Nouveaux programmes, pédagogie renouvelée et classes mixtes!

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, est fier de ce que le cégep a pu accomplir depuis sa création, à la suite du dépôt du rapport de la commission Parent. Et, aujourd’hui, il envisage même ce que sera le cégep de demain.

 

« Nous pouvons dire que c’est mission accomplie en ce qui concerne les grands objectifs visés par la commission Parent, souligne Jean Beauchesne. Un de ces objectifs était de hausser l’accessibilité aux études supérieures, et le cégep à cet égard a bien réussi car, aujourd’hui, le taux d’inscription au cégep est de 72 % et le taux de diplomation est de 67 %. »

 

Autre objectif visé par la commission Parent : améliorer la qualité de l’enseignement, en particulier dans le secteur professionnel et technique. « Avant la création du cégep, l’enseignement professionnel dans les instituts techniques était de qualité variable. Aujourd’hui, grâce au cégep, les étudiants, peu importe où ils se trouvent, reçoivent une formation de qualité égale. De plus, nous avons bonifié l’offre, puisque le réseau des cégeps compte présentement 130 programmes de formation technique. »

 

Il est clair à ses yeux que le cégep favorise une meilleure transition vers l’université, ce que visait aussi la commission Parent. « Les jeunes ont hâte de partir du secondaire, et, à leur arrivée au cégep, c’est une occasion pour eux de se refaire en neuf et de bien choisir leur vocation future. Et la souplesse du cégep le permet. À preuve, un étudiant sur trois change de programme en cours de route. »

 

S’adapter à la clientèle

 

Tout au long de son existence, le cégep a su s’adapter à une nouvelle clientèle, une clientèle qui n’était pas prévue à l’époque de la commission Parent. « D’abord, le parcours traditionnel du secondaire au cégep puis à l’université n’est plus la norme. Les parcours sont aujourd’hui plus longs et plus sinueux. Ensuite, une nouvelle clientèle est apparue, celle des adultes qui souvent doivent concilier le travail et les études, celle des familles monoparentales, celle des étudiants avec des besoins particuliers. Et nous avons réussi à adapter nos services afin de tenir compte de cette nouvelle réalité. »

 

Et, aujourd’hui, une nouvelle clientèle, issue des communautés culturelles, a fait son entrée en scène. « Le cégep est appelé à devenir de plus en plus multiculturel. C’est déjà le cas dans certains cégeps en milieu urbain, en particulier à Montréal. Et je pense que, en région, le cégep deviendra un pôle d’attraction pour les nouveaux arrivants. De plus, comme nous voulons augmenter le nombre d’étudiants étrangers, il va de soi que la clientèle du cégep sera à l’avenir davantage diversifiée. »

 

Jean Beauchesne prévoit que les collaborations entre les établissements d’enseignement sont appelées à croître, et pas seulement entre les cégeps, mais aussi entre les cégeps et les universités. « Il n’est pas question ici de s’immiscer dans les affaires des universités, elles ont leur rôle spécifique et leur importance, mais je crois que certaines collaborations sont possibles et même souhaitables. »

 

Il donne en exemple l’Université du Québec à Chicoutimi, qui a choisi de se construire un immeuble à Sept-Îles, tout à côté du cégep. « Cela donne un campus à la fois universitaire et collégial et renforce la collaboration entre les deux établissements. De plus, il n’est plus nécessaire que les universités aient une présence physique lorsqu’elles veulent rejoindre des étudiants en région. Elles peuvent tout simplement profiter des ressources matérielles du cégep. »

 

Cégep virtuel

 

Les technologies de l’information et des communications ont fait fondre les distances et, selon Jean Beauchesne, le cégep deviendra à l’avenir de plus en plus virtuel.

 

« Il y a bien sûr l’enseignement à distance, celui que l’étudiant reçoit assis devant son ordinateur à la maison. Nous travaillons à développer ce genre d’apprentissage, et le mandat national à ce sujet a été confié au cégep de Rosemont. Mais nous pouvons aller encore plus loin et nous commençons déjà à le faire. Je parle ici de la présence virtuelle en classe d’étudiants. Par exemple, si vous avez une cohorte de 15 étudiants à Rimouski, il est aujourd’hui possible, grâce à la technologie, de rajouter à cette cohorte des étudiants qui, eux, sont à Matane. Leur présence en classe est assurée par un écran et ils suivent le cours en temps réel de la même façon que les étudiants qui sont physiquement sur les lieux. Ce genre de modèle d’enseignement est appelé à se développer. »

 

Davantage de science

 

Il souhaite aussi que la science, et en particulier la recherche scientifique, occupe une plus grande place dans le cégep de demain. Grâce aux centres collégiaux de transfert technologique (CCTT), il se fait déjà beaucoup de recherche scientifique au niveau du cégep, mais c’est surtout de la recherche appliquée et souvent en lien avec les besoins technologiques des entreprises.

 

« Évidemment, les CCTT continueront à se développer. Mais, ce que nous devons développer au cégep, c’est la recherche hors CCTT, la recherche que peuvent faire à titre personnel nos professeurs. Aujourd’hui, près de 40 % de nos professeurs sont détenteurs d’une maîtrise ou d’un doctorat. Ils sont donc outillés pour faire de la recherche scientifique dans leur domaine d’expertise. Malheureusement, la situation actuelle ne les encourage pas. Pour favoriser cette recherche scientifique, il faudrait plutôt inclure dans leurs tâches un temps voué à leur activité de recherche. On viendrait ainsi créer au niveau collégial un statut d’enseignant-chercheur. »


Collaborateur