Lutte contre l'analphabétisme - Une action concertée des divers acteurs sociaux s’impose

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le problème de plusieurs personnes est qu’elles arrivent à lire, mais qu’elles n’arrivent pas à comprendre ce qu’elles lisent.
Photo: Source Télé-Québec Le problème de plusieurs personnes est qu’elles arrivent à lire, mais qu’elles n’arrivent pas à comprendre ce qu’elles lisent.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Les écoles et les centres de formation des adultes ont des rôles très importants à jouer pour lutter contre l’analphabétisme, mais l’équipe de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA) croit que les différents ministères et acteurs sociaux doivent mettre la main à la pâte pour relever ce défi majeur, ce qui est nécessaire pour la poursuite du développement de la société québécoise.

 

Les milieux de la santé, de la culture, de l’environnement : tous doivent multiplier les efforts pour développer une véritable culture de la formation au Québec. C’est ainsi, d’après Ronald Cameron, directeur général de l’ICEA, que le Québec pourra lutter efficacement contre l’analphabétisme et permettre à tous de continuer à apprendre. « Il faut un plan structuré qui fera intervenir différentes instances gouvernementales dans le but de valoriser l’apprentissage », affirme-t-il.

 

Le ministère de la Santé pourrait par exemple présenter des interventions pédagogiques dans différents milieux pour permettre aux gens de comprendre certaines réalités.

 

Il pense aussi à des activités d’animation dans les quartiers, dans les musées, en entreprise et dans les groupes actifs en employabilité. « L’alphabétisation n’est pas seulement une question de comprendre la langue, mais aussi de comprendre son entourage, remarque Ronald Cameron. Cela inclut toute la formation de base des individus. »

 

Rejoindre les différentes populations

 

Pourquoi ne pas simplement miser sur le ministère de l’Éducation ? « Ses efforts sont très importants pour lutter contre l’analphabétisme, mais, pour mieux réussir, il ne suffit pas de lui accorder un plus gros budget pour offrir davantage de cours, affirme M. Cameron. D’ailleurs, on remarque une sous-utilisation des ressources offertes en alphabétisation. »

 

Après avoir participé à une recherche de l’Université de Montréal effectuée dans les PME l’an dernier, l’ICEA a vu qu’il est nécessaire de prendre différents moyens pour rejoindre les populations. « Dans les entreprises, par exemple, les gens qui ont les plus grands problèmes d’analphabétisme ne participent pas aux activités de formation parce qu’ils ne veulent pas passer pour des cancres », explique M. Cameron.

 

L’ICEA milite pour que tous les acteurs sociaux reconnaissent le problème et valorisent l’apprentissage. « Nous considérons l’alphabétisation comme un levier pour l’apprentissage en général ; c’est essentiel pour le développement des capacités et la création d’une culture dynamique de formation », affirme Ronald Cameron.

 

Apprendre et désapprendre

 

On attend cet automne de nouvelles statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les niveaux de littératie des populations des différents pays. « Les données les plus récentes datent de 2003 et l’Institut de la statistique du Québec avait réalisé par la suite une analyse qui avait fait grand bruit, indique M. Cameron. Elle précisait que près de la moitié des gens âgés de 16 à 65 ans au Québec n’avaient pas les compétences nécessaires en lecture pour fonctionner dans la société. J’ai entendu à travers les branches que nous risquons de nous retrouver, avec les nouvelles données, sensiblement à la même place que celle où nous étions. »

 

Toutefois, le Canada est réputé avoir un très haut taux d’alphabétisation. « D’après le Programme des Nations unies pour le développement, le Canada a un taux d’alphabétisation de 99 % chez les gens âgés de 15 ans ou plus, précise Ronald Cameron. Le problème de plusieurs de ces personnes en difficulté est qu’elles arrivent à lire, mais qu’elles n’arrivent pas à comprendre ce qu’elles lisent. On ne sera pas étonné, dans ce contexte, que la réussite d’un programme de formation soit menacée pour plusieurs, tout comme l’intérêt pour la formation continue et les chances de progresser en emploi et d’évoluer avec les nouvelles technologies. »

 

Le directeur général de l’ICEA s’inquiète aussi de voir certains adultes perdre leurs capacités de lecture. « Il y a une érosion des capacités 10 ou 15 ans après la scolarisation, déplore-t-il. Il faut trouver des façons de garder les personnes alertes pour qu’elles soient toujours intéressées à la chose politique, à la vie démocratique. La société devient de plus en plus complexe. Il faut amener les gens à continuer à développer leurs capacités par différents moyens, à acquérir une culture de la curiosité. »

 

Pour un plan d’action

 

L’ICEA a réussi à créer un certain consensus en matière d’alphabétisation le printemps dernier, lors des 24 heures pour un Québec apprenant. L’événement avait réuni 250 personnes provenant entre autres des milieux scolaire, communautaire et syndical.

 

« Tout en reconnaissant le rôle crucial joué par le ministère de l’Éducation, plusieurs réseaux réunis s’entendaient pour dire que le gouvernement devait reconnaître cette vision globale de la problématique et se doter d’un plan interministériel intégrant plusieurs acteurs de la société », affirme Ronald Cameron.

 

Il croit que la société québécoise est mûre pour le développement d’un grand chantier en matière d’alphabétisation.

 

« Comme nous avons mené la réforme du système scolaire dans les années 60, il faut maintenant agir en alphabétisation, croit M. Cameron. C’est la porte d’entrée pour qu’une population puisse exercer son droit d’apprendre tout au long de sa vie. »


Collaboratrice