École de technologie supérieure - L’ÉTS emprunte la voie de la formation à distance

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La formation à distance permet de rejoindre les gens habitant loin des grands centres urbains.
Photo: Jordan Silverman Associated Press La formation à distance permet de rejoindre les gens habitant loin des grands centres urbains.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation: maîtrises et doctorats

À la différence de la plupart des autres universités, l’École de technologie supérieure (ÉTS) a reçu le mandat de couvrir tout le territoire québécois. Pour y parvenir, elle consolide actuellement ses programmes tant au premier cycle qu’à la maîtrise et au doctorat, tout en se tournant avec modération vers la formation à distance.

 

À l’instar de la plupart des établissements universitaires, il y a déjà un bon moment que l’ÉTS s’est dotée de salles de vidéoconférences pour rejoindre les gens dans des endroits éloignés, au gré de l’émergence des technologies. « En général et dans notre modèle à nous, comme dans les autres établissements, elles étaient surtout utilisées à la pièce dans des contextes très spécifiques, si l’on excepte la TÉLUQ et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, qui en ont fait des spécialisations », relate Éric Germain, le responsable du Bureau du développement et de l’évaluation des programmes d’études à l’ÉTS.

 

En 2009, l’ÉTS effectue ses premiers pas dans le domaine au niveau du bac, avant de se tourner vers l’enseignement supérieur. « Nous avons lancé un programme court de premier cycle en planification et gestion de la maintenance, qui était donné entièrement par visioconférence. Avec l’appui d’un outil appelé Webex, de la compagnie Cisco. »

 

Une pareille formation était destinée en bonne partie à des gens qui travaillent dans des usines qu’on retrouve dans plusieurs régions du Québec. L’objectif premier était donc simple au départ. « C’était de rejoindre tout simplement davantage de gens qui n’ont pas nécessairement accès à nos cours parce qu’ils ne sont pas à Montréal. »

 

« L’ÉTS a une charte provinciale et on n’est pas comme la majorité des autres universités qui oeuvrent sur un territoire donné ; notre territoire, c’est le Québec », rappelle-t-il.

 

La maîtrise emboîte le pas

 

L’ÉTS s’est montrée prudente avant d’inclure les études supérieures dans la programmation de la formation à distance. « Pour le deuxième cycle pour lequel on parle des maîtrises professionnelles, et non de celles qui sont de type recherche, on a décidé, à la fin de 2009, d’aller chercher justement une clientèle à l’extérieur de la métropole. Mais, pour nous, le volet technologique n’était pas au point et on n’était pas rendu là ; on a plutôt fait de la délocalisation en envoyant nos enseignants spécifiquement dans la région de Québec. Jusqu’à récemment, nous avions donc un certain nombre de programmes qui étaient offerts là-bas, ce qui, en fait, s’est échelonné de janvier 2010 jusqu’à la présente session. »

 

Ce temps-là est révolu et un virage a été pris, rapporte M. Germain. « On s’est tourné progressivement vers l’enseignement par la vidéoconférence pour nos cours de deuxième cycle : on a une classe à Montréal à laquelle se joignent de l’extérieur, en simultané, une ou plusieurs classes, ou encore des individus ; ils peuvent participer à la formation à partir d’une salle réservée à cette fin ou de leur PC. Mon équipe a vécu sa première expérience en cette matière-là à partir de janvier 2012 et on y va progressivement. »

 

Pour l’heure, quatre programmes de maîtrise sont disponibles à distance : Énergie renouvelable et efficacité énergétique (à Québec et à Saguenay), Génie des risques de santé et de sécurité du travail (à Québec et à Rouyn-Noranda), Gestion et innovation (à Québec, à Rouyn-Noranda et à Saguenay) et Gestion de projets d’ingénierie (aux trois mêmes endroits).

 

Tous ces cours se déroulent en salle, mais déjà l’ÉTS envisage de desservir des étudiants sur le plan individuel avec l’appui de leur PC, tout en faisant preuve d’une réserve sur ce plan, comme il l’indique. « On l’a fait de façon expérimentale et on a la capacité technique pour y arriver, mais on n’ouvre pas ce volet-là à grande échelle parce qu’on veut être certain que la technologie a le niveau de maturité requis pour desservir correctement notre clientèle étudiante ; si le système plante, ça ne fonctionne pas et on ne peut pas se permettre une telle erreur en étant une université de classe mondiale. »

 

Impacts et suite de la démarche

 

Les ingénieurs sont principalement visés par ces programmes : la majorité des gens détiennent un baccalauréat en génie et les cours se déroulent durant la soirée pour faciliter leur accès à des personnes qui travaillent souvent le jour. Pour l’instant, il demeure difficile de cerner les résultats obtenus en matière d’attractivité, comme le laisse savoir Éric Germain : « C’est en raison d’une clientèle qui est encore très petite. C’est encore marginal et ça va le demeurer pendant un certain temps, tout simplement parce qu’on est au deuxième cycle et que ce n’est pas tout le monde qui veut accéder à une maîtrise. On parle donc de petites cohortes et le maximum d’étudiants inscrits dans un cours à distance s’est chiffré à dix, à Québec. »

 

La position de l’École correspond à cette réalité. « On ne veut pas, dans ce cas, aller chercher des clientèles de 20 ou 30 personnes par groupe, parce que ce sont des gens qui s’ajoutent à nos classes de Montréal. On le fait vraiment pour accommoder un petit nombre de gens qui ne seraient pas servis autrement. »

 

Il souligne les aspects intéressants de ce type de formation. « On n’a pas à comptabiliser les frais encourus par les services d’un prof et les frais de location des locaux sont assez minimes : on peut servir de la sorte un très petit nombre d’étudiants à distance sans qu’on soit déficitaire, si on tient compte que nous gérons évidemment de l’argent public. »

 

Et que réserve l’avenir ? Doit-on parler de statu quo par rapport à ce qui se fait actuellement ? « On est présentement en réflexion, parce que, d’une part, le reste de l’École a une très forte croissance et on se doit de faire attention pour que l’ensemble des ressources suive cet essor. Mais je pense que cela va se développer davantage, comme on le voit ailleurs : c’est la tendance des universités sur le plan mondial de présenter une diversité de cours, mais, de notre côté, notre mandat, c’est d’offrir des programmes de formation qui sont crédités. On va donc digérer notre croissance tout en regardant ce qui se fait ailleurs, aux États-Unis, en Europe et dans les autres établissements ici ; on va prendre le temps de bien digérer ce qui se passe avant de donner un autre coup dans cette direction-là. »

 

« La prochaine étape serait l’ouverture de nos cours à la communauté des gens qui suivent des formations sur leur PC. On a atteint un petit sommet dans la chaîne de montagnes et on regarde l’horizon avant de déterminer par où on s’en va », conclut-il.

 


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