Professeurs - Le Québec est sur la bonne voie

Assïa Kettani Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation – rapport Parent

Cinquante ans après le tournant décisif qu’a constitué le rapport Parent, l’université québécoise connaît aujourd’hui un nouveau souffle grâce au Sommet sur l’enseignement supérieur, estime Michel Umbriaco, professeur à la TELUQ et président du Comité sur le financement des universités de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU).

 

Même si les changements en cours dans le système universitaire québécois ne sont pas aussi vastes que ceux qui avaient été mis en branle par le rapport Parent, Michel Umbriaco se réjouit du brassage d’idées dans lequel se trouve plongé le milieu de l’enseignement supérieur. Il se dit en effet « très content des résultats du Sommet », estimant que les cinq grands chantiers qui y ont été créés - relatifs à une loi-cadre des universités, à un Conseil national des universités (CNU), à l’offre de formation collégiale, à la politique de financement des universités et à l’aide financière aux études - sont « un acte important ».

 

Alors que, au cours de la dernière décennie, le dialogue avait été rompu, notamment à cause « des façons de faire de certains, notamment la CREPUQ, qui se considéraient à tort comme des patrons de l’université », le Sommet a permis de « rétablir le dialogue, de mettre en contexte et de proposer une série de changements importants sur le système universitaire au Québec ». La FQPPU a ainsi accueilli favorablement le rapport de Claude Corbo sur le Conseil national des universités, ainsi que les recommandations centrales du rapport Bissonnette-Porter. À l’image de l’impulsion donnée par le rapport Parent à l’époque, il est désormais temps de se demander « quelle sorte d’université nous voulons à l’avenir et quel développement scientifique nous allons privilégier ».

 

Sortie de crise

 

Aujourd’hui, Michel Umbriaco estime que l’université québécoise est sur le point de tourner une page de son histoire : « La crise est derrière nous si on arrive à y répondre. » En effet, même si des attentes ont été créées, les grands ajustements restent à faire, à l’exemple du CNU, qui n’a pas vu le jour, ou encore des modifications au financement des universités qui doivent être apportées. « Il y a eu des dérives importantes du système universitaire liées au sous-financement chronique universitaire », rappelle-t-il.

 

Pour y remédier, il estime que trois choses doivent changer. Il cite premièrement « l’approche des universités ». Critiquant sévèrement la place du marketing dans le système, il rappelle que « les universités ne sont pas des entreprises comme les autres et ne doivent donc pas avoir une organisation comme les autres. Les recteurs ne sont pas des patrons qui gèrent leurs employés et les étudiants ne sont pas des clients. L’université est plutôt une communauté, une collégialité. »

 

Cette approche influence les calculs de financement des universités, qui sont encore aujourd’hui établis en fonction du nombre d’étudiants inscrits dans chaque établissement. « Cela induit forcément une compétition et des comportements axés sur le marketing. Il faut changer les paramètres de la formule et répartir autrement l’argent pour arriver à une situation plus saine. »

 

Le deuxième aspect à changer concerne les partenariats. L’absence d’un financement adéquat a donné lieu, selon Michel Umbriaco, à la mise en place d’un « trop grand nombre de collaborations malheureuses et à des partenariats mal pensés, avec des sous-centres qui n’avaient pas de raison d’être ». La solution proposée consisterait à multiplier les partenariats entre les universités afin de développer les collaborations étroites. L’objectif serait que plusieurs universités joignent leurs forces pour créer des programmes communs. « Ce qui se fait pour le doctorat en informatique de l’Université de Montréal, par exemple, qui réunit trois ou quatre universités », ne se fait pas assez. « Cela permettrait d’améliorer la qualité de l’enseignement, à condition d’éviter le piège de la compétition. On économiserait ainsi des coûts importants qui pourraient être réinvestis ailleurs. »

 

Un autre dossier défendu de longue date par la FQPPU est celui des fonds d’immobilisations des universités, « qui sont sous-financés depuis près de 10 ans ». En effet, alors que les budgets immobiliers sont insuffisants pour accueillir de nouveaux étudiants et agrandir les lieux, le nombre d’inscriptions ne cesse d’augmenter. « Au cours des cinq dernières années, le nombre des nouveaux inscrits pourrait remplir deux fois l’Université de Montréal. » Et rien, à l’avenir, ne laisse prévoir un renversement de la tendance : « On ne voit venir aucune baisse des inscriptions étudiantes. Il faut donc pouvoir accueillir cette clientèle. »

 

Pour pallier ce sous-financement, l’argent nécessaire est puisé dans d’autres fonds, ce qui prive l’enseignement d’un budget de fonctionnement pourtant essentiel. Une des solutions possibles, selon Michel Umbriaco, pourrait passer par la formation à distance.

 

Alors que le gouvernement a annoncé que 1,8 milliard de dollars seraient injectés dans l’enseignement supérieur et que 1000 nouveaux postes d’enseignant seraient créés, Michel Umbriaco rappelle que ce n’est qu’à ce prix que le milieu universitaire pourra redresser la barre. « Nous espérons tous voir ces promesses se concrétiser : c’est la base pour nous permettre de répondre à notre mission. Il faut donner les moyens de l’accessibilité à tous les Québécois qui ont les moyens intellectuels de le faire. »

 


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