Muséologie - L’histoire au service de la pensée critique des jeunes

Benoit Rose Collaboration spéciale
Grâce à ses expositions temporaires ou permanentes, le Musée McCord, à Montréal, peut constituer une intéressante ressource complémentaire pour l’enseignement de l’histoire en classe.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Grâce à ses expositions temporaires ou permanentes, le Musée McCord, à Montréal, peut constituer une intéressante ressource complémentaire pour l’enseignement de l’histoire en classe.

Ce texte fait partie du cahier spécial Histoire - Indentités et bilinguisme

Le prochain congrès de l’Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS) sera l’occasion, pour Dominique Trudeau et Mélanie Deveault, du Musée McCord, d’échanger sur le rôle du musée comme outil d’enseignement de l’histoire. L’atelier du 18 octobre portant sur le sujet s’annonce pour elles comme une « plateforme extraordinaire » pour mesurer les besoins des enseignants et l’impact des ressources offertes. Car elles aimeraient bien rejoindre davantage les élèves de niveau secondaire.

 

C’est en passant sous un grand totem autochtone que nous allons à la rencontre de Dominique Trudeau et Mélanie Deveault, respectivement chef et coordonnatrice à l’action éducative du Musée McCord, à Montréal. Situé rue Sherbrooke, à deux pas de l’Université McGill, ce musée reçoit parfois la visite d’élèves du secondaire, mais beaucoup moins souvent que des élèves du primaire. « C’est principalement pour des raisons logistiques. Au secondaire, les classes se font et se défont à chaque période, donc c’est difficile de pouvoir sortir avec les élèves pendant plus qu’une période de 45 ou 60 minutes, regrette Mme Trudeau. Si on ajoute le temps de transport à celui de nos activités, qui durent souvent 90 minutes, ça rend la tâche de planification ardue pour les professeurs. »

 

Les deux collègues sont d’avis que le musée peut constituer une intéressante ressource complémentaire pour l’enseignement de l’histoire en classe. « Tout en tenant compte du programme de formation de l’école québécoise, on est là plus largement pour servir l’histoire et favoriser le développement de la pensée critique des jeunes », avance Mme Trudeau. Sa collègue poursuit en affirmant que c’est à toute la démarche historique que les adolescents sont initiés sur place, en apprenant comment s’approprier cette ressource qu’est le musée d’histoire pour aller chercher l’information dont ils ont besoin. En plus de leur offrir un contenu spécifique, l’établissement veut donc développer des compétences transversales.

 

Des visites décloisonnées

 

Les élèves du secondaire qui sont reçus au Musée McCord pour une activité éducative commencent généralement par visiter d’abord les expositions, pour ensuite être invités à participer à des ateliers. Ces derniers sont l’occasion de discussions et de production d’objets. La culture matérielle de Montréal, du Québec et du Canada se retrouve au coeur des réflexions. « On met de l’avant tout le média d’exposition et la collection du musée, parce que c’est là qu’on retrouve des témoins du temps passé, et c’est important de faire comprendre aux jeunes que, dans leur monde d’aujourd’hui, il y a des objets-clés qui un jour seront aussi des témoins de leur temps », de dire Mme Trudeau.

 

L’établissement mise sur l’interactivité au cours de visites plutôt « décloisonnées », comme en témoigne « Passé recomposé : une visite dont vous êtes le guide », une activité où l’élève et son rapport personnel à un objet sur place constituent le point de départ d’une démarche pédagogique menant à des faits historiques établis. « C’est de faire appel au côté émotif qu’un objet peut susciter chez le jeune visiteur, parce qu’on sait que, avec les adolescents, ça fonctionne beaucoup comme ça », de dire la chef. « Ça nous donne une prise, et on peut ensuite enrichir la lecture de l’objet de différents angles : historique, social, etc. », d’ajouter Mme Deveault.

 

L’activité « Le Golden Square Mile, hier et aujourd’hui » entraîne les adolescents à l’air libre, dans le quartier qui borde le musée, afin d’y découvrir, à travers l’architecture, les traces du passé dans le monde contemporain. Ils sont amenés à répondre à des questions et à repérer des motifs architecturaux, mais aussi à vivre un certain « choc des images » : en utilisant l’application « Musée urbain montréalais » sur un iPod Touch prêté pour l’occasion, les élèves peuvent juxtaposer la réalité moderne concrète et les photographies d’époque prises par le photographe William Notman et son équipe, entre 1840 et 1935.

 

« Il y a des chercheurs universitaires au Québec qui tentent de voir comment les élèves intègrent un outil technologique comme le iPod Touch et comment ça contribue à leur pensée historique. On travaille avec certains d’entre eux à l’évaluation de ça », révèle Mme Deveault.

 

Envisager une visite

 

Dans cet esprit, des observations scientifiques sur les façons idéales d’envisager une visite au musée sont aussi prises en compte. Selon Mme Deveault, beaucoup d’études révèlent que la préparation à la visite, dans un premier temps, et la poursuite de l’activité en classe, dans un troisième, sont des phases qui ont leur importance quand vient le temps de fréquenter un établissement comme celui de la rue Sherbrooke.

 

C’est donc avec cette perspective en tête que le Musée McCord conçoit son programme d’activités éducatives, mais aussi ses projets spéciaux mis au point en collaboration avec des commissions scolaires ou d’autres types d’organismes. Ces projets taillés sur mesure ont une portée plus longue et fonctionnent bien avec les classes du secondaire, se réjouit Mme Deveault. C’est souvent un ensemble de classes ou d’écoles montréalaises qui y participe, ce qui rend la sortie plus accessible pour les enseignants. « Il y a, au cours de ces projets, des ponts qui se créent entre différentes disciplines et compétences », ajoute la coordonnatrice. Les ressources disponibles en ligne en sortent aussi parfois mieux valorisées.

 

Tout au long de l’année, les futurs enseignants peuvent aussi se rendre au musée pour participer à l’activité « Dans les coulisses de l’éducation », qui permet d’explorer les différentes avenues pédagogiques offertes. Lancée l’an dernier telle une bouteille à la mer, de confier la chef de l’action éducative, elle a suscité un vif intérêt. « Dans le programme de formation de l’école québécoise, on recommande d’utiliser le musée, rappelle Mme Deveault. Mais si l’enseignant lui-même ne le fréquente pas et ne sait pas comment utiliser la ressource, je comprends très bien qu’il ne va pas avoir tendance à y emmener ses classes et voir à quel point ça peut compléter son enseignement et être un déclencheur pour ses situations d’apprentissage. Alors, on s’est dit qu’on allait travailler en amont. »

 

L’atelier de l’AQEUS intitulé « Le musée d’histoire du Canada et les musées comme outils d’enseignement » donnera aussi la parole à Lisa Leblanc, du Musée canadien des civilisations, et Jaqueline Celemenki, du Centre commémoratif de l’Holocause à Montréal.

 


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