Francisation et alphabétisation vont souvent de pair

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La CSBM a intégré dans ses formations en alphabétisation des ateliers pratiques, comme des ateliers en arts plastiques.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La CSBM a intégré dans ses formations en alphabétisation des ateliers pratiques, comme des ateliers en arts plastiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) offre des formations en alphabétisation s’adressant à des clientèles particulières. Elle a aussi intégré à certaines de ses formations de base en alphabétisation des éléments moins formels mais plus rassembleurs. Et ce n’est pas tout : que fait-on pour mieux préparer les intervenants ?

 

Fait surprenant, l’une des formations données à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys ne s’adresse pas à des personnes analphabètes. « C’est une formation qui est conçue pour des intervenants qui proviennent du secteur communautaire ou du secteur public, par exemple un CLSC, et qui ont parmi leur clientèle des personnes analphabètes », explique Sylvie Roy, conseillère pédagogique aux Services d’accueil, de référence, de conseil et d’accompagnement (SARCA) de la CSMB.

 

Mise en place il y a quatre ans, cette formation d’une journée a permis de former à ce jour 120 intervenants. « Cette formation vise plusieurs objectifs. En premier lieu, elle sert à sensibiliser les intervenants au problème de l’analphabétisme et à leur permettre d’en saisir l’ampleur. Ensuite, elle sert à outiller les intervenants afin qu’ils puissent mieux reconnaître les personnes ayant des difficultés de lecture et d’écriture, d’une part, et afin de leur donner des moyens de communication simples qui leur permettront de communiquer plus efficacement avec ces mêmes personnes, d’autre part. La formation permet aussi de faire connaître aux intervenants les ressources disponibles en alphabétisation, au cas où ils voudraient y diriger des personnes. On leur explique même comment s’y prendre pour encourager une personne à s’inscrire à une formation en alphabétisation. »

 

Intégrer des activités à la formation

 

La CSMB a aussi fait preuve d’innovation en intégrant des ateliers pratiques à certaines de ses formations en alphabétisation. Pour le moment, seul le Centre d’éducation des adultes Champlain offre cette approche. « C’est l’équipe des enseignants du Centre d’éducation des adultes Champlain qui a développé et mis en place cette approche. Cela a débuté par un atelier de couture, parce qu’une des enseignantes était une excellente couturière. Ces ateliers reflètent évidemment les intérêts des enseignants qui les donnent. On a eu des ateliers en arts plastiques, et aujourd’hui c’est un atelier en cuisine. »

 

Ces ateliers, qu’on nomme aussi « activités brise-glace ou rassembleuses », sont intégrés aux 30 heures de formation en alphabétisation. « C’est une activité qui complète ce qui se fait en classe. Elle permet aux participants de mettre en application pratique ce qu’ils viennent d’apprendre. Elle a aussi l’avantage de développer l’esprit d’équipe et aide à soutenir la motivation. Cela permet aussi de s’éloigner du cadre strict du système scolaire. Par exemple, les produits de l’atelier de cuisine sont mis en vente et le personnel de la CSMB peut se les procurer. C’est une preuve qu’on peut être imaginatif même au sein d’une commission scolaire. »

 

L’alpha-francisation

 

La CSMB offre depuis trois ans une nouvelle formation, l’alpha-francisation, qui s’adresse aux personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue. « Nous avons mis en place cette formation pour répondre à ce nouveau problème. Il s’agit d’une formation à cheval entre deux programmes, soit celui de la francisation et celui de l’alphabétisation. Les personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue échouent très souvent lors de leur formation en francisation. Et on ne peut pas les inscrire en alphabétisation parce qu’elles ne parlent pas le français. »

 

Que faire alors ? « C’est pourquoi nous avons développé ce programme maison, qui emprunte certains éléments à l’alphabétisation et d’autres à la francisation. Cette formation est vraiment conçue pour cette clientèle particulière. Il faut comprendre que ces personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue n’ont pas d’habitudes scolaires, certaines ne savent même pas comment manier un crayon. Il faut donc partir à la base. On commence par : “Bonjour, je m’appelle…” C’est une formation qui s’appuie beaucoup sur l’oral, et le rythme d’apprentissage est beaucoup plus lent que la formation régulière. »

 

Cette formation en alpha-francisation est uniquement disponible au Centre d’éducation des adultes Champlain. Les participants à cette formation profitent aussi de l’offre d’ateliers du Centre Champlain. On compte chaque année trente participants divisés en deux classes.

 

L’alphabétisation régulière

 

La CSMB confie à ses quatre Centres d’éducation des adultes la responsabilité de la formation en alphabétisation. Bon an mal an, ce sont environ 300 personnes qui s’inscrivent et qui suivent une formation en alphabétisation. « On aimerait bien d’ailleurs en accueillir davantage et on fait des efforts en ce sens. Nous sommes conscients que nous n’arrivons pas à rejoindre tous ceux qui, parmi notre clientèle, en auraient besoin. » Rappelons que la CSMB dessert principalement l’ouest de l’île de Montréal ainsi que certains arrondissements centraux.

 

De plus, la clientèle inscrite en alphabétisation a grandement évolué. « Maintenant, les trois quarts des personnes inscrites en alphabétisation sont des personnes immigrantes qui parlent le français mais qui éprouvent des difficultés avec la lecture et l’écriture. Et c’est une clientèle qui, depuis quelques années, a tendance à augmenter. Présentement, seulement un quart des personnes inscrites en alphabétisation sont des personnes nées au Québec qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas réussi à maîtriser la lecture et l’écriture. » La moyenne d’âge se situe entre 35 et 40 ans.

 

Et le taux de réussite ? « Il n’y a pas de diplôme à la fin de la formation en alphabétisation. Il faut comprendre que, pour plusieurs personnes inscrites, il s’agit d’une démarche personnelle qui vise l’atteinte d’un objectif personnel. Lorsque cet objectif est atteint, la personne considère qu’elle a réussi. Pour d’autres, c’est une étape obligatoire avant d’entreprendre un parcours scolaire. Ces derniers sont ensuite dirigés vers l’éducation des adultes. »

 


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