Persévérance scolaire - Décrochage: traiter garçons et filles sur un pied d’égalité

Le genre n’explique pas tout. « Quand on met le sexe comme variable explicative dans les mode?les, il disparai?t au profit des autres variables, comme le manque d’engagement dans les e?tudes et la motivation. Ce n’est pas le fait d’e?tre un garc?on ou une fille qui importe», a dit M. Perron.
Photo: Illustration Isabelle Arsenault Le genre n’explique pas tout. « Quand on met le sexe comme variable explicative dans les mode?les, il disparai?t au profit des autres variables, comme le manque d’engagement dans les e?tudes et la motivation. Ce n’est pas le fait d’e?tre un garc?on ou une fille qui importe», a dit M. Perron.

Le Québec ferait complètement fausse route s’il se dotait d’une politique ciblant les garçons dans la lutte contre le décrochage. C’est la conclusion unanime à laquelle sont arrivés des experts du milieu de l’éducation dans un avis rendu au gouvernement, a appris Le Devoir. La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, doit pour sa part annoncer ce mardi comment elle élaborera sa politique en matière de persévérance scolaire, dans le cadre des Grandes Rencontres sur le sujet.

 

Certes, on n’aurait pas tout faux à regarder les garçons d’un oeil différent. Mais les traiter différemment des filles aurait pour effet de les stigmatiser et pourrait même nuire à la cause. « Avoir un regard spécifique et adapter des approches pédagogiques n’est peut-être pas mauvais en soi, mais se donner une stratégie officielle, ce serait aller trop loin », a dit Michel Perron, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, qui a consulté de nombreux experts sur la question. « On ne veut pas de plan pour les garçons, ils sont déjà trop stigmatisés. Ça donnerait quoi de leur taper sur la tête ? »

 

Le genre n’explique pas tout. « Quand on met le sexe comme variable explicative dans les modèles, il disparaît au profit des autres variables, comme le manque d’engagement dans les études et la motivation. Ce n’est pas le fait d’être un garçon ou une fille qui importe », a dit M. Perron.

 

Modèle masculin

 

Pourtant, de plus en plus d’écoles mettent sur pied des approches différenciées pour favoriser la réussite des garçons : Classes non mixtes, boys’ clubs de lecture, activités sportives et scientifiques, etc. Égide Royer, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, est l’un de ceux qui croient que les garçons réussissent moins bien parce que le milieu scolaire manque de modèle masculin.

 

En mars 2011, coïncidant avec le congrès de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage (AQETA), il avait proposé d’augmenter le nombre d’hommes en enseignement, en instaurant des mesures de discrimination positive comme des bourses ou une priorité à l’embauche.

 

Réagissant à ses propos qui avaient fait grand bruit, la ministre de l’Éducation d’alors, Line Beauchamp, avait annoncé qu’elle « réactivait » un comité de travail sur l’attraction des hommes dans la profession d’enseignant, mis sur pied par sa prédécesseure, Michelle Courchesne dans le cadre du plan d’action contre le décrochage, L’École J’y tiens.

 

Une position unanime

 

Le comité de vigie de ce plan d’action, mis en veilleuse depuis le nouveau gouvernement, a donné ce mandat à Michel Perron et à Laurier Fortin, professeur retraité du Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke. Tant les intervenants du milieu que les chercheurs qu’ils ont rencontrés ont rejeté l’idée d’une stratégie spécifique aux garçons. « C’est unanime, la réponse est non. On n’a pas besoin de ça au Québec, d’autant que le décrochage baisse un peu plus vite chez les garçons que chez les filles », a souligné M. Perron.

 

En effet, selon les plus récentes statistiques, l’écart entre les garçons et les filles diminue en ce qui a trait à la diplomation en sept ans, surtout à Montréal. Mais les écarts restent majeurs, souligne le chercheur. En moyenne, 10-12 points de pourcentage séparent toujours les filles des garçons. Dans la région de Lanaudière, l’écart est énorme : le taux de diplomation après sept ans (cohorte 2005-2012) était de 56 % chez les garçons, contre 71 % chez les filles, soit 15 points d’écart.

 

Selon lui, le Québec gagnerait davantage à mieux former ses enseignants à travailler en classe mixte. « On pourrait faire des ajustements dans les façons de faire, mais certainement pas à revenir aux classes non mixtes, à ce que moi j’ai vécu comme étudiant », a-t-il conclu.

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Ce texte a été publié dans le cadre du projet «Le Devoir spécial BD›, une édition papier mettant en vedette 14 dessinateurs du Québec.

11 commentaires
  • Johanne St-Amour - Abonnée 5 novembre 2013 08 h 32

    Égide Roy et les modèles masculins

    J'ai toujours trouvé cette association suspecte d'Égide Roy et de bien d'autres affirmant que le décrochage scolaire des garçons dépendaient du trop petit nombre de modèles masculins dans l'enseignement. À l'enseignement post-secondaire cette association ne fonctionne pas puisque les modèles masculins y sont plus nombreux et que les filles ont un taux de réussite de plus en plus élevé. D'ailleurs dans une étude australienne, on concluait que le sexe de l'enseignant n'avait aucun rapport avec le taux de réussite scolaire, mais la qualité de la relation entre l'enseignant et l'étudiant oui.

    M. Royer et compagnie faisaient aussi fi, à mon avis, d'études faites par un organisme de Montréal qui indiquait que, par ailleurs, le manque de confiance des filles devait être pris en considération. Aussi, la réussite des filles qui se retrouvaient majoritaires au post-secondaire, ne se réflétait malheureusement pas sur le marché du travail. Et comme on le sait, au niveau du salaire et de la sécurité d'emploi.

    Depuis 1979, le taux de décrochage et des filles et des garçons ont diminué, rapporte Jean-Claude Saint-Amant, chercheur retraité en éducation et spécialiste de la question, dans un essai intitulé "L'école est-elle discriminatoire envers les garçons?"

    Précisant la nature, selon lui, de ce décrochage, il conseillait d'établir des mesures qui concerneraient autant les filles que les garçons, particulièrement dans des milieux socio-économiques faibles, d'intervenir contre les stéréotypes sexuels, d'inciter les étudiants à prendre en charge leur scolarisation afin qu'ils développent plus de plaisir à étudier versus l'appât d'un gros salaire.

    http://www.ledevoir.com/culture/livres/153784/essa

    • Gilles Roy - Inscrit 5 novembre 2013 09 h 47

      Suis assez en accord avec le commentaire. Cependant, expliquer l'écart de salaire et de sécurité d'emploi à travers le prisme du «manque de confiance» des filles m'apparaît plus psychologisant que nécessaire. Suis davantage de l'école d'une Marie Duru-Bellat («L'inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie. Édition du Seuil) et croit que l'on doit se montrer plus circonspect quant à l'estimation de l'impact que l'on tend à attribuer aux différentes diplômations.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 5 novembre 2013 10 h 55

      Avez-vous vu mon "aussi" M. Roy devant la réussite des filles... Je n'ai jamais indiqué qu'il y avait une corréaltion parfaite entre la confiance et l'écart de salaire et la sécurité d'emploi! J'ai seulement affirmé que le taux de réussite des filles ne se reflète pas sur le marché du travail: les femmes ayant des salaire encore 70% moins élevé que les hommes et elles occupent davantage d'emplois précaires; il y a, entre autres, des causes sociales à cela.

      Mais concernant la confiance, de toute façon, c'est un élément non négligeable lorsqu'on étudie le nombre de femmes restreints aux postes de pouvoir. Plusieurs l'affirment!

    • Gilles Roy - Inscrit 5 novembre 2013 13 h 57

      La «confiance» comme élément menant aux postes de pouvoir? Oups. Ce bout là m'échappait, effectivement. Persiste sinon : il n'est pas nécessairement vrai que des trajectoires scolaires longues mènent ou encore doivent mener loin en matière de salaires et de sécurité d'emploi. Y a là une «utopie méritocratique» qui risque d'en décevoir plusieurs, hommes (aussi) et femmes (surtout)...

  • Martine Fortin - Inscrite 5 novembre 2013 09 h 44

    On me dit...

    Qu'avec l'ajout d'hommes en enseignement primaire, une partie de ce problème se règlerait naturellement. Et j'y crois avec ce qu'on voit au Québec.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 5 novembre 2013 11 h 00

      Plus de représentation masculine au niveau de l'enseignement primaire ne donnerait rien de plus pour la réussite scolaire des garçons. La relation entre les enseignant-es et l'étudiant -e est beaucoup plus significative. D'autant plus, que cette relation du sexe des enseignant-es avec la réussite des étudiants au niveau post-secondaire ne se concrétise pas du tout: plus d'enseignants masculins et plus d'étudiantes.

      Comme la non-mixité ou l'augmentation des périodes de sport pour les garçons. Des chercheurs ont d'autres solutions:

      http://sisyphe.org/editions/Jean-Claude-St-Amant-L

  • André Michaud - Inscrit 5 novembre 2013 10 h 12

    Pas pareils les gars et les filles

    Comment se fait-il qu'en 2013 des gens ne se rendent pas encore compte qu'un homme est différent d'une femme? On ne pense absolument pas pareil.

    Les filles veulent savoir "comment ça marche" et les gars veulent savoir "à quoi ça me servira". Le système ici répond aux attentes des filles et c'est pourquoi les filles embarquent plus et ont de meilleurs résultats.

    Combien de fois à l'école quand on nous demandait d'apprendre quelque chose un gars demandait à quoi ça va nous servir, et les réponses étaient vagues et très générales...rien de connecté avec le quotidien.

    L'école n'est pas pour le futur homme d'action. Beaucoup d'entrepreneurs étaient médiocres à l'école et s'ennuyaient à mourrir! Une perte de temps et d'énergie, trop théorique et loin de l'action concrète.

    Dans les écoles aux USA où on a commencé à enseigner les math en utilisant des ordinateurs avec des utilisations très concrètes , on a eu de très bons résultats.

    Hélas au Québec on nie la différence entre gars et fille, et tant que l'on niera cette évidence on restera tous perdants.

    Nier la différence comme à la garderie, où les gars doivent jouer à des jeux de filles, au lieu de se "tirailler" comme le font tous les jeunes mâles de TOUTES les espèces. Dans les années 50 , quand il y avait des écoles de gars, la religieuse au primaire nous laissait nous tirailler pendant les récréations, en surveillant les débordements. On pouvait alors retourner en classe bien défoulé et prêt à étudier.
    Aujourd'hui on fruste le jeunes gars en le faisant jouer comme une fille et il rendre au cours frustrés et turbulent...mais pas grave on lui donnera du ritalin!

    Le Québec est-il rendu trop féminisé? Comme si les bonnes valeurs étaient féminines et les mauvaises masculines, un héritage du féminisme radical ? Bien de femmes venant d'ailleurs trouvent les hommes "féminisés" au Québec . Combien de fois avons vu avec horreur des hommes au Québec appeler leur femme "maman" ??
    Chaque fois ça M'enrage

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 5 novembre 2013 11 h 28

    Deux poids, deux mesures?

    C'est bizarre cette affirmation : « On ne veut pas de plan pour les garçons, ils sont déjà trop stigmatisés. Ça donnerait quoi de leur taper sur la tête ? » En quoi cela est scientifique ? Ce sont des « experts » qui disent ça !?

    Pourtant, le Ministère de l'éducation fournit bien des plans pour filles seulement : «Chapeau les filles» et «Excelle Science». Je ne pense pas que les filles sentent qu'elles se fassent « taper sur la tête » ! http://www2.mesrst.gouv.qc.ca/chapeaulesfilles/

    Qu'y a-t-il de mal à s'occuper des garçons dans l'éducation? Qu'y a-t-il de mal aussi que les hommes éduquent les enfants? Quand les étudiants masculins en éducation primaire et secondaires doivent suivre un cours pour se protéger des fausses accusations d'agression sexuelle, c'est qu'il y a quelque chose qui va mal au Québec quant à la perception des hommes.

    Le documentaire Pied-de-biche de Rachel Verdon et Robert Favreau en fournit des preuves troublantes. http://www.telefilm.ca/fr/catalogues/production/pi

    Si le Ministère arrêtait de se culpabiliser de fournir les outils nécessaires pour améliorer l'éducation de la moitié de la population, peut-être que le Québec irait mieux.

  • Johanne Bernier - Inscrite 5 novembre 2013 13 h 04

    Les modèles des gars vs. les modèles des filles

    Le décrochage scolaire est un phénomène individuel et sociologique complexe. Prétendre que les garçons réussissent moins bien parce que le milieu scolaire manque de modèles masculins, c'est poser notre regard sur une variable, alors que le tableau en contient plusieurs.

    Bien sûr, la psychologie sociale nous indique que l'enfant apprend par "modeling". Toutefois, le milieu scolaire n'est pas le premier milieu d'apprentissage significatif de l'enfant. La famille, c'est-à-dire les parents, sont nos premiers modèles d'importance. Et ils demeurent significatifs, même si d'autres modèles, à l'école en occurence, apparaissent. Dans une société où la femme a pris en charge, bien souvent seule, le rôle d'éducatrice et de pourvoyeur de soins en bas âge, les valeurs qui sont transmises à l'enfant par les comportements de la mère et du père sont cruciales pour son développement, son cheminement scolaire et sa vie professionnelle.

    Pourquoi les gars décrochent-ils plus que les filles? Il faut aussi regarder ce phénomène sur le plan sociologique. Depuis peu de décennies, les jeunes femmes du Québec ont enfin une égalité des chances à la scolarisation. Nous n'avons pas de statistiques sur les études et le genre datant des années '50 et '60, car au milieu du XXe siècle les femmes du Québec étaient découragées à faire des études (en dehors de certains domaines très précis). Peut-être que les gars ont un taux de décrochage qui a peu changé, mais que la réalité des filles, elle a évolué? Peut-être que les filles, qui ont entendu leur mère et leur grandmère les encourager à étudier, à devenir autonomes, à ne pas dépendre des hommes, à sortir de la maison et des rôles de mère et de servante, est une variable importante? Peut-être regardons-nous le phénomène à l'envers. Les gars ne décrochent peut-être pas plus qu'avant, mais les jeunes femmes, aussi bien à l'école qu'au travail, sont avides d'apprendre et de prendre la place qui leur revient, plus que jamais...