UQAM - Un nouveau programme s’adresse aux chercheurs en milieu de carrière

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Universités - Recherche

L’obtention d’une chaire marque d’une pierre blanche la carrière d’un chercheur universitaire. C’est à la fois une immense reconnaissance de ses aptitudes et de son travail et un appui inestimable à la poursuite et au rayonnement de ses recherches. Mais le milieu de la recherche étant très compétitif, les titulaires de chaire ne sont pas légion. Plusieurs doivent attendre des années avant qu’on ne leur accorde ce privilège.

 

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) a décidé de donner un coup de pouce à ses chercheurs en milieu de carrière ayant des travaux prometteurs : elle finance un nouveau programme de « Chaires stratégiques de recherche ». Au cours des trois prochaines années, douze chaires institutionnelles seront progressivement mises sur pied.

 

« Nous diversifions le portefeuille de la recherche, déclare Yves Mauffette, vice-recteur à la recherche et à la création de l’UQAM. Nous avons d’abord offert du soutien aux jeunes chercheurs et aux centres institutionnels et nous trouvions pertinent, dans ce processus, de mettre en place des chaires qui permettront aux chercheurs en mi-carrière de se développer. » Le programme pourrait aussi inclure de jeunes professeurs ou même des chercheurs de renom que l’université souhaite retenir, ajoute-t-il.

 

Ces chaires ne seront ni subventionnées par les grands organismes fédéraux de financement de la recherche - le Conseil de recherche en sciences humaines, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie et les Instituts de recherche en santé du Canada - ni par des organismes publics ou privés. L’argent proviendra entièrement des fonds institutionnels.

 

Cette initiative est une première à l’UQAM. M. Mauffette reconnaît toutefois que d’autres établissements ont déjà tenté l’aventure - avec succès. Ces expériences l’ont d’ailleurs inspiré. « L’Université Concordia, par exemple, a établi une cinquantaine de chaires semblables et cela a entraîné un effet d’émulation important parmi ses chercheurs, indique-t-il. Pratiquement deux millions de dollars ont été investis dans ce programme. De notre côté, nous en sommes aux premiers balbutiements : les titulaires disposeront d’un dégrèvement de 10 000 $ et d’un budget de fonctionnement de 25 000 $ renouvelables pour une période maximale de trois ans. »

 

Nouveaux créneaux de recherche

 

Attribuées par voie de concours, les Chaires stratégiques de recherche seront de deux types : thématiques et ouvertes. « Les premières auront un thème imposé par l’UQAM, ce qui ne sera pas le cas des secondes, qui présenteront tout de même un lien avec nos orientations stratégiques de recherche et les priorités des facultés », explique Yves Mauffette.

 

Quatre des douze chaires se verront attribuer un sujet. L’une d’entre elles se concentrera sur la recherche communautaire, une pratique qui favorise une plus grande participation des communautés visées par la recherche tout au long de la démarche scientifique. Les autres se consacreront à la question du vieillissement de la population, aux enjeux relatifs à la recherche nordique et, enfin, aux rapports qui unissent l’art, la culture et le bien-être. Ces sujets sont issus des propositions que les professeurs de l’UQAM ont soumises en 2012 au scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, qui en avait fait la demande pour stimuler la recherche dite « intersectorielle ».

 

« On ne parle plus seulement de croiser des disciplines, mais bien de faire appel à l’expertise de plusieurs secteurs, signale M. Mauffette. C’est l’élément novateur de nos Chaires stratégiques de recherche. Prenez le thème du vieillissement. Il ne sera pas abordé d’un point de vue médical ou gériatrique. Il s’agit plutôt de l’étudier comme une étape de la vie à laquelle se rattachent divers enjeux sociologiques, économiques, politiques, sociaux, citoyens, etc. »

 

Yves Mauffette est catégorique : « On ne crée pas simplement une chaire pour que le chercheur s’y abrite pendant trois ans et que rien n’en découle, dit-il. Cette chaire ne sert pas qu’à glorifier son titulaire. Elle est un pôle autour duquel gravitent d’autres chercheurs, des étudiants aux cycles supérieurs, des postdoctorants. Elle favorise un travail en synergie. On espère donc que cette chaire constituera un tremplin pour la carrière du titulaire, qu’elle lui ouvrira des portes, lui apportera davantage de subventions, peut-être même une autre forme de chaire, un centre de recherche ou un laboratoire. »

 

Car, au bout de trois ans - peut-être cinq, dans des cas particuliers - les chaires stratégiques à naître cesseront d’exister. D’autres prendront le relais avec des sujets de recherche différents. « Je ne veux pas figer le système et, ce faisant, n’en faire profiter qu’une poignée de professeurs, affirme le vice-recteur. Nous en employons tout de même plus de 1000 à l’UQAM. L’objectif est de donner une chance au plus grand nombre possible. » D’ici dix ans, Yves Mauffette aimerait bien mettre en place 25 Chaires stratégiques de recherche.

 

En attendant, les premières chaires à thème seront connues en janvier prochain. Deux autres appels de candidature sont prévus au printemps 2014 et en septembre 2015.

 


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