Formation continue en région - Le Québec est-il en voie de manquer le bateau?

Alors que les cégeps des régions se cherchent un nouveau souffle, la formation technique dédiée aux moins jeunes apparaît aujourd’hui comme une avenue incontournable. Pourtant, son plein déploiement est entravé, nous dit la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC).
 

 

« En région, actuellement, nous dit Bernard Bérubé, la population étudiante décroît, et de façon très importante à certains endroits. Même si, pour la formation collégiale, le bassin de recrutement principal demeure la population étudiante régulière, on se tourne de plus en plus vers la population adulte, parce qu’elle vit parfois un chômage important ou parce que des virages technologiques la poussent vers de nouveaux créneaux de création d’emplois. À ce moment-là, on a besoin de former du personnel. »

 

Qui plus est, des centaines de milliers de postes, bientôt disponibles en raison notamment de départs à la retraite, resteront à combler au Québec dans les prochaines années, estime-t-il. « En très grande majorité, ce sont des emplois qui requièrent des techniciens, et l’endroit pour les former, c’est dans les collèges. »

 

Le Québec a donc besoin de nouveaux techniciens, au moment même où la formation continue est devenue, pour certains cégeps de région, la principale voie de développement. « Et, d’ici quelques années, elle deviendra possiblement le créneau principal assurant leur viabilité et leur vitalité, anticipe M. Bérubé. Ce n’est pas pour rien si des cégeps comme ceux de Matane, Gaspé, Baie- Comeau et Sept-Îles développent beaucoup leurs services de formation continue. »

 

Il y a donc urgence d’agir pour la FPPC, qui est affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et regroupe environ 300 professionnels, en majorité des conseillers pédagogiques, qui contribuent à la mise sur pied des programmes et aux grandes orientations.

 

Selon M. Bérubé, ces services peuvent constituer d’importants pôles de développement économique, malheureusement sous-estimés tant dans l’appareil bureaucratique qu’à l’intérieur même de certains collèges, où l’on associe parfois - à tort - la formation continue à une formation de moindre qualité. « Contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas en faisant travailler les gens cinq, six ou sept heures de plus qu’on va hausser la productivité, affirme-t-il. Les deux facteurs les plus importants pour l’augmenter, et ça, toutes les études le disent, c’est un haut niveau de technologie et un niveau de formation suffisant pour le personnel. Je pense que la formation continue répond tout à fait à ça, mais encore faut-il lui donner le financement dont elle a besoin. Et ça va être très rentable. »

 

Car c’est surtout là que le bât blesse, selon la FPPC : la formule de financement retenue depuis les années 1990 serait inadéquate. « Contrairement aux universités et aux commissions scolaires, les enveloppes gouvernementales dédiées à la formation continue dans les collèges sont de type fermé. Je m’explique : on doit mettre sur pied une formation à partir des critères a, b, c, d, e, point à la ligne. On ne peut pas faire de transfert. Un exemple très simple : on aurait deux programmes dans un même collège, et le seuil décidé par le ministère de l’Éducation pour lancer chacun d’eux serait de 25 étudiants. On ne pourrait pas, dans un tel cas, lancer une formation avec seulement 18 étudiants inscrits et une autre avec 32, pour un total de 50. » C’est ce qu’on entend par « enveloppe fermée », explique M. Bérubé.

 

Cette formule empêche souvent certains cégeps d’offrir de nouvelles attestations d’études collégiales (AEC), dont les détenteurs présentent un très haut taux de placement (84,6 % en 2009). Depuis plusieurs années, sa fédération - et il y a « unanimité » dans le milieu collégial, affirme-t-il - réclame une révision de la formule de financement qui devrait mener à l’adoption de critères plus souples.

 

Un autre problème majeur concerne l’accessibilité. Pour entrer en formation continue au collégial, il faut généralement s’inscrire à un programme, et souvent de jour à temps plein, déplore M. Bérubé.

 

La FPPC demande de mieux intégrer les adultes en facilitant leur inscription à temps partiel et une meilleure reconnaissance de leurs acquis.

 

Situation critique

 

« La formation continue apparaît comme la clé du succès tant pour les individus que pour les entreprises, et ce, dans de nombreux secteurs d’activité. Les cégeps ne peuvent rater ce rendez-vous historique », signalaient trois conseillères pédagogiques au collégial, dans un bulletin interne de la FPPC publié en octobre 2010. On comprend que Bernard Bérubé partage toujours cet avis trois automnes plus tard : « Oui, et je vous dirais que c’est vraiment critique. Si on ne fait rien dans les mois ou l’année qui vient, à un moment donné, on va rater le bateau. […] Écoutez, il y a de grandes entreprises comme Rio Tinto qui vont recruter maintenant des techniciens à l’étranger parce qu’on n’en forme pas assez ici ! »

 

« Il n’y a qu’au Québec actuellement où on restreint la formation continue. C’est absolument hallucinant, ça n’a strictement pas d’allure », ajoute d’ailleurs M. Bérubé.