Pointe-à-Caillère - Vies de Plateau décrit l’effervescence d’un quartier

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
La directrice de Pointe-à-Callière a elle-même appris beaucoup de choses grâce à la nouvelle exposition.
Photo: Michel Julien La directrice de Pointe-à-Callière a elle-même appris beaucoup de choses grâce à la nouvelle exposition.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plateau Mont-Royal

Depuis l’exposition Saint-Laurent, la Main de Montréal (2002), Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’architecture, a souvent scruté la ville à travers un secteur précis. Après Rêves et réalités au canal de Lachine (2004), Lumières sur le Vieux-Montréal (2005) et La rue Sainte-Catherine fait la une ! (2011), voici Vies de Plateau, inaugurée cette semaine.

 

Francine Lelièvre est directrice depuis toujours de Pointe-à-Callière. Et si son musée peut nous emmener en Chine ou chez les Mayas, il est un lieu où, en plus d’être un site archéologique, sont proposées ces expositions qui nous font vivre, en la racontant, l’histoire de Montréal. Aujourd’hui, le Plateau-Mont-Royal est mis en cimaises.

 

Pourquoi le Plateau-Mont-Royal, maintenant?

 

Nos expositions permanentes livrent une vision générale de l’histoire de Montréal. Ça n’exclut pas que, dans les expos temporaires, au contraire, on puisse jeter un regard plus pointu sur des lieux emblématiques de la ville. Pourquoi le Plateau, maintenant ? Il n’y avait rien de particulier, mais c’est un quartier fort, qu’on l’aime ou qu’on le critique, qui méritait qu’on le regarde et qu’on fasse un peu de recherche. Dans le développement de Montréal, le premier quartier, une fois qu’on dépasse le centre-ville, c’est le Plateau. Aujourd’hui, il est en effervescence, on en parle beaucoup. On essaie de donner des clés pour [comprendre] pourquoi il est devenu ce quartier au rayonnement national et même international. On s’est dit : « Soyons de notre temps ».

 

Quelles sont les intentions qui vous guident dans cette suite d’expos?

 

Une partie importante de notre mission consiste à voir comment évolue la ville. On ne se donne pas l’obligation de faire tous les quartiers. On pense que, tous les trois ou cinq ans, on peut jeter un regard. L’idée est de donner une paire de lunettes. Les gens ont besoin de présentisme, mais nous sommes un musée d’histoire. On essaie de glisser quelques racines dans la perception que les gens ont des événements actuels, du brouhaha de l’information. L’histoire, ce ne sont pas que des dates. Le passé nous sert à comprendre le présent, à avoir une capacité de discerner ce qui se passera dans l’avenir. Pour moi, l’histoire, c’est quand vous lisez votre journal le matin et que vous arrivez à saisir les enjeux d’une guerre quelque part.

 

Doit-on comprendre qu’il s’agit dès lors de mieux connaître notre ville?

 

Je crois qu’on a tous intérêt à apprendre de notre histoire, qu’elle soit de notre ville, de notre pays. Mais ce n’est pas seulement la connaissance pour la connaissance. C’est l’appréciation, la perception qu’on a lors de nos promenades urbaines, qui nous enrichissent. De savoir que, dans l’immeuble d’Ubisoft [boulevard Saint-Laurent, angle Saint-Viateur], auparavant, on faisait dans la guenille. Seulement ça, ça nous sensibilise, nous enrichit. On n’est pas là pour donner une leçon d’histoire, mais c’est bon qu’on rappelle que le Plateau, sa créativité, ce n’est pas spontané. C’est un lieu où les artistes se sont installés depuis un siècle. Si on est arrivé là aujourd’hui, ça s’est fait par strates.

 

L’expo Vies de Plateau repose sur l’identité culturelle du quartier. Ne fait-on pas dans les idées reçues?

 

L’expo reste un survol, il ne faut pas se donner d’autres prétentions. Mais on pose des questions. Est-ce que ce quartier est véritablement créatif ? L’a-t-il été à travers le temps ou est-ce plutôt relié aux générations actuelles ? Notre rôle est de chercher les racines. On part de ce thème, mais on élargit comme un entonnoir à l’envers. On part du connu vers l’inconnu. On a pris le parti de faire une sorte de promenade, comme si on visitait cinq rues et une ruelle. Chacune des rues est un condensé. La première, c’est la naissance. On démarre avec la campagne. La deuxième, c’est l’industrialisation, l’aménagement du territoire, l’architecture. Ce sont les fameux escaliers extérieurs. Dans la troisième, on rencontre les gens, notamment les personnages célèbres. Le quartier a quelque chose de distinctif, pas unique, mais distinctif. Les gens qui ont vécu dans ce quartier ont eu des influences qui ont dépassé le quartier, de Mgr Bourget à Camillien Houde, mais aussi des leaders du mouvement syndical. Après, on arrive dans la rue propre à cette effervescence de créativité. On retrouve les artistes, Borduas, Riopelle, Michel Tremblay. On poursuit ensuite avec les quatre grands parcs du Plateau et on termine avec les ruelles. Les ruelles ont une belle histoire et on pourrait faire une expo uniquement sur elles. J’aimerais ça et j’y pense sérieusement.

 

Y avez-vous, vous, découvert quelque chose?

 

J’ai appris beaucoup, absolument. Les escaliers extérieurs, par exemple. J’ai compris le détail de la réglementation qui [est à leur origine]. On ne pouvait pas construire à ras de rue, il fallait laisser un espace. Cet espace a permis aux architectes de travailler autrement. La contrainte est devenue un atout.

 

Il n’y a pas vraiment de publication qui existe sur le Plateau. Pourtant, l’exposition ne sera pas accompagnée d’un catalogue. Pourquoi?

 

Pour un ensemble de facteurs. Au sujet du Plateau, on peut glaner des choses un peu partout. On s’est dit qu’on n’apporterait pas suffisamment de nouveautés pour faire une brique comme celle sur la rue Sainte-Catherine, d’une part. D’autre part, il y avait le côté financement. Puis, l’exposition est une ouverture vers l’actuel et vers l’avenir. Le Plateau se prêtait moins à être enfermé dans une publication. Il y a tellement d’effervescence que dès le lendemain elle serait dépassée.

 


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