École secondaire - Québec veut plus de diplômés en cinq ans

Un jeune homme sur deux ne termine pas son secondaire en cinq ans au Québec, selon le gouvernement.
Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir Un jeune homme sur deux ne termine pas son secondaire en cinq ans au Québec, selon le gouvernement.

Québec a un nouveau cheval de bataille dans la lutte contre le décrochage : il veut augmenter le nombre d’élèves qui terminent leur secondaire en cinq ans. Mais le problème est tel que l’objectif demeure modeste : faire passer de 63,3 % à 66 % ce taux de diplomation.

 

« Ça me trouble. Il y a un certain nombre de jeunes qui n’arrivent pas à tenir bon dans leur parcours », a dit la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, venue présenter aux Grandes Rencontres sur la persévérance scolaire ses orientations en vue d’une politique nationale sur le sujet. « Dans certaines écoles, c’est un garçon sur deux qui ne termine pas son secondaire dans les temps requis. »

 

Alors que l’objectif d’un taux de diplomation de 80 % en sept ans d’ici 2020 est réaliste - il augmente d’environ un point de pourcentage par année, constatent les experts -, la ministre s’attaque maintenant à la diplomation en cinq ans, une cible autrement plus décourageante. « Le chiffre est plus désagréable à voir, d’autant plus qu’il ne progresse pas bien », a convenu Mme Malavoy. De 63,8 %, le taux a reculé à 63,3 %. Il est en général plus bas dans les commissions scolaires francophones (62 %) qu’anglophones (75,8 %) et est particulièrement alarmant dans la métropole, notamment à la Commission scolaire de Montréal et à celle de la Pointe-de-l’Île, où moins d’un garçon sur deux (46 %) termine son secondaire en cinq ans.

 

Mme Malavoy salue les initiatives de « raccrochage » mais craint d’abord les effets négatifs d’un décrochage avant terme. « Il faut mettre tous les efforts pour qu’ils terminent dans les temps requis parce que, quand vous décrochez, il y a une perte. Perte d’estime de soi, perte de temps, a-t-elle soutenu. Notre politique devra penser particulièrement aux jeunes pour qu’ils restent dans le parcours sans en sortir. »

 

La partie n’est donc pas gagnée d’avance dans les milieux d’immigration ou chez les Premières Nations et les Inuits, qui mettent souvent plus de temps à obtenir un diplôme d’études secondaires. Selon les plus récentes données du ministère, les commissions scolaires Crie et Kativik ont des taux de diplomation en cinq ans de 15,2 % et de 7,5 %. « Il y a effectivement des cas où les facteurs de difficultés sont plus grands. […] Mais il y a une différence entre prendre un an de plus et décrocher et raccrocher après, a-t-elle indiqué. Je n’en ferai pas un drame s’ils le font en une année de plus. »

 

Inspiration scandinave

 

La politique nationale de lutte contre le décrochage scolaire, qui devrait voir le jour quelque part en 2014, serait la première du genre, se targue le gouvernement Marois. « Il y a eu beaucoup de plans d’action, des stratégies, des cibles, mais jamais quelque chose qui soit intégré », a souligné Marie Malavoy. En attendant ? « Ce qui existe et qui fonctionne demeure, mais je souhaite qu’on ait une vision plus globale et cohérente. »

 

La ministre dit vouloir s’inspirer des pays scandinaves, qui excellent en la matière. Particulièrement dans la prévention et le suivi de leurs élèves. « Là où ils réussissent le mieux, c’est quand ils prennent leurs enfants par la main. Ça suppose un travail de détection pour voir venir. Quand le jeune a quitté l’école, il est un peu tard. »

 

Elle souhaite que chaque élève bénéficie d’un accompagnement personnalisé « à l’échelle nationale ». « Au-delà des statistiques, il existe un jeune dont nous connaissons le nom, l’adresse et, souvent même, les difficultés qu’il doit affronter. Lorsque sa persévérance est mise à l’épreuve, il est de notre devoir de lui tenir la main et surtout de ne pas le lâcher, a-t-elle martelé. Aucun élève ne quittera les bancs de l’école sans une visite, des appels et un suivi adapté. »

 

Un traitement spécial pour les garçons ?

 

Dans le réseau public, un jeune homme sur deux ne termine pas son secondaire en cinq ans, alors que c’est le cas d’une fille sur trois. La ministre de l’Éducation entend s’attaquer au problème globalement, mais par des actions « musclées et très individualisées », a-t-elle précisé en entrevue à la radio à l’émission de Dutrizac. Sans trop entrer dans les détails, elle a soutenu que le milieu avait besoin de plus de modèles masculins. « Il faut plus d’hommes professeurs au primaire et, dans notre politique à venir, il y aura un chapitre sur qui enseigne à nos enfants et quoi faire pour que ce soit plus équilibré. » Hier, Le Devoir a relayé la voix d’experts qui ont conclu qu’il ne fallait pas tomber dans le piège d’une politique ciblée sur les garçons, qui risqueraient de les stigmatiser. Mme Malavoy est moins catégorique. Sans les mettre à part des filles, il faut tenir compte de leurs difficultés. « Je suis à l’aise pour regarder plus spécifiquement ce que les garçons privilégient comme méthode d’apprentissage tout en tenant compte des recherches. Mais on ne fera pas abstraction du fait qu’il y a un problème plus sérieux pour les garçons », a-t-elle dit.

À voir en vidéo