Fondation pour l'alphabétisation - De simples mots

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Diane Mockle, présidente de la Fondation pour l’alphabétisation, veut sensibiliser les auteurs aux besoins des faibles lecteurs.
Photo: Martine Doucet Diane Mockle, présidente de la Fondation pour l’alphabétisation, veut sensibiliser les auteurs aux besoins des faibles lecteurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

D’après les plus récentes données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près de 49 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans sont de faibles lecteurs, soit des gens dont les compétences en lecture ne leur suffisent pas pour faire face aux exigences de l’actuelle société du savoir. Si, dans plusieurs pays de l’anglophonie et de la Scandinavie, des collections de livres ont été développées pour répondre aux besoins spécifiques de ces lecteurs, dans la francophonie, elles sont pratiquement inexistantes. Diane Mockle, directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation, entend bien remédier à la situation.

 

Depuis 1989, la Fondation pour l’alphabétisation déploie de considérables efforts pour encourager la lecture et briser les tabous entourant l’analphabétisme. Alors que, sur plusieurs plans, elle note une certaine amélioration, elle remarque aussi que, au cours des dernières années, peu de mesures concrètes ont été prises pour susciter l’amour de la lecture chez les faibles lecteurs.

 

« Tout le monde constate qu’il y a un problème, avance Mme Mockle. On le dit, on l’écrit. Mais on ne sent pas véritablement un mouvement de promotion de la lecture qui nous amène à modifier notre façon d’envisager la lecture. Pour l’instant, tout ce qu’on a à offrir aux faibles lecteurs, c’est de la formation, et l’avenue de la formation, ça fonctionne pour certains, mais, en ce qui concerne tous ceux pour qui ce n’est pas le cas, il faut trouver d’autres solutions de rechange ! »

 

État des lieux

 

Comme le souligne la directrice de la Fondation, au Québec, outre la formation, peu de services particuliers s’offrent aux faibles lecteurs. Or inculquer le plaisir de lire, par le biais d’une formation scolaire, à des gens dont le passage sur les bancs d’école s’est souvent avéré désagréable n’est pas toujours la plus efficace des solutions de rechange.

 

« C’est compréhensible ! Lorsque toutes nos expériences de lecture sont liées à des contraintes - le choix du livre, le compte rendu de lecture, l’examen - c’est difficile d’y trouver un plaisir », note Mme Mockle.

 

Préoccupée par la problématique et espérant trouver quelques titres que la Fondation pour l’alphabétisation pourrait proposer aux faibles lecteurs, Mme Mockle est partie à la rencontre des bibliothécaires québécois. Croyant trouver certaines solutions de rechange intéressantes dans les collections « Pour tous », elle est rentrée plutôt déçue de sa tournée.

 

« Tous les bibliothécaires m’ont dit que les collections dites “Pour tous” étaient d’une pauvreté navrante, qu’au Québec il n’existait pas vraiment d’oeuvres littéraires en écriture simple dont le propos s’adresse à des adultes. Et c’est ce que j’ai constaté. La majorité des livres qui constituent cette collection sont essentiellement à caractère informatif, exception faite de quelques titres destinés aux adolescents et pour la plupart issus de La Courte Échelle. Ces livres-là ne tiennent pas compte des préoccupations adultes. »

 

Pour compléter ses recherches, Mme Mockle s’est informée de ce qui se faisait ailleurs dans le monde en matière de littérature pour faibles lecteurs. Elle a découvert que des collections particulières existaient dans la vaste majorité des pays de l’anglophonie et qu’il en existait également en Scandinavie, mais qu’il n’en existait nulle part en francophonie.

 

Une collection en écriture simple

 

À la suite de ce constat, la directrice de la Fondation pour l’alphabétisation s’est mise à imaginer une collection comprenant des titres dont le langage serait approprié pour les compétences en lecture des faibles lecteurs, ce qui leur permettrait non pas d’apprivoiser la lecture à travers un contexte de formation, mais bien de découvrir le plaisir de lire grâce aux romans.

 

Cette collection serait éditée par la Fondation, ce qui lui permettrait de bénéficier des profits engendrés par la vente des volumes et de les réinvestir dans ses activités. « En tant qu’organisme à but non lucratif, nous sommes constamment à la recherche de financement. Cette possibilité pourrait devenir un levier financier important pour développer des actions de sensibilisation en lien avec le rehaussement des compétences en littératie des Québécois. »

 

Si, depuis qu’elle a partagé cette idée avec différents acteurs du milieu - libraires, bibliothécaires, distributeurs - qui y voient une occasion de rejoindre une nouvelle clientèle, plusieurs se sont montrés emballés par l’entreprise, Mme Mockle indique avoir perçu une certaine réticence du côté des auteurs.

 

« Je crois que ça s’explique d’abord parce qu’il s’agit d’un défi important. Comme il n’y a pas de référence, c’est plus complexe. De plus, plutôt que d’envisager cette façon d’écrire comme une forme littéraire qui n’a pas encore été exploitée, plusieurs auteurs y voient une sous-écriture. À mon sens, c’est plutôt un genre littéraire différent s’adressant à un public particulier qui ne serait pas rejoint autrement », précise la directrice de la Fondation.

 

Malgré tout, Mme Mockle n’entend pas baisser les bras. Au cours des prochains mois, elle entrevoit approcher d’autres auteurs et, si nécessaire, les sensibiliser un par un aux besoins des faibles lecteurs. « Je dis toujours que, autant que je peux constater que je respire et que mon coeur bat, cette collection naîtra ! Ça prendra le temps que ça prendra, mais ça va arriver parce que je sais qu’il y a là un besoin », assure-t-elle.

 

La Fondation célébrant son 25e anniversaire en 2014, Mme Mockle aurait souhaité profiter de la tenue du prochain Salon du livre de Montréal pour procéder au lancement des premiers titres de la collection. Vu l’ampleur de l’organisation qu’une telle entreprise nécessite, il est plus réaliste de croire que la collection va plutôt voir le jour en 2015.

 


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