Pédagogie - Entre enjeux complexes et technologie, l’école d’aujourd’hui

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
L’omniprésence des écrans dans la vie des enfants est un des enjeux avec lesquels les pédagogues doivent composer.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’omniprésence des écrans dans la vie des enfants est un des enjeux avec lesquels les pédagogues doivent composer.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les enfants d’aujourd’hui évoluent dans un environnement bien différent de celui que décrit le rapport Parent. Ils ont changé, leurs enseignants ont changé et ce qu’on attend de l’école a changé aussi.

 

Ne se contentant plus d’enseigner du « par-coeur » sur fond de tableau noir, l’école d’aujourd’hui doit maintenant naviguer au milieu d’enjeux complexes : intimidation, difficultés de comportement, omniprésence des écrans dans la vie des enfants. France Capuano et Simon Collin, tous les deux professeurs à l’UQAM, étudient la façon dont l’école adapte son enseignement aux réalités qui l’entourent.

 

Prévenir l’intimidation dès la maternelle

 

La lutte contre l’intimidation est partout et elle commence dès le préscolaire, par l’enseignement d’habiletés sociales. « On attend de l’enfant à la maternelle qu’il montre des attitudes pour établir des interactions positives, explique France Capuano, professeure au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM. Ces attitudes ne sont pas innées, elles sont acquises. »

 

Dès les années 80, les recherches ont démontré que les enfants qui présentaient des comportements agressifs avaient des problèmes d’habiletés sociales. Plusieurs programmes ont été développés au courant des années 90 afin de miser sur les habiletés à développer chez ces enfants. Dès la maternelle, on essaie ainsi de leur apprendre à entrer en contact avec l’autre et à savoir décoder ses émotions. « Depuis les dernières années, par contre, on vise de plus en plus tous les enfants d’un groupe, afin de créer un climat de classe positif et de donner des outils à chaque enfant. » Chez certains enfants timides, continue France Capuano, ces programmes les aident à développer les aptitudes qui permettent de tisser des liens.

 

Si on vise tous les enfants d’une classe dans l’enseignement des habiletés sociales, c’est aussi parce que la littérature scientifique tend à démontrer que l’intimidation ne touche pas seulement l’agresseur et sa victime, mais le groupe en entier. « Les enfants participent parfois aux dynamiques d’intimidation parce qu’ils s’ennuient, qu’ils trouvent que c’est drôle ou qu’ils ne veulent pas être victimes, dit la professeure de l’UQAM. Ces programmes visent à leur faire comprendre l’impact de leurs gestes. »

 

Mais n’est-ce pas le rôle des parents que d’apprendre à leurs enfants ces habiletés à vivre en société ? « Oui, les parents ont un rôle à jouer avant l’entrée à l’école, mais nous développons nos habiletés sociales tout au long de notre vie », avance France Capuano. Les différents programmes en place dans les écoles travaillent main dans la main avec certains parents, surtout dans les cas où les enfants ont des problèmes de comportement. « Le développement des habiletés sociales, la gestion des problèmes et des émotions nécessitent beaucoup d’encadrement de la part des parents comme des enseignants », résume la professeure.

 

Omniprésente technologie

 

S’il y a un autre élément avec lequel les enseignants n’avaient pas à composer il y a 50 ans, c’est celui de l’omniprésence de la technologie. Elle est partout dans la vie des jeunes et se trouve maintenant dans bon nombre d’écoles. « Les technologies ont changé nos activités et nos pratiques », confirme Simon Collin, professeur au Département des didactiques des langues de l’UQAM. « Mais elles sont beaucoup plus présentes dans le contexte socioculturel que dans le contexte scolaire. »

 

Oui, les outils technologiques sont entrés en classe et l’enrichissent, mais ils n’ont pas encore transformé la manière d’enseigner comme ils ont transformé nos rapports personnels, croit celui qui s’intéresse au transfert des usages technologiques entre les sphères scolaire et sociale. Est-ce à dire que l’école a du retard face aux nouvelles technologies ? « L’école a du mal à prendre en charge certains aspects des technologies, qui sont porteuses d’une culture chez les jeunes. »

 

En fait, l’école enseigne encore d’une manière très « formalisée » : en groupe, tous dans la même trajectoire, avec un leader. Les jeunes, de leur côté, sont maintenant plus enclins à apprendre en réseau, par les pairs. « Les modèles d’apprentissage sont différents et c’est ce qui explique en partie l’écart entre les deux univers », avance Simon Collin.

 

Nécessaire méthodologie

 

Autre différence majeure entre les jeunes et leur milieu scolaire : alors que l’école fonctionne sur le mode disciplinaire en enseignant par matière, les nouvelles technologies apprennent plutôt aux jeunes à développer des compétences méthodologiques. « Il y a un déplacement de l’attention, qui est moins sur la manière de retenir l’information que sur la manière d’aller la chercher », résume le professeur Simon Collin.

 

Apprendre de mémoire ne semble plus pertinent chez les jeunes générations, puisque l’information est disponible partout, en tout temps. Les technologies, pour l’instant, ont donc surtout modifié la façon d’apprendre des élèves, plutôt que la manière d’enseigner. « On néglige peut-être l’importance de l’apprentissage méthodologique dans nos écoles », ajoute-t-il.

 

L’expert de l’UQAM met néanmoins en garde contre la tentation de faire entrer les nouvelles technologies à tout prix dans les classes. « La littérature scientifique montre que les jeunes ne sont pas tous égaux face aux technologies, ils ont des dispositions variables face à celles-ci. Il faut donc faire attention et développer un rapport éducatif aux technologies. Cela devrait être le mandat de l’école. »

 


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