Cégep - La commission Parent instaure un nécessaire niveau scolaire

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’instauration des cégeps a permis de valoriser l’enseignement supérieur et d’augmenter le nombre de diplômés postsecondaires.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’instauration des cégeps a permis de valoriser l’enseignement supérieur et d’augmenter le nombre de diplômés postsecondaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation – rapport Parent

Le cégep, acronyme de « collège d’enseignement général et professionnel », a vu le jour en 1967, à la suite du dépôt en 1963 du rapport de la commission Parent. Quels étaient les objectifs visés par les commissaires lorsqu’ils ont suggéré ainsi la création de ce nouvel échelon scolaire, typiquement québécois et inédit ailleurs ? Et, 50 ans plus tard, le cégep a-t-il tenu ses promesses ?

 

Il faut d’abord se remettre dans le contexte de l’époque antérieure à la commission Parent. L’enseignement postsecondaire au Québec prend plusieurs allures. Il y a d’abord le collège classique, sous la responsabilité des communautés religieuses, qui combine l’enseignement secondaire et la préparation aux études supérieures. Mais il demeure peu accessible, sauf pour l’élite. Plus accessibles sont les collèges professionnels, comme les collèges commerciaux et les écoles d’infirmières, dont la responsabilité incombe aux communautés religieuses mais aussi à plusieurs ministères ou organisations gouvernementales. Dans ce dernier cas, l’enseignement postsecondaire prend des allures de fouillis et son offre est peu attrayante.

 

« C’est l’une des raisons pour lesquelles, en 1951, six Québécois sur dix ont une scolarité inférieure à une neuvième année. De plus, seulement 1,9 % de la population détient un diplôme universitaire, soit un minimum de 17 ans de scolarité, explique Nicole Boutin, ex-présidente, de 2006 à 2011, du Conseil supérieur de l’éducation. Nous étions la pire province au Canada. Et cela, à une époque où les pays occidentaux découvrent que l’éducation est un important levier de développement et de prospérité. »

 

Les objectifs de la commission Parent

 

Selon Nicole Boutin, la création du cégep s’inscrit pleinement dans les objectifs visés par la commission Parent. « Le premier objectif était évidemment de rehausser le taux de scolarisation au Québec. Un second objectif recherché avec la création du cégep était d’uniformiser l’accès à l’université et aux études supérieures. »

 

Les commissaires voulaient aussi, en proposant ce nouveau niveau scolaire, favoriser l’accessibilité à l’enseignement postsecondaire. « Deux mesures ont grandement favorisé l’accessibilité au cégep : d’une part, l’absence de droits de scolarité et, d’autre part, l’architecture du réseau, qui se déploie dans toutes les régions du Québec et garantit l’accessibilité territoriale. » Les commissaires ont aussi opté pour une approche favorisant la polyvalence. « Les commissaires souhaitaient offrir, avec le cégep, un enseignement de qualité mais aussi une éducation polyvalente, d’où l’idée de réunir sous un même toit l’enseignement général et l’enseignement professionnel et technique. »

 

De plus, les commissaires ont été novateurs en demandant au cégep de répondre aux besoins particuliers des élèves de cette tranche d’âge. « Les commissaires avaient compris que prolonger le secondaire entraînerait une perte de motivation chez les élèves, mais ils avaient aussi constaté que ces derniers n’étaient pas encore tout à fait prêts pour entrer à l’université. Ensuite, ils avaient saisi qu’il était normal pour des élèves âgés de 17, 18 ou 19 ans de ne pas savoir exactement quel métier ou profession ils voudraient exercer plus tard. L’orientation est un élément important au cégep et la polyvalence du cégep permet aux étudiants de trouver la formation qui leur convient le mieux. »

 

Pari tenu?

 

Selon Nicole Boutin, le constat qu’on doit faire aujourd’hui au sujet du réseau actuel des cégeps est qu’il a été capable « non seulement d’assumer les responsabilités qu’on lui avait confiées lors de sa création, mais qu’il a réussi au fil des ans à relever de nombreux nouveaux défis. Il a réussi à valoriser l’enseignement supérieur et à considérablement augmenter le nombre de diplômés postsecondaires. »

 

De plus, le cégep a su s’adapter à de nouvelles réalités. « Le cégep a constamment mis à jour ses programmes afin de suivre l’évolution des savoirs. Ces formations techniques se sont bien adaptées aux besoins toujours changeants du marché du travail. Aussi, la souplesse dont fait preuve le cégep lui a aussi permis de s’adapter aux nouveaux besoins de sa clientèle. Il a mis en place des mécanismes de reddition de comptes qui ont fait en sorte qu’on ne doute pas de l’efficacité de sa gestion. C’est une entité qui sait ce qu’elle est, qui comprend ce qu’elle fait et qui a conservé sa capacité de s’ajuster. » Une entité qui, selon elle, n’a pas perdu sa pertinence et demeure un élément-clé du système scolaire au Québec.

 

Avantage québécois?

 

La présence du réseau des cégeps confère-t-elle de nets avantages aux étudiants québécois et à la société québécoise dans son ensemble, par rapport à ce qui se fait chez les voisins immédiats du Québec ? « Le premier avantage et le plus évident est l’accessibilité à la fois financière et territoriale au cégep. Ailleurs, il est plus coûteux et plus difficile d’accéder au niveau collégial. »

 

Le deuxième avantage lui apparaît être celui de la souplesse. « La polyvalence des cégeps leur permet une grande capacité d’adaptation. Elle permet aussi de mieux orienter l’étudiant dans son parcours, puisque ce dernier est moins rigide que ce qu’on trouve ailleurs. Le cégep offre à l’étudiant davantage de mobilité et de flexibilité. »

 

Elle constate aussi que le cégep constitue une communauté de savoir bien ancrée dans sa collectivité. « Cela est particulièrement important en région, notamment là où il n’y a pas d’établissement universitaire. À ces endroits, le cégep devient un important pôle de savoir, de culture et de technologie. Il forme certes les étudiants, mais il apporte aussi un soutien à la collectivité. » Elle n’hésite pas à qualifier le cégep « d’innovation sociale avant la lettre, car les commissaires de la commission Parent, en proposant la création du cégep, ont fait montre d’innovation sociale, bien avant que soit cernée la définition précise d’une innovation sociale. »

 


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