Persévérance scolaire - Une école de Verdun se débarrasse de son image de cancre

Aujourd’hui, la « couleur de la clientèle » n’a pas tant changé, constate la directrice de l’école, Josée Lapierre. « Mais on réussit à garder plus les élèves qui ont envie de se dépasser. »
Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir Aujourd’hui, la « couleur de la clientèle » n’a pas tant changé, constate la directrice de l’école, Josée Lapierre. « Mais on réussit à garder plus les élèves qui ont envie de se dépasser. »

Contrairement aux régions éloignées, souvent pauvres et peu peuplées, on s’attend à ce que les villes plus dynamiques, en plein boom démographique, soient des modèles de réussite. Vraiment ? Une étude inédite vient bousculer cette idée reçue. Deuxième d’une série de trois textes, publiés en marge des Grandes Rencontres sur la persévérance scolaire qui débutent ce lundi.
 

 

Elle a un physique ingrat tout de béton et de briques, le plus haut indice de défavorisation de sa commission scolaire et un taux de décrochage assez important. Au premier coup d’oeil, l’école secondaire Monseigneur-Richard de Verdun n’a pas grand-chose pour elle.

 

Et pourtant. Elle améliore ses résultats d’année en année - elle est dans le top 5 de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys en français de 5e secondaire - et est, à sa manière, championne de la diplomation à plus long terme. Cet établissement de 1000 élèves a même réussi à attirer plus d’élèves des milieux favorisés, comme l’île des Soeurs, qui vont généralement au privé.

 

Aujourd’hui, la « couleur de la clientèle » n’a pas tant changé, constate la directrice de l’école, Josée Lapierre. « Mais on réussit à garder plus les élèves qui ont envie de se dépasser. »

 

Il faut dire que l’école part de loin. À une époque pas si lointaine, au moins un jeune sur deux ne finissait pas son secondaire. Ancienne élève et enseignante depuis près de 30ans, Francine Taddeo en sait quelque chose. « Je me souviens au moment de faire mon premier stage. On me disait :“Tu ne veux pas aller là !”», raconte-t-elle. Violence, drogue et pauvreté endémique. Une image de cancre qui a trop collé à la peau de l’école », croit-elle.

 

C’est là-dessus qu’il a fallu travailler, explique pour sa part Josée Lapierre, pour tenter d’expliquer l’amélioration. Et il s’est passé quelque chose il y a 10-15 ans. « On s’est rendu compte qu’on mettait strictement l’énergie sur les élèves en difficulté en laissant de côté nos élèves performants. Il y a eu une épuration et on s’est retrouvés avec une clientèle plus difficile. C’est dur d’être motivé quand tu n’as pas d’élèves performants à côté de toi. »

 

Un programme a donc été instauré pour les plus doués. C’est aussi à ce moment-là que l’équipe-école a commencé à regarder autrement ses élèves. « On a longtemps dit que compte tenu du fait que nos élèves étaient faibles et qu’ils provenaient d’un milieu culturellement pauvre, ils n’allaient jamais être capables d’y arriver, raconte Mme Lapierre. On s’est mis à hausser les exigences tout en leur donnant les moyens de réussir. »

 

Gros défi que celui-là, d’abord parce que les parents, dont plusieurs ont eu une relation trouble avec l’école, ont eu peur de l’échec pour leur enfant. Mais la direction maintient le cap. « C’est pas parce que l’élève est né pour un petit pain qu’on va lui donner le petit pain, souligne Philippe Labrosse, un directeur adjoint. On veut lui montrer qu’on croit en lui et on tente de lui insuffler cette confiance. »

 

Cibler les interventions

 

Pour fouetter ses troupes, l’école Monseigneur-Richard a ainsi mis les bouchées doubles. Elle a dressé un vrai portrait de sa clientèle. Au lieu d’offrir « plus de la même chose », elle s’est mise à offrir « un peu de tout », de manière plus ciblée. Et cohérente. « Avant, les élèves n’étaient jamais en classe. Il y avait toujours plein d’activités, mais pas de lien avec l’école », avance Mme Lapierre.

 

Les partenariats avec les services communautaires se sont diversifiés et multipliés. Mais attention : il ne s’agit pas de dire oui à tout. L’école sélectionne les propositions selon ses besoins et ne s’éparpille pas. Elle mise sur des initiatives qui permettent d’ouvrir la bibliothèque et la salle d’informatique après les cours, de fournir de l’aide aux devoirs et même des bourses à ceux qui décrochent un diplôme. Même si c’est à 18 ans.

 

Un projet fonctionne moins bien ? On n’hésite pas à le révoquer ou à le faire évoluer. C’est ainsi que le programme pour des mères adolescentes avec garderie à l’école - Verdun a l’un des plus hauts taux de grossesses précoces au Québec - a cédé sa place à un cours d’éducation sexuelle pour tous. Stimulant l’apprentissage du travail avec des ordinateurs portables et des tableaux interactifs, Garçons branchés est devenu Science 2.0 pour s’ouvrir aux filles.

 

Une communauté tissée serré

 

Fait indéniable : les enseignants s’impliquent bien plus qu’avant, fait remarquer Mme Taddeo, qui enseigne le français en 3e secondaire. « Quand j’ai commencé, je rentrais chez moi après les classes. Maintenant, on fait de la récupération. L’équipe-école est davantage sollicitée et impliquée. »

 

Le directeur adjoint, Hugues Trudeau, croit que Verdun peut vivre d’espoir parce que la communauté est tissée serrée autour de l’école. « Il y a une pauvreté économique, mais pas nécessairement sociale », dit-il. Contrairement à Hochelaga-Maisonneuve, milieu défavorisé qu’il connaît bien, les jeunes ont accès à de nombreux services offerts par la municipalité, surtout pour le sport. « La communauté se donne vraiment des moyens pour s’aider », constate-t-il. Même les gros bunkers de béton ont des fenêtres qui laissent filtrer la lumière.