Commission Ménard - Plaidoyer en faveur de la liberté de travail des médias

C’est la première fois que la voix de la presse, par l’entremise du photographe du Devoir Jacques Nadeau, est entendue à la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir C’est la première fois que la voix de la presse, par l’entremise du photographe du Devoir Jacques Nadeau, est entendue à la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012.

Le photographe du Devoir Jacques Nadeau a livré lundi un plaidoyer pour le droit aux médias de faire leur travail librement devant la commission Ménard sur les événements du printemps 2012. Jusqu’ici, les témoignages de policiers, d’étudiants et d’autres groupes de la société civile ont défilé, mais c’est la première fois que la voix de la presse est entendue. « Je ne me bats pas contre la police, mais il faut que je fasse mon travail. C’est ma responsabilité de témoigner aux gens de ce qui se passe. Plus ça va aller et plus [les policiers] vont nous empêcher l’accès à certains endroits », a déploré le photoreporter d’expérience.

 

Justement, en 35 ans de métier, Jacques Nadeau en a photographié, des manifestations. Pourtant, il a senti que, pendant celles de la grève étudiante, des contraintes encore plus grandes qu’à l’habitude ont nui au travail des médias. Surtout, après la grande manifestation du 22 mars 2012, où environ 200 000 personnes ont envahi les rues du centre-ville de Montréal. « À partir du 23 mars, ça devenait de plus en plus difficile pour nous de travailler », a-t-il dit aux commissaires, empathiques à son récit. « C’était plus agressif, c’était contrôlant. »


Changement de ton

 

M. Nadeau a aussi senti un changement de ton. « On était de la merde pour [les policiers]. Je ne peux pas accepter ça. J’ai travaillé partout, et même à New York, jamais je n’ai pu entendre des choses aussi vulgaires à l’endroit des médias. »

 

Arrestations et détentions momentanées de journalistes et de photographes, poivre de Cayenne en plein visage, appareils photo brisés… Au fur et à mesure des manifestations, la position de la police se durcissait à l’endroit des médias. « Il y a un autre photographe qui travaille à Montréal que j’ai vu à genoux devant les policiers. Ça m’a tellement touché. Détenir un photographe de presse, sans ses caméras parce qu’on ne veut pas qu’il filme ou prenne des images […] ça m’apparaît un manque total de respect », a soutenu le photojournaliste, auteur de Carré rouge, un recueil de photos sur les événements du printemps étudiant.

 

Renversé par un cheval

 

Il a également évoqué un incident plus personnel qui l’a profondément ébranlé, soit de se faire renverser par une policière à cheval. Une vidéo de cet incident a beaucoup circulé sur Internet. « Je l’ai vue deux fois et je n’ai pas été capable de la revoir une troisième. C’était la peur de ma vie », a dit le collègue.

 

Le Service de police de la Ville de Montréal ne s’est jamais excusé, malgré sa demande, pas plus qu’il n’a remboursé son appareil brisé. Quant à la cavalière qui l’a blessé, elle lui aurait dit : « Je n’ai pas fait exprès, mais je savais où j’allais. »« Interprétez ça comme vous voulez », a lancé Jacques Nadeau, qui croit pour sa part avoir été volontairement ciblé.

 

Les policiers devraient démontrer plus de respect à l’endroit des reporters, a-t-il insisté. Y compris les représentants des médias étudiants et des médias alternatifs, qui ont subi selon lui un plus mauvais traitement de la part des policiers. « Ces médias-là ont le droit de vivre ! Ce n’est pas la police qui décide qui est média ou pas. »

1 commentaire
  • Arthur Desgagnés - Inscrit 20 novembre 2013 15 h 27

    La police a toujours raison

    Ne vous attendez donc pas à ce qu'ils admettent avoir eu tort. Abattre un individu au taser est correct parce qu'il résistait à son arrestation. Les pauvres policiers (entendez "moumounes") ne sont pas pour risquer de se faire égratigner ou de devoir faire un effort physique, soit utiliser leurs bras et leur intelligence, ça pourrait devenir dangereux pour eux.
    Aussi, que penser des poursuites stupides, parfois en pleine ville, au risque de tuer le fuyard ou les occupants de d'autres véhicules?
    Et les enquêtes sur les fautes policières, une farce monumentale dans presque 100% des cas. Je condamne ces actes policiers trop nombreux hélas!