Enseignement des arts - «Il faut ouvrir les jeunes à toutes les formes d’art»

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le comédien Marcel Sabourin, qui est aussi enseignant en scénarisation à l’Institut national de l’image et du son (INIS), croit que l’enseignement des arts doit d’abord servir à ce que chacun s’ouvre à la créativité qu’il a en lui
Photo: Historia Le comédien Marcel Sabourin, qui est aussi enseignant en scénarisation à l’Institut national de l’image et du son (INIS), croit que l’enseignement des arts doit d’abord servir à ce que chacun s’ouvre à la créativité qu’il a en lui

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On connaît tous Marcel Sabourin comme comédien, mais les gens du milieu artistique le connaissent aussi comme enseignant. Il participe cette année à un débat à l’occasion de la Semaine pour l’école publique, qui a pour thème « Une école en art ».


L’éducation est un volet central dans la vie de Marcel Sabourin. Jeune, il a été marqué par quelques bons professeurs jésuites et il enseigne lui-même depuis le début de sa carrière. Il est convaincu que c’est par l’éducation qu’on arrivera à un monde meilleur, qu’on s’ouvrira davantage aux autres cultures, qu’on appréciera les plus récentes connaissances scientifiques. Il croit aussi à l’enseignement des arts à l’école, à condition de laisser place à la créativité de chacun et d’éviter de faire comme on le faisait il y a un demi-siècle.

 

« En 50 ans, le monde a complètement changé, remarque Marcel Sabourin. Les professeurs qui ne s’en rendent pas compte passent à côté de quelque chose. Les gens âgés de plus de 50 ans ont vécu dans un régime totalitaire de la pensée. Il y avait peu de place pour laisser entrer de l’air. C’était un régime très efficace dans lequel, par exemple, Borduas perdait son job s’il disait quelque chose contre le pouvoir en place. »

 

Pour le comédien, Montaigne, Pascal, Verlaine, Rimbaud et les philosophes antiques, par exemple, ont écrit des oeuvres « de toute beauté ».

 

« Mais il reste qu’on nous obligeait à les lire ! Ce temps est révolu. Notre société, qui a failli être une théocratie, a vécu une évolution naturelle. Comme d’habitude dans ce genre de situation, la réaction a été exagérée. Nous avons pris tous les classiques et nous les avons “ crissés ” par-dessus bord pour créer des écoles nouvelles. L’école était sans balise, alors on n’allait pas y parler de Molière. La littérature est pleine de balises ! »

 

S’en sont suivis plusieurs changements successifs. Marcel Sabourin se souvient que ses quatre fils ont chacun appris à écrire d’une façon différente.

 

« C’était une vraie farce ! Maintenant, ça change moins, mais les humanités ont, je crois, un peu trop pris le bord », affirme celui qui a neuf petits-enfants, mais qui se garde bien de s’immiscer dans leur éducation.

 

L’art comme forme d’expression

 

Pour Marcel Sabourin, l’enseignement des arts doit d’abord servir à ce que chacun s’ouvre à la créativité qu’il a en lui. Celui qui enseigne toujours la scénarisation à l’Institut national de l’image et du son (INIS) est d’ailleurs fasciné par la créativité des jeunes d’aujourd’hui.

 

« Ils sont tellement plus créatifs que les jeunes d’il y a 40 ans ou ceux de ma génération, affirme Marcel Sabourin. Ceux que je vois à l’INIS et ceux que je voyais auparavant à l’École nationale de théâtre ont tous l’air d’un génie, comparativement à ce que nous étions. Nous arrivions en classe et il fallait tout faire bien, suivre les règles, le langage ; tout était compartimenté, étouffant. Aujourd’hui, les jeunes ont une abondance de créativité en eux. »

 

Comme enseignant, il croit qu’il faut encourager les jeunes à s’exprimer.

 

« Ils doivent d’abord mettre de la couleur, créer, expérimenter, avoir un fun noir ! Ensuite, on doit leur montrer qu’il existe un langage des couleurs. On doit leur donner des outils qui leur feront comprendre que l’école est plus intéressante que leurs amis et leur permettre de s’exprimer encore plus avec ces outils. Les jeunes doivent se rendre compte qu’ils auront encore plus de fun dans la vie grâce à ce qu’ils apprennent à l’école.»

 

Il ne faut pas évacuer l’enseignement des grands classiques pour autant, d’après Marcel Sabourin, mais il faut avoir des attentes réalistes.

 

« Le temps en classe est limité, l’argent aussi. On ne peut pas tout voir », affirme celui qui présente toujours une sélection de « bonnes vues » à ses étudiants de l’INIS à des fins d’analyse.

 

« L’important, c’est d’ouvrir les jeunes à l’ensemble des belles choses réalisées dans le domaine de la littérature, de la peinture, de la musique, de la philosophie. Il y a du bon de tous bords tous côtés, des choses merveilleuses qui se créent ici et ailleurs. Il faut donner un goût forcené aux jeunes d’apprendre le plus d’affaires possible, mais en ayant du fun. Apprendre ne devrait pas être vu comme un devoir envers la société ; on doit le faire pour soi-même. »

 

À la rencontre des arts

 

L’école sert aussi aujourd’hui à sortir les élèves pour les amener à la rencontre des arts. « Il faut faire attention, par contre, à ne pas amener les jeunes voir n’importe quoi, croit Marcel Sabourin. Il faut prendre en considération l’évolution du cerveau de l’enfant et ne pas lui montrer des oeuvres trop angoissantes qui l’empêcheront de dormir pendant des jours. De plus, si on trouve que l’époque contemporaine est foutue, on risque d’amener les enfants à voir des affaires épouvantables, alors que l’époque engendre aussi énormément de merveilles. »

 

Pour Marcel Sabourin, cette grande responsabilité de choisir les oeuvres à présenter aux jeunes ne devrait pas être laissée uniquement aux soins des enseignants. « Certains ont des goûts bizarres, d’autres sont de merveilleux mélomanes mais ne savent pas ce qu’est la littérature ! Il faut ouvrir les jeunes à toutes les formes d’art. »

 

Comme le temps est compté, des choix judicieux s’imposent. « Au théâtre, par exemple, il faut aller vers des pièces de qualité montées par des metteurs en scène de qualité. »

 

Il croit que nous devons faire découvrir aux jeunes des oeuvres appartenant à différentes époques.

 

« C’est bien de montrer des choses nouvelles, affirme-t-il, mais, de tout ce qui est nouveau, l’histoire de l’art en garde un millième. Après avoir eu du fun à s’exprimer à travers les couleurs, on peut amener les élèves à découvrir Picasso et Matisse, qui ont traversé l’épreuve du temps. Ensuite, on les emmène voir quelque chose des années 1990 qui a traversé à moitié l’épreuve du temps, puis quelque chose qui vient d’être créé.»

 

Marcel Sabourin est aussi convaincu de l’importance d’amener les jeunes à rencontrer des artistes dans le feu de l’action, qu’ils soient renommés ou pas.

 

« C’est bon de montrer ça pour actualiser l’art. Parce que l’important, ce n’est pas l’artiste. L’artiste, je m’en sacre ! Ce qui est important, c’est que, au contact des arts, chacune des 30 personnes d’une classe découvre la créativité qu’elle a à l’intérieur d’elle-même. »

1 commentaire
  • damien valinont - Inscrit 30 septembre 2013 06 h 11

    L'art une rareté ...

    Je partage entièrement l'avis de diffuser encore et encore cet envie et passion pour les arts. Et les arts quelqu'ils soient, car la notion d'art est bien vaste et concerne nombreux domaine. Qu'il s'agisse du cinéma, de la musique, peinture, sculpture, etc... J'ai l'impression que plus le temps passe plus les jeunes gens s'en désintéressent. Mais à qui la faute ? Un de mes meilleurs amis est français et sculpteur sur métaux et bois. Il a découvert cet passion par le travail chez un artisan http://www.atelier-couvreur.fr et peu à peu a remonté ses manches, pour passer indépendant et vivre de son art. Mais une telle volonté et passion reste rare, hélas.