École Polytehnique - À la poursuite de l’équilibre entre recherche pure et recherche appliquée

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
Encore en septembre dernier, des scientifiques sont sortis dans la rue pour dénoncer le sous-financement de la recherche fondamentale.
Photo: - Le Devoir Encore en septembre dernier, des scientifiques sont sortis dans la rue pour dénoncer le sous-financement de la recherche fondamentale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Universités - Recherche

La recherche universitaire et l’industrie peuvent cohabiter pour faire avancer le Québec sur le plan économique. Mais il faut toutefois s’assurer d’un réel équilibre entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale, qui doit conserver une place de choix au sein du monde universitaire.

 

« Le spectre de la “ la privatisation de la recherche ” n’a pas lieu d’être brandi, si la coopération entre les pouvoirs publics, les entreprises et l’université fonctionne comme elle le doit, en protégeant et en encourageant l’autonomie et la liberté de l’université », écrivait en février dernier Gilles Savard, directeur de la recherche et de l’innovation à l’École polytechnique de Montréal, dans la revue de l’établissement. Mais, reconnaît-il en entrevue, certaines inquiétudes plombent bel et bien la communauté scientifique. Elles ont moins à voir avec les partenariats de recherche avec l’industrie - nécessaires, dit-il - et plus avec la tendance du gouvernement fédéral à diminuer la proportion de son financement de la recherche pure.

 

« On doit maintenir ce financement de la recherche libre, c’est-à-dire détachée d’intérêts économiques à court terme, dit Gilles Savard. Et, actuellement, le gouvernement fédéral diminue la proportion de son financement dans cette recherche, qu’on associe souvent à la recherche fondamentale, même si ce n’est pas toujours le cas. C’est cette recherche qui permet souvent d’explorer des problématiques scientifiques, sans qu’il y ait une application immédiate à court terme. »

 

Oui à l’industrie, mais…

 

Oui aux partenariats avec l’industrie, donc, qui finance principalement la recherche appliquée, mais il faut entretenir cet équilibre entre les deux types de recherche, croit Gilles Savard. « Les gouvernements s’assurent actuellement qu’une base de recherche fondamentale est soutenue. L’inquiétude est donc de savoir si cet équilibre est maintenu. »

 

« À l’École polytechnique, poursuit le directeur, nous croyons que la recherche fondamentale nourrit la recherche appliquée, et inversement : la recherche appliquée nous apporte des problématiques fondamentales à résoudre. » En mettant en place des partenariats avec de grandes entreprises, qui peuvent avoir une vision à plus long terme, jusqu’à 10 ans en avant, l’université des sciences du génie croit pouvoir se rapprocher d’une recherche un peu plus prospective, plus évolutive. « Il n’y a donc pas vraiment de dichotomie entre les deux types de recherche chez nous », ajoute-t-il.

 

Gilles Savard croit également qu’il est possible d’éviter les conflits d’intérêt entre le monde universitaire et l’industrie, une inquiétude légitime lorsque le premier milieu oriente son travail en fonction des objectifs du deuxième. Le bureau d’éthique de l’École polytechnique et le Bureau de la recherche et Centre de développement technologique sont « d’efficaces mécanismes protégeant notre priorité de formation à la recherche et par la recherche, ainsi que l’indépendance intellectuelle et les intérêts » des étudiants et des chercheurs, écrivait encore le directeur l’automne dernier.

 

La prospérité par la recherche

 

Le financement fédéral, plus orienté vers la recherche appliquée, est évidemment lié aux nouvelles orientations du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), qui s’est tourné vers l’industrie. « L’objectif du CNRC est très clair : augmenter la compétitivité, la productivité et répondre aux besoins industriels », résume Gilles Savard.

 

C’est, par contre, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), notamment, qui finance l’École polytechnique. Et le CRSNG fait lui aussi une place de plus en plus importante à la recherche en partenariat. « Ces partenariats ne signifient pas qu’on fait uniquement de la recherche appliquée, nuance M. Savard. Mais que ces recherches sont un peu plus dirigées vers les besoins de la société. Ce ne sont pas seulement des entreprises qui ont accès à ces fonds ; ce sont aussi des syndicats, des gouvernements, des hôpitaux, etc. »

 

Cette orientation vers de la recherche plus « dirigée » a du bon, croit Gilles Savard. « Aucun organisme subventionnaire ne subventionne une recherche qui n’est pas pertinente. Mais elle peut être pertinente simplement en répondant à un enjeu, à un questionnement scientifique. Une recherche peut aussi être utile au niveau humain, au niveau sociologique, politique, géographique, etc. Et elle peut être utile en répondant à une pertinence économique : en visant le maintien de notre industrie aérospatiale, par exemple, qui est très importante pour le Québec et le Canada. »

 

Déjà demain

 

Dans son plan d’action pour la recherche et l’innovation, rappelle Gilles Savard, le Québec a misé sur sept forces dans le domaine du génie. Celles-ci vont des technologies de l’aérospatiale, évidemment, aux biotechnologies, aux sources d’énergie renouvelables ou aux technologies de l’information.

 

« Cette nouvelle politique nationale vise aussi à atteindre 3 % du PIB en investissement et en recherche, publique ou privée ; les retombées de la recherche scientifiques sont multiples. L’impact de la recherche passe aussi par la qualité d’une main-d’oeuvre hautement qualifiée. Des étudiants novateurs qui vont assurer la survie d’une industrie, par exemple. »

 

À l’École polytechnique, les recherches de demain porteront sur les téléphones cellulaires qui se rechargent sans devoir être branchés, la régénérescence du cartilage ou les microdispositifs transportant une dose de chimiothérapie directement à une tumeur. Nul doute que la recherche sait se montrer pertinente…

 


Collaboratrice

À voir en vidéo