Collège sans frontière - Des camps de littératie remportent un vif succès chez les Cris

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
La participation à un camp de littératie donne souvent le goût de la lecture aux enfants, en plus d’augmenter leur estime de soi.
Photo: Collège Frontière La participation à un camp de littératie donne souvent le goût de la lecture aux enfants, en plus d’augmenter leur estime de soi.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Grâce à Collège Frontière, 450 enfants des nations cries du Québec ont maintenu, voire amélioré, leurs compétences en lecture et en écriture au cours de l’été.

 

Certains élèves qui reprennent le chemin de l’école en septembre s’avèrent moins habiles en lecture et en écriture qu’ils ne l’étaient avant les vacances. C’est ce qu’on appelle la perte estivale des acquis. Elle survient surtout chez les enfants de familles à faible revenu, où l’accès aux livres est plus difficile. La régression équivaut souvent à un mois d’enseignement, mais, parfois, elle peut atteindre pratiquement une année. Pour freiner ce recul, l’organisme d’alphabétisation Collège Frontière a mis sur pied des camps de jour de littératie destinés aux enfants âgés de 5 à 12 ans qui sont issus des neuf communautés cries du Québec, en collaboration avec leur commission scolaire.

 

Au cours de l’été, des animateurs recrutés au Sud et au Nord ont initié quelque 450 jeunes au plaisir de la lecture grâce à des dons importants de matériel de bricolage et de livres neufs - 300 par communauté - ainsi que des activités ludiques. Chant, musique, théâtre, activités sportives, excursions en forêt : tous les prétextes étaient bons pour inciter les participants à lire et à écrire. « Nous avons instauré une correspondance entre les enfants des différents camps. Ils ont adoré ! Non seulement c’était un excellent exercice d’écriture, mais, en plus, cela leur permettait de communiquer avec d’autres campeurs », illustre l’animatrice Marie-Michèle Bibeau, 25 ans, qui a oeuvré à Waskaganish.

 

Le succès a été retentissant, selon Mélanie Valcin, gestionnaire de la section québécoise de Collège Frontière et responsable du projet. « Nos sondages indiquent que 92 % des parents estiment que leurs enfants lisent davantage à la maison après avoir participé au camp et 90 % des éducateurs constatent une amélioration de la maturité scolaire des participants », affirme-t-elle.

 

750 jeunes rejoints

 

Les enfants cris ne sont pas les seuls à avoir profité de cette initiative. Sept autres communautés - micmacs, atikamekws et abishnabes - ont aussi accueilli dans leur propre camp de jour des animateurs ayant reçu une formation en littératie. Chacune a bénéficié du même don de livres que les nations cries.

 

En tout, au Québec, ce sont donc plus de 750 jeunes autochtones qui ont maintenu, voire amélioré, leurs compétences en lecture et en écriture. « Des recherches ont démontré qu’un enfant qui lit cinq livres au cours de l’été préservera ses acquis de l’année scolaire précédente. Or nos campeurs ont lu beaucoup plus que cinq ouvrages ! », déclare Mélanie Valcin.

 

Les camps ont atteint un autre objectif, celui de renforcer l’estime de soi des enfants. « Certains étaient très gênés de lire à voix haute devant le groupe, mais, à la fin de l’été, ils ne l’étaient plus. C’est un progrès significatif », rapporte Marie-Michèle Bibeau.

 

Des communautés engagées

 

Les premiers camps de littératie de Collège Frontière ont vu le jour chez cinq nations du Nord de l’Ontario, en 2005. Aujourd’hui, le projet est implanté dans 80 communautés à travers le pays et touche la vie de plus de 4000 enfants. Le secret de cette réussite ? La participation des communautés.

 

L’organisme d’alphabétisation est conscient que plusieurs membres des Premières Nations, toujours marqués par l’expérience des pensionnats autochtones, entretiennent une perception négative de l’éducation. « Selon de nombreuses études, l’engagement du parent ou du tuteur est le facteur qui aura le plus d’influence sur le succès scolaire de l’enfant. Des générations d’autochtones ont beaucoup de mal à pleinement encourager et soutenir l’éducation formelle de leurs enfants et petits-enfants, en raison du legs historique des pensionnats amérindiens », peut-on d’ailleurs lire dans un rapport rédigé en 2012 par Collège Frontière.

 

Insertion communautaire

 

C’est pourquoi l’organisme se fait un devoir d’intégrer les communautés dans son projet. Par exemple, les aînés sont invités à raconter des légendes aux enfants ou à leur enseigner l’artisanat, les vertus des plantes et des techniques de trappe. Des figures importantes de la communauté mettent aussi la main à la pâte. « On peut demander au chef de police de venir lire une histoire aux jeunes. On donne ainsi le goût de la lecture par l’exemple », explique Mélanie Valcin.

 

Collège Frontière se veut respectueux des valeurs et des traditions des communautés participantes. « Les animateurs autochtones nous aident considérablement dans cette mission, constate Mme Valcin. Leur connaissance de la langue, des enfants et de la culture a permis à chaque équipe d’éducateurs de bâtir un programme propre à la réalité de la communauté où elle a travaillé. »

 

L’attention de l’organisme ne s’arrête pas là : parmi les livres donnés, on retrouve des ouvrages écrits dans la langue maternelle des enfants ou rédigés par des auteurs autochtones.

 

Au terme de l’été, la Commission scolaire crie et les nations qu’elle dessert semblaient toutes très satisfaites des résultats des camps de littératie, aux dires de Mélanie Valcin. À tel point que Collège Frontière a récemment amorcé un autre partenariat, cette fois avec l’Administration régionale crie, pour faire progresser les compétences en lecture et en écriture de travailleurs autochtones. « On espère que c’est le début d’une belle aventure avec les nations cries », souhaite la gestionnaire.

 


Collaboratrice