Doctorat en travail social - L’UQAM rejoint l’UdeM et l’Université McGill

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Il importe de comprendre comment sont menées les interventions sur le terrain. En travail social, les personnes agissantes sont dans l’action et l’intervention.
Photo: La Presse canadienne (photo) Tom Hanson Il importe de comprendre comment sont menées les interventions sur le terrain. En travail social, les personnes agissantes sont dans l’action et l’intervention.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation: maîtrises et doctorats

En septembre 2014, l’École de travail social de l’UQAM accueillera sa première cohorte de doctorants, rejoignant les rangs d’un programme conjoint mené depuis 1996 par l’Université de Montréal et l’Université McGill. Alors que le doctorat en travail social y réunit quelque 75 doctorants, l’UQAM viendra gonfler ce chiffre en recrutant une demi-douzaine de nouveaux étudiants par an.

 

L’arrivée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dans un tableau du travail social où figuraient déjà McGill et Montréal permettra de « conjuguer les efforts, de consolider les laboratoires et les équipes de recherche des autres universités », se réjouit Lucie Dumais, professeure et directrice des études supérieures à l’École de travail social de l’UQAM.

 

Réunissant des enseignants dans une formation de haut calibre, le partenariat permettra ainsi « d’ouvrir la porte à plus de complémentarité dans la recherche et dans la direction d’étudiants ». Ce regroupement est d’ailleurs appelé à rayonner au-delà des murs universitaires, estime Oscar E. Firbank, professeur à l’École de service social et responsable du doctorat à l’Université de Montréal (UdeM). En combinant les expertises et les compétences des trois universités concernées, le programme contribue « à créer un pôle d’attraction et à faire ressortir Montréal comme milieu urbain dynamique et interculturel ».

 

Engouement pour une discipline

 

La création à l’UQAM de ce programme de 3e cycle naît d’un engouement pour la question. « Il y a un bassin de plus en plus grand de doctorants en travail social », explique Lucie Dumais, qui occupe aussi la fonction de codirectrice au Laboratoire de recherche sur les pratiques et les politiques sociales.

 

Alors qu’en ses débuts le programme faisait figure de pionnier dans le champ des études supérieures en travail social au Québec et au Canada, on assiste aujourd’hui à une seconde phase de développement de la recherche dans cette discipline. Pourquoi cet engouement ? « Au cours de la dernière génération, le réseau public, qui existe depuis 50 ans, a profondément évolué », explique Lucie Dumais.

 

Cela a changé la face du travail social au Québec. « Les services sociaux, les politiques publiques et le rôle de l’État se sont transformés et une pluralité d’acteurs se sont développés : à côté des dispositifs gouvernementaux, les organismes communautaires et privés se sont multipliés », note-t-elle.

 

Une autre évolution majeure de la discipline concerne l’importance croissante de la recherche pratique. En effet, en marge de la recherche fondamentale, Mme Dumais constate le besoin de « comprendre comment sont menées les interventions sur le terrain. En travail social, les personnes agissantes sont dans l’action et l’intervention. »

 

Et, alors que « la recherche appliquée a des besoins particuliers auxquels ne répond pas la recherche fondamentale », le programme de l’UQAM est conçu pour permettre le développement d’un savoir pratique et l’articulation des grandes théories et des connaissances concrètes.

 

« L’UQAM a une tradition de recherche qui lie le théorique et le pratique, explique-t-elle. Nous travaillons en collaboration avec des organismes communautaires, les ministères et les municipalités. » Une spécialité renforcée par la localisation de l’établissement, niché au coeur du centre-ville et des questions urbaines, ce qui favorise la création de liens étroits avec les milieux d’intervention. « C’est cette façon d’aborder la recherche en travail social que nous injectons actuellement. »

 

À ce titre, le doctorat nouvellement offert à l’UQAM ouvre ses portes vers l’Europe, où la formation en travail social n’est pas proposée au niveau universitaire, mais dans les écoles de formation professionnelle. « Une réflexion y est en cours sur la formation et la recherche en travail social. La recherche et le métier sont séparés, alors que nous essayons de lier les deux. »

 

De même, les deux autres universités concernées affichent chacune leur spécialité. Seule université anglophone du partenariat, McGill performe par son expertise en matière de soins et de services auprès des minorités linguistiques, ainsi qu’à travers son centre de services pour les familles. À l’UdeM, trois axes de recherche sous-tendent le programme : les problèmes sociaux, le développement de pratiques novatrices et l’analyse de l’organisation de la prestation et des politiques sociosanitaires, avec des champs d’expertise prononcés en violence familiale et conjugale, en développement et protection de l’enfance, ainsi qu’en santé et protection sociale.

 

Une société en transformation

 

Mais ces champs d’expertise se plient aux besoins en mouvement de la société, nuance M. Firbank. L’évolution du réseau de la santé et du profil démographique et les enjeux d’actualité viennent ainsi « redéfinir les paramètres de la recherche dans un contexte comme celui de Montréal. Les doctorants cherchent des thématiques qui n’ont pas encore été approfondies », poursuit-il.

 

Ancrée dans un contexte social et culturel particulier, la recherche se nourrit des phénomènes humains qui l’environnent. Parmi les thèmes qui rallient de plus en plus les étudiants, celui de l’immigration se pose par exemple comme un enjeu croissant, précise Shari Brotman, professeure à l’École de travail social et directrice du programme à McGill. « Il y a également de plus en plus d’étudiants qui se spécialisent dans le travail social à l’international, pour aborder notamment l’aide sociale dans un contexte de guerre. » Et, alors que le vieillissement de la population fait partie de la nouvelle donne démographique, la question des proches aidants et de l’aide aux personnes du 3e âge figure en première ligne des intérêts de la recherche.

 

Emplois futurs

 

Pour ce qui est des débouchés, les étudiants s’orientent principalement vers la recherche et l’enseignement. « Beaucoup de nos professeurs ont été formés en sociologie, psychologie ou éducation, précise Lucie Dumais. Désormais, ils seront formés en travail social ». Mais, au-delà de la carrière universitaire, « les possibilités d’embauche des diplômés sont excellentes », souligne-t-elle.

 

En effet, en proposant une réflexion poussée et une analyse plus approfondie que ses pendants de 2e cycle, le doctorat permet de mobiliser les connaissances en amont de l’intervention sur le terrain.

 

Les diplômés ont ainsi un rôle à jouer au sein des réseaux de la santé ou des services sociaux, qu’il s’agisse de concevoir ou de mettre en place des pratiques d’intervention sociale, de gérer des projets ou encore d’analyser des politiques publiques ou des environnements sociaux.

 


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