Recherche et innovation - Oui à la politique déposée par Québec, à quelques bémols près

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Pierre Duchesne, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie a présenté une nouvelle politique de recherche, dont certaines mesures font l’unanimité dans le milieu universitaire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pierre Duchesne, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie a présenté une nouvelle politique de recherche, dont certaines mesures font l’unanimité dans le milieu universitaire.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI), dévoilée le 16 octobre par Pierre Duchesne, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, est relativement bien accueillie par le milieu universitaire.

 

Yves Mauffette, vice-recteur à la recherche et à la création de l’UQAM, avait été un des rares vice-recteurs à critiquer publiquement la Stratégie québécoise de l’innovation (SQRI), proposée en 2010 par l’ex-ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, Clément Gignac. La SQRI, selon lui, avait des orientations économiques et technologiques trop prononcées et laissait en plan la recherche fondamentale et les sciences sociales. Aujourd’hui, il se dit satisfait de la PNRI. « Par rapport à [la SQRI], c’est plus réconfortant, dit-il. Il y a une ouverture plus grande à l’innovation sociale, qui était peu présente dans la dernière politique, plus centrée sur des technologies. »

 

Les grandes thématiques déterminées comme les priorités de recherche dans la PNRI, soit les changements démographiques, le développement durable et l’identité québécoise, le comblent. « On sort du penchant presque exclusif pour l’avion vert, par exemple. On entre dans des thématiques plus ouvertes », dit-il.

 

Son point de vue semble partagé par plusieurs de ses homologues des autres universités. « Franchement, les vice-recteurs, nous nous sommes rencontrés dans le cadre de la défunte CRÉPUQ et nous sommes tous très satisfaits du budget et de ses répercussions. »

 

«Tendance lourde» maintenue

 

Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeures et des professeurs d’université (FQPPU), considère tout de même que « la tendance lourde est maintenue » en ce qui concerne la proximité avec les secteurs économiques, commerciaux et industriels, mais il voit une amélioration dans le « changement d’orientation, qui n’est pas radical, mais important, en admettant la nécessité de mieux soutenir la recherche publique qui est faite à l’université dans des secteurs qui ne sont pas nécessairement industriels. [La PNRI] met l’accent là-dessus. Pas assez à notre goût, mais elle met l’accent là-dessus. » M. Roy se réjouit de constater qu’« il y a des énoncés très clairs pour dire à quel point la recherche fondamentale est importante », mais il émet des réserves sur le fait que, « la grosse tendance, c’est encore la recherche appliquée ».

 

Caroline Senneville, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente surtout des chargés de cours dans le milieu universitaire, demeure songeuse devant le titre Priorité emploi donné au document de la PNRI. « Relancer l’emploi, on n’est pas contre, mais le ministre a parlé à plusieurs reprises de rééquilibrer la recherche fondamentale par rapport à la recherche plus utilitaire et marchande. Mais, quand on regarde le titre, on trouve que le jupon de la vision entrepreneuriale dépasse beaucoup. » N’empêche, elle admet que « c’est un pas dans la bonne direction ».

 

Cas d’unanimité

 

Certaines mesures font l’unanimité. La bonification de 25 % des budgets des Fonds de recherche du Québec est applaudie de toutes parts. La décision d’étaler la Politique sur cinq ans, plutôt que trois ans pour les précédentes, est vivement saluée. Il s’agit d’une mesure « structurante », selon Mme Senneville. « On cherche à amener l’humanité plus loin et ça ne se fait pas toujours dans des mandats très courts. Cette mesure permet d’offrir une pérennité et de s’engager avec une certaine stabilité du côté des conditions d’embauche. » La volonté affirmée du gouvernement Marois de voir les investissements dans la recherche et le développement atteindre 3 % du PIB suscite aussi de nombreux espoirs.

 

De manière plus précise, la FQPPU est évidemment ravie de l’engagement concernant l’embauche de près de mille nouveaux professeurs dans les universités. Elle est aussi reconnaissante pour les mesures prévues concernant la diffusion des recherches. « On a souffert d’un manque de soutien de ce point de vue. On est heureux d’entendre que ce besoin d’une meilleure diffusion est reconnu. »

 

De plus, tous saluent l’importance accordée, dans la PNRI, aux frais indirects de la recherche. « Ça grève les budgets de recherche et ça les ampute en grande partie. Et, comme les universités n’avaient pas des subventions suffisantes, elles étaient obligées de puiser à même leur budget d’exploitation pour combler des besoins », explique Max Roy. « Cette nouvelle politique reconnaît un meilleur investissement pour les espaces qui sont dédiés à la recherche, qui n’étaient pas nécessairement inclus auparavant », se réjouit de son côté M. Mauffette.

 

Reste qu’une partie de cet enjeu va se jouer à Ottawa, principal bailleur de fonds des centres de recherche. Si le gouvernement québécois s’est montré prêt à entreprendre des démarches pour négocier avec le fédéral à ce sujet, « on est loin de la résolution du problème », affirme Max Roy.

 

À l’Acfas, on indique que, si la PNRI a été l’enjeu central dans le domaine scientifique au cours de la dernière année, les frais indirects de la recherche seront l’objet de la prochaine grande bataille. Le 28 octobre dernier, l’Acfas a d’ailleurs publié une lettre ouverte envoyée à James Moore, ministre de l’Industrie, demandant « que le montant attribué au Programme fédéral des coûts indirects (PCI) soit progressivement bonifié pour couvrir 40 % du financement de la recherche octroyé ».

 


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