Baisse salariale en vue pour les professeurs de cégep

Des 600 catégories d’emplois dans les secteurs public et parapublic, les enseignants au cégep ont été la seule catégorie à subir une dévaluation, a indiqué Micheline Thibodeau, responsable du regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN)
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des 600 catégories d’emplois dans les secteurs public et parapublic, les enseignants au cégep ont été la seule catégorie à subir une dévaluation, a indiqué Micheline Thibodeau, responsable du regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN)

Les profs de cégep perdent du galon. Le Conseil du trésor a réévalué leurs tâches et leur offre désormais un salaire moindre que les enseignants au préscolaire, au primaire et au secondaire. La Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN) a déjà voté pour des moyens de pression afin de faire reculer le gouvernement.

« Je peux vous dire que les enseignants sont en colère », a déclaré au Devoir, Micheline Thibodeau, responsable du regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN), qui représente plus des trois quarts des profs de cégep.  


En clair : cette réévaluation, qui les a déclassés d’un rang (de la 22e à la 21e place), baisse de 5 % leur salaire (ce qui correspondrait à trois à quatre semaines de salaire). Elle ne permet plus aux enseignants des collèges de faire reconnaître une maîtrise ou un doctorat. « On ne comprend pas l’attitude du gouvernement. Il a formé un ministère de l’Enseignement supérieur, il a reconnu le collégial, mais le Conseil du trésor vient maintenant nous dire qu’on est en deçà des profs de maternelle », a lancé Mme Thibodeau.

 

Travail en classe

 

C’est lors d’une rencontre en juin dernier que le Conseil du trésor aurait fait part de sa nouvelle façon de concevoir la tâche des enseignants de cégeps. Dans son calcul, il n’a tenu compte que du travail fait en classe par l’enseignant, de sa préparation de cours avant et de sa correction après.

 

Mais son implication au sein du département et dans les comités programmes, où sont élaborés des plans-cadre et actualisés des cours, et où sont prises plusieurs décisions reliées à l’enseignement, ne serait plus considérée. « Ce sont pourtant des tâches importantes, qui font en sorte qu’on ne pourrait pas donner nos cours et enseigner », a insisté Mme Thibodeau.

 

Des 600 catégories d’emplois dans les secteurs public et parapublic, les enseignants au cégep ont été la seule catégorie à subir une dévaluation, a indiqué Mme Thibodeau. « Le gouvernement dit qu’il n’a pas d’argent, mais il n’a dévalorisé aucune autre catégorie d’emploi. Pourquoi s’en prend-il aux cégeps ? a-t-elle demandé. Ça peut être une position de négociation, mais c’est bizarre comme stratégie de mettre en colère tout un groupe pour ensuite négocier. »

 

Opération dérangement 21

 

Réunis en instance jeudi, les délégués syndicaux ont voté pour divers moyens de pression, à commencer par l’envoi de courriels au Conseil du trésor pour lui signifier l’importance des tâches que les profs de cégeps effectuent en périphérie de l’enseignement, comme des activités de recherche et la participation à des comités.

 

« C’est l’opération dérangement 21 », a expliqué Mme Thibodeau. Le syndicat n’écarte pas la possibilité d’éventuellement boycotter ces activités, mais l’idée n’est pas de faire du tort aux étudiants, a-t-elle précisé. Le plan d’action sera réajusté au fil des rencontres vers une escalade de moyens de pression si la situation ne change pas.

 

La FNEEQ souhaite agir vite pour régler le problème d’ici la fin de l’année et demande à rencontrer le Conseil du trésor. Celui-ci n’a pas répondu aux questions du Devoir.

52 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 septembre 2013 08 h 28

    Le MELS

    Le-la ministre de l'éducation ne défendra pas ses enseignants, c'est à pleurer de honte.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 7 septembre 2013 16 h 57

      Les cégeps ne sont plus sous le MÉLS depuis septembre 2012 : c'est maintenant le MESRST qui s'en occupe (le MÉLS a été séparé en deux).

    • Jean-Pierre Marcil - Abonné 9 septembre 2013 01 h 21


      Ce qui m'apparaît le plus invraisemblable c'est que le ministère de l'Enseignement supérieur ait moins d'exigences académiques pour enseigner au CEGEP qu'au primaire et au secondaire.

      Il faut y voir un héritage qui date de la période de la fin des années 60 où l'on manquait cruellement de professeurs. La création des CEGEP a accentué cette pénurie et on peut comprendre que l'on n'ait pas exigé de diplômes de maîtrise.

      Alors que cette pénurie s'est résorbée avec le temps, comment expliquer que le ministère n'exige pas de diplôme de maîtrise pour enseigner au CEGEP maintenant alors qu'il a augmenté les exigences pour les professeurs du primaire et du secondaire?

      On peut avancer plusieurs explications et j'en formulerais deux :

      1- Le morcellement de la gestion de l'éducation dans plusieurs ministères empêche une vision intégrée de la gestion du personnel enseignant.

      2- L'idée qu'il coûte normalement moins cher d'embaucher un personnel moins qualifié, ce qui permet de contenir l'augmentation des coûts.

      Ce genre d'économie à courte vue est probablement attribuable autant au secteur de l'analyse budgétaire qu'à celui de la rémunération du Secrétariat du Conseil du trésor pour qui il n'y qu'un seul impératif: la réduction des dépenses. Combien pourra-t-on épargner en ne reconnaissant plus les diplômes de maîtrise et de doctorat pour la rémunération des professeurs de CEGEP. Probablement moins de 5 millions$.

      Je suggérerais à M. Duchesne de revenir à la cohérence et de rendre la maîtrise obligatoire pour les professeurs de CEGEP (avec bien sûr des modalités d'aménagement des délais pour que les professeurs qui n'ont pas ce niveau puissent l'atteindre).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 septembre 2013 08 h 22

      En effet, c'est auprès du MESRST qu'il faudrait s'enquérir des raisons qui justifieraient à ses yeux une telle réévaluation. C'est d'ailleurs ce à quoi on aurait pu s'attendre de la part de madame Gervais, qui se contente de relayer comme une intention ferme une appréhension au demeurant légitime de la part de la FNEEQ, même sil elle n'a pas réussi à la confirmer auprès du Ministère ou du Conseil du trésor.

      On croirait lire l'Info-FNEEQ...

  • Nicole Moreau - Inscrite 7 septembre 2013 10 h 28

    une position incompréhensible dans un temps où on dit que la matière grise est la plus grande richesse d'une nation

    c'est bizarre qu'on veuille ainsi "dévaluer" la fonction enseignante au premier niveau de l'enseignement supérieur.

    il est probable que les cégeps auront de la difficulté à recruter de nouveaux enseigants, pourquoi enseigner à cet ordre d'enseignement si on peut le faire au secondaire pour un meilleur salaire?

    le gouvernement envisagerait-il de modifier la tâche des enseignants de cégeps en mettant de côté, par exemple, la recherche qui se réalise dans de très nombreuses institutions collégiales? cela pourrait avoir un très sérieux impact sur le développement régional.

    • Martin Maynard - Inscrit 8 septembre 2013 07 h 43

      Bien oui, continuons la descente aux enfers de l'éducation, ce n'est probablement pas utile pour la société.
      Par contre, "une charte du symbole religieux", ça c'est utile!

      Finalement, ce gouvernement n'est pas mieux que l'autre.

    • Jean-Pierre White - Inscrit 8 septembre 2013 19 h 44

      Martin Maynard a écrit :

      «Finalement, ce gouvernement n'est pas mieux que l'autre.»

      Il est pire parcequ'il est hypocrite.

  • Marie-Thérèse Duquette - Abonnée 7 septembre 2013 10 h 32

    LE MESRST

    La responsabilité des collèges revient au nouveau Ministère de l'enseignement supérieur de la Science et de la technologie. Cette nouvelle mesure, visant à ne reconnaître que le côté «académique» du rôle des profs de collège va complètement à l'encontre de tout le courant de plus en plus fort au niveau du MESRST visant à reconnaître que les profs de collège sont aussi des professeurs-chercheurs. Bizarre que l'impression qui ressort ici est que le bras gauche de l'État ne semble pas savoir ce que le bras droit promeut.

    De plus, pour être chercheur, il faut aussi avoir de la formation comme chercheur - soit un niveau minimal de maîtrise ou comme tout chercheur, de doctorat (et ils sont de plus en plus nombreux à avoir cette formation). Si le Ministère responsable de l'Enseignement supérieur souhaite mettre en place des mesures pour favoriser la recherche au collégial, il le fait pour appuyer des efforts considérables déjà en place parce qu'il se fait déja beaucoup de recherche dans les CEGEP. Ces professeurs-chercheurs, tout comme les professeurs-chercheurs des universités, travaillent à faire en sorte que leurs recherches puissent être réinvestie dans la formation qu'ils donnent aux étudiants, collaborent avec des chercheurs des universités, participent à la supervision d'étudiants de cycles universitaires supérieurs qui viennent en stage, etc.
    Je ne suis pas prof au collégial mais j'ai l'occasion de voir tous les efforts qui sont faits, le travail important que ceux-ci déploient pour bonifier la formation de leurs étudiants, comprendre leurs besoins et participer au développement de nouvelles connaissances au profit de la qualité de l'enseignement. Cela ne se calcule pas en heure de cours ou de préparation de cours mais s'inscrit dans le rôle plus hostistique dévolu au professeur de collège.
    Pour s'inscrire dans les mandats dévolus aux formateurs à l'enseignement supérieur du 21e siècle, comment est-il possible de penser qu'il faille niveler par le bas ?

  • Solange Baril - Abonnée 7 septembre 2013 11 h 18

    "Réévaluer les tâches"

    Dévaluer la formation et réévaluer les tâches, à partir d'une position extérieure au milieu (les évaluateurs n'ont probablement pas évalué à partir du terrain, n'est-ce pas) -
    à force de déconnecter les réseaux de leur mission fondamentale
    de déprimer les professeurs (mais aussi, dans d'autres domaines : le personnel infirmier, les travailleurs sociaux - voir la situation des CSSS et la déplorable implantation de la méthode LEAN, les fonctionnaires, etc.)
    d'imposer à l'avant-scène des valeurs de productivité et de rentabilité
    et de tout considérer d'un point de vue gestion administrative,
    quel triste environnement social bâtirons-nous !

  • Hélène Thompson - Inscrit 7 septembre 2013 11 h 40

    Quand on pense qu'ils ont touché le fond...

    Ils(le pq) trouvent toujours le moyens de creuser plus bas... Quand tu commences à regretter John James Charrest, ça va pas bien...