatement, a admis le directeur adjoint de la police provinciale.

La SQ en a cependant tiré des leçons, a-t-il poursuivi.

«Actuellement, c'est une piste importante d'amélioration sur laquelle la SQ travaille: c'est l'arrimage entre le renseignement de sécurité et le renseignement criminel.»

Lorsque le président de la Commission spéciale d'examen sur les événements du printemps 2012 (CSEEP), Serge Ménard, lui a directement demandé si les policiers de la SQ étaient adéquatement préparés, il a longtemps hésité avant de préciser que ses agents étaient prêts et bien formés, mais qu'ils n'étaient «pas des Robocops».

Reste que le maintien de la paix et de la sécurité n'est pas uniquement du ressort des forces policières: il s'agit d'une responsabilité partagée entre manifestants et policiers, a fait valoir M. Savard.

Il a par ailleurs assuré que le recours aux armes intermédiaires d'impact à projectiles (AIIP) comme les fusils chargés de balles de plastique se faisait en deux temps: d'abord, le déploiement, puis l'utilisation.

La pertinence ou la nécessité de l'utiliser revient à l'agent sur le terrain, mais celui-ci doit suivre des règles strictes avant d'appuyer sur la gâchette, a rappelé le témoin.

Le témoignage de Marcel Savard se poursuit en après-midi. Il sera suivi de celui d'une jeune femme qui a été blessée lors des événements de Victoriaville.


 

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