La Nouvelle Compagnie théâtrale a donné à la jeunesse accès au théâtre

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Françoise Graton et Gilles Pelletier, deux des cofondateurs de la NCT
Photo: Alain Renaud - Archives Le Devoir Françoise Graton et Gilles Pelletier, deux des cofondateurs de la NCT

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation/Écoles publiques

En 1964, Françoise Graton, Gilles Pelletier et Georges Groulx fondent la Nouvelle Compagnie théâtrale (NCT), qui prendra en 1997 le même nom que le lieu où elle se produit : le Théâtre Denise-Pelletier. Ils deviennent ainsi des précurseurs et un phare dans la présentation aux élèves d’oeuvres théâtrales de premier plan. Encore aujourd’hui, environ 60 000 jeunes, en provenance de quelque 250 établissements scolaires, fréquentent annuellement ce lieu artistique. Échanges avec le couple Pelletier-Graton au sujet des arts et de l’école.

 

Au moment de la mise sur pied de la Nouvelle Compagnie théâtrale (NCT) en 1964, il est possible de brosser ce portrait succinct des trois membres fondateurs : Françoise Graton se présente comme la chef de file qui déniche le financement, Gilles Pelletier est le comédien auréolé du prestige de ses rôles dans des téléromans et Georges Groulx est considéré comme un metteur en scène hors du commun. Ils vivent une expérience unique en montant Iphigénie, de Racine : cela leur servira de tremplin pour pousser plus avant et consolider leur première expérience d’un théâtre destiné aux élèves.

 

L’un et l’autre racontent en long et en large les premiers pas de cette aventure, avant que Gilles Pelletier ne résume le concept de départ : « Françoise et moi avions la même conception de ce que devait être une compagnie de théâtre pour la jeunesse : on était persuadé qu’il n’y avait rien de trop beau ni de trop difficile pour les jeunes ; tout cela n’existe pas. Le difficile, ils le rejettent comme les adultes le font, mais il se trouve toujours certains d’entre eux qui éprouvent cette sorte de joie d’entrer dans un élément d’inconnu et de découvrir des choses. Nous étions tous les trois liés par l’amitié et mus par cet élan de faire ce qu’on pouvait faire de mieux pour ce public, il nous apparaissait impardonnable de faire cela n’importe comment ; la rigueur était de mise. »

 

Françoise Graton abonde dans ce sens : « Sur le plan des productions, on avait convenu de choisir les meilleurs décorateurs, les meilleurs dessinateurs de costumes, les meilleurs comédiens et les meilleurs textes. Nous nous sommes entourés de gens exceptionnels et on offrait aux jeunes ce qui nous apparaissait être ce qu’il y avait de mieux. »

 

Les jeunes sont choyés en raison de la variété des pièces retenues, qui appartiennent aussi bien au répertoire classique, moderne qu’étranger. Les auteurs québécois prennent la parole sur la scène : « Il y avait Gratien Gélinas et Marcel Dubé. Et il y a eu Tremblay aussi ; on les a tous joués et on a même monté Inespéré et inattendu, de Réjean Ducharme, relate le comédien. Toutes les grandes oeuvres qu’on jugeait importantes, et dans notre histoire et dans le développement de la culture, ont été présentées. »

 

L’école est acteur de formation

 

Un demi-siècle plus tard, la comédienne, survolant l’offre scolaire actuelle, dépose une évaluation plutôt positive de la situation : « Si je songe à [l’expérience vécue par] de jeunes enfants que je connais très bien, je découvre que l’école joue un rôle important dans le domaine des arts. Il y en a certaines qui sont axées sur la musique, comme Le Plateau et quelques autres. Aussi, l’Orchestre symphonique porte de son côté une attention particulière au public scolaire. Je me rends compte que les professeurs stimulent les élèves et que le gouvernement apporte beaucoup d’aide sur le plan des concerts et des expositions de peinture pour les jeunes. En théâtre, il y a plusieurs jeunes groupes qui se sont formés dans le sillage de la NCT. »

 

Car l’école fournit une éducation qui compte pour beaucoup dans l’intérêt que les élèves portent aux arts : « Il y a, dans ces établissements, des profs qui sont très engagés, et même certains de ceux qui enseignent l’éducation physique les accompagneront au théâtre par amour de cet art. »

 

Gilles Pelletier se penche par la suite sur le caractère artistique intrinsèque dont est porteur l’enfant : « Je dirais même que, au niveau de la maternelle, si on pense à la musique par exemple, on retrouve là du rythme, de l’harmonie et de la mesure. Un enfant est naturellement ouvert à cette forme d’art, tout comme à la danse. Celui-là même, quand il en sera rendu à aborder les mathématiques, possédera une notion de ce que sont la mesure et le rythme. En fait, tous les arts intéressent l’enfant, parce qu’il est par nature plus curieux qu’un adulte. »

 

Gilles Pelletier évoque l’histoire pour étoffer sa pensée : « Avant qu’on n’invente cette chose merveilleuse qu’est l’enseignement public, qui donne accès pour tout le monde à une certaine instruction, dans l’éducation des princes, eux qui étaient évidemment les grands favorisés de la société, il y avait beaucoup de sport et d’art. On touchait aux sciences après qu’on avait eu recours à un développement artistique et aussi physique. » Une telle méthode pédagogique ne peut être que bénéfique, d’autant plus qu’elle est maintenant à la portée de toutes les bourses.

 

L’enfant, le théâtre et le jeu

 

« Il est important de stimuler l’être humain avant qu’il ne soit pris dans des moules », renchérit le comédien, qui fait appel à son expérience théâtrale pour témoigner de l’ouverture d’esprit dont faisait preuve à la NCT un jeune public, car ce public se montrait réceptif à l’écoute de pièces dédiées aux adultes : « Ils s’identifiaient à des personnages et à des situations qu’ils ne connaîtraient sans doute jamais dans leur vie mais qui les touchaient. Pour eux, le théâtre était beaucoup plus accessible que pour un homme approchant de la cinquantaine qui a travaillé toute sa vie dans un bureau, lui qui est moulé par des habitudes liées à sa situation sociale et par sa course à la fortune. »

 

Sans oublier que l’enfant plus ou moins jeune fait appel à une imagination dont il a besoin : « Ce sont les jeux de l’enfant ! D’ailleurs, le théâtre, c’est de jouer ; la comédie, c’est un jeu : je suis le bon et tu es le mauvais. Les enfants font du théâtre continuellement. »

 

Et madame Graton démontre l’intérêt suscité chez les jeunes au fil des représentations : « On a même découvert que, dans les écoles de théâtre de niveau collégial et autres, ils utilisaient en audition, pour y être admis, des extraits de textes tirés de pièces qu’ils avaient vues à cette NCT devenue le Théâtre Denise-Pelletier. 

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