Éducation permanente - On voyait grand au temps du rapport Parent

La formation continue avait la cote durant la Révolution tranquille. Mais son soutien s’est essoufflé, avant de reprendre des plumes seulement du côté de la formation liée à l’emploi. Bilan avec Paul Bélanger, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche et développement sur l’éducation permanente (CIRDEP).

 

Au Québec comme ailleurs dans le monde, les années 1960 sont marquées par une grande prise de conscience en matière de formation continue. Quand vient le temps de faire des bilans, « on oublie souvent l’effervescence entre 1960 et 1980, qui était extraordinaire », souligne Paul Bélanger, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM.

 

Durant ces années, les Québécois sont particulièrement sensibilisés. Du 21 au 31 août 1960, la deuxième Conférence mondiale sur l’éducation des adultes de l’UNESCO se déroule à Montréal. Dans le cadre de ses résolutions, la Conférence affirme que « le devoir des gouvernements est de créer les conditions financières et administratives les plus favorables à la poursuite de l’éducation des adultes ».

 

L’année suivante, le gouvernement Lesage met en place le Comité d’étude sur l’éducation des adultes, piloté par Claude Ryan. Il en découle un rapport, dont les conclusions sont ensuite entérinées par le rapport Parent. En 1966, le gouvernement québécois fonde la Direction générale de l’éducation des adultes (DGEP) et place à sa tête Fernand Jolicoeur, ancien directeur du service d’éducation de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

 

À partir de 1967, l’opération DÉPART lance un vaste recensement des ressources éducatives du Québec pour mieux cibler les besoins en matière de formation continue. Dans la foulée, les commissions scolaires ouvrent des services d’éducation des adultes. Les Services éducatifs d’aide personnelle et d’animation communautaire (SEAPAC) sont instaurés dans les cégeps. L’Université de Montréal transforme en 1968 son Service de l’extension de l’enseignement en Service d’éducation permanente, qu’il remplace en 1975 par une Faculté d’éducation permanente (FEP) plus autonome. C’est aussi en vertu de cet engouement que le gouvernement fonde en 1969 la station de télévision éducative Radio-Québec.

 

L’éveil est aussi puissant à l’échelle de la planète. Au début des années 1970, deux documents majeurs sont publiés : le rapport Apprendre à être, de l’UNESCO, en 1972, et le rapport de l’OCDE intitulé Éducation récurrente -Une stratégie pour l’apprentissage tout au long de la vie.

 

Un long silence

 

Mais la deuxième crise pétrolière, qui débute en 1978, et la crise économique au début des années 1980 viennent freiner le mouvement. « Puis, il y a eu un silence au niveau international jusqu’au début des années 1990 », raconte Paul Bélanger. Ce dernier n’hésite pas à faire une comparaison avec les préoccupations écologiques, qui sont au même moment reléguées au second plan. Au Québec, la situation est similaire. Pourtant, le gouvernement du Québec crée en 1980 la Commission d’étude sur la formation des adultes. Présidée par Michèle Jean, elle dépose un rapport final en 1982 et suggère la mise en place d’une « politique globale de l’éducation des adultes ». Mais le Québec s’embourbe dans la récession et le gouvernement amorce des compressions dans les finances publiques. Les recommandations du rapport Jean sont à peine prises en considération.

 

Il faut attendre le milieu des années 1990 pour assister à un nouvel élan. En 1995, le gouvernement adopte la Loi favorisant le développement de la formation de la main-d’oeuvre, surnommée la « loi du 1 % ».

 

« Cette loi a été très importante », assure M. Bélanger. Chaque employeur possédant une masse salariale au-dessus de 500 000 $ est tenu de consacrer 1 % de celle-ci à la formation de ses employés : une véritable culture de la formation continue s’est instaurée depuis dans le marché du travail québécois.

 

« Le Québec est très avancé dans la formation en entreprise. On a fait des gains importants et on a repris le retard par rapport au reste du Canada », constate M. Bélanger. Par contre, il déplore toujours que les formations offertes dans les centres d’étude professionnels et les cégeps puissent difficilement être suivies à temps partiel. « Au cégep, si on est à temps partiel, c’est payant. Et si on est à temps plein, c’est gratuit. Ça n’a pas de bon sens. »

 

Le grand défi aujourd’hui consiste à donner un « appui aux individus qui, au cours de leur parcours professionnel, veulent faire des transitions ou se préparer à une transition ». Il s’agit d’un investissement essentiel pour l’avenir économique de notre pays, assure Paul Bélanger, qui lie cet enjeu à celui du réveil manufacturier et du boom minier. En 2002, la recommandation-phare du rapport Jean se concrétise enfin. Le gouvernement met en place sa Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue. Mais cette politique exclut l’éducation populaire, et le plan d’action qui l’accompagne n’est pas renouvelé en 2007 comme c’était d’abord prévu.

 

Paul Bélanger se désole que, désormais, la formation continue « évolue dans une orientation unidimensionnelle liée à l’emploi » et occulte toutes les autres sphères de la vie des adultes. « La France est tombée dans le même piège que le Québec. Mais ce n’est pas le cas de l’Allemagne, où on compte près de 1000 hautes écoles populaires. Il y a environ 10 millions d’Allemands qui, chaque année, participent à toutes sortes de formations dans le domaine de la santé, des langues secondes, de l’informatique, de l’alimentation saine, etc. » En Europe du Nord et en Grande-Bretagne aussi, les cercles d’études communautaires demeurent plus vastes et plus solides.

 

« Au Québec, l’éducation tout au long de la vie, à moins d’être riche, ça s’arrête à 65 ans, s’insurge M. Bélanger. La castration intellectuelle de cette population est inacceptable. » Il croit que notre société ne peut pas se permettre d’éviter d’investir dans cette portion grandissante de la population.

 

« Toutes nos recherches au niveau international démontrent que la participation des adultes aux activités culturelles et éducatives renforce leur autonomie et leur capacité d’action, diminue les frais de santé et accroît leur contribution à la société. »

 

M. Bélanger croit que le Québec devrait s’inspirer à nouveau de l’engouement de la Révolution tranquille. « Le rapport Parent avait cette vision large, cette vision de la polyvalence dans la demande éducative de la population adulte. Il a créé des précédents majeurs dans la formation initiale des jeunes, mais, malheureusement, à cause de la crise économique, la partie sur l’éducation des adultes n’a pas suivi », observe-t-il.

 

 

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